Sur le zinc

Combat sur les toits de Paris

  • Alors qu’Anne Hidalgo aurait manifesté son inclination pour les toits plats, les toits parisiens se rappellent au bon souvenir de la première adjointe à l’Urbanisme et le PLU tranche en leur faveur.
  • Une expo à voir jusqu’au 8 décembre, un film à revoir le 5 sur La Cinq, et une outilthèque pour construire un jardin sur le toit.

L’information venait de l’homologue d’Anne Hidalgo dans le 18e arrondissement de Paris, Michel Neyreneuf s’abritant sous les propos de son adjointe de tutelle pour justifier les cubes à toits plats dans la Goutte d’Or (voir sur le blog : « Toi toi mon toit » dans « Architecture Blockhaus pour quartier ghetto ? »).

Si l’assertion était avérée, si Anne Hidalgo devait vraiment pencher en faveur des toits plats, comme l’architecture de la Goutte d’Or semble bien le démontrer en effet, immeuble après immeuble, la question ne saurait être tout à fait anodine. Car ce serait une marque de la capitale dont la candidate à la Mairie accepterait, sinon encouragerait, de se débarrasser, – au grand dam du PLU (Plan local d’urbanisme) qui, sous le titre « Couronnement » (couronnement de façade), pose que « les toits de Paris participent de façon très importante au paysage de la ville » (article UG.11.1.3-3).

Toits de Paris ®

22-24 terrasseLa littérature abonde, qui vante les toits de Paris – en textes, en poèmes, en chansons – mais il est vrai que ceux-ci semblent ringardisés par les architectes à ping-pong en plein air (CROUS Cavé ci-contre), les angles droits de Paris Habitat dans son cœur d’îlot CROUS/Franprix (ci-dessous vu du 2 rue Léon), la terrasse invisible (sauf sur facebook) du 43 rue Myrha, les potagers urbains où l’on plante des condiments de cuisine (Studio 360°), voire, plus ambitieusement, les toits aménagés en « fermes urbaines », comme le propose l’adjoint EELV au maire du 18e Pascal Julien pour l’un des équipements du nouveau quartier « Chapelle international » où il souhaite voir « cultiver des légumes biologiques ou des fleurs sur 4000m2 de toiture pour les commercialiser auprès des riverains » : « Une telle exploitation agricole pourra aussi être l’objet de visites pédagogiques aux enfants – voire à quelques adultes ! – qui ne savent plus trop comment poussent des tomates ou des concombres », assure la tribune d’EELV dans le journal du maire (voir 18 Ensemble de novembre 2013).

Les toits de Paris à l'aire Mano

Les toits de Paris à l’ère Hidalgo/Mano (ici au cœur de l’îlot CROUS/Franprix des rues Cavé et Myrha).

À dimensions plus modestes, quelques hôtels particuliers et restaurants parisiens de prestige offrent un espace cultivé en toiture pour des hôtes ravis de déguster, quelques étages plus bas, les… fruits de la maison, comme l’illustre un reportage de Morad Aït-Habbouche qui sera rediffusé ce jeudi 5 décembre sur France 5.

Des jardins précaires permanents ?

Le jardin d’acclimatation d’EGO au 24 de la rue Cavé, la pétanque fleurie de l’angle Léon/Myrha, le jardin nomade de la Goutte verte à l’angle Stephenson/Cavé auraient donc un bel avenir sur les toits respectifs des espaces que la SEMAVIP leur a loués jusqu’ici : du bail précaire au pré carré dans le ciel, c’était inattendu, mais si Mme Hidalgo le demande…

Un indice laisse à penser que la jardinerie a le vent en poupe dans la Goutte d’Or : l’association Graine de jardins (on observe qu’il y a une graine pour plusieurs jardins) a inauguré vendredi 29 novembre 2013 (un peu à l’ombre, il est vrai, de l’inauguration, la veille, de l’Institut des cultures d’islam tout voisin) une boutique dite « Outilthèque ».

Si Graine de jardins, pourtant elle aussi soutenue par la Mairie, n’a pas eu le privilège de voir le sol inondé, comme pour l’ICI, de petits pas guidant les quidam anxieux demandant « Où t’y tèques ? » à la cantonade, Cavé Goutte d’Or entend donner à cet événement la place qu’il mérite dans un lieu où les jardins d’habitants, pour précaires et modestes qu’ils soient, offrent quelques espaces de douceurs d’autant plus appréciables que les plans d’architectes tombent sur le quartier dans le funeste dessein de les remplacer par désintégrations et des intégrations, dirait François Morellet, peu scrupuleuses du tissu urbain qu’elle assaillent.

Le cube CROUS contre le carré d’EGO (non, pas l’ego de l’architecte), l’immodeste cage trouée de Studio 360° sur la pétanque, l’inconnue de la FL (Foncière Logement) sur la Goutte verte (inconnue puisque Dame FL ne daigne pas répondre à l’invitation de Cavé Goutte d’Or pour une séance d’information au quartier sur ses projets), sont en effet autant d’épées de Damoclès sur ces trous de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent.

Le dormeur du val

Dans sa première invitation, parue sur le blog Goutte d’Or et vous (Gouttedorez-vous !?), l’Outilthèque de la rue de Jessaint proposait déjà des outils de jardinage, mais pas que : « Le principe, disait l’article : de nombreux outils, notamment de jardinage, seront mis à disposition des associations, écoles, crèches, collectifs d’habitants » (illustration ci-contre).

On s’était réjouit de voir, dans ce notamment, la possibilité d’emprunter à Graine de jardins d’autres outils utiles pour les collectifs d’habitants de la Goutte d’Or. Sans aller jusqu’au Code civil ou à celui de l’Urbanisme, on pouvait penser à un mode d’emploi pour lutter contre la bunkérisation de l’architecture, un jeu de pistes pour trouver une libraire ou un kiosque à journaux au cœur du quartier, ou un exemplaire du PLU, qui stipule notamment que « (les) constructions nouvelles doivent s’intégrer au tissu existant en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs…) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs…) et des couvertures (toitures, terrasse, retraits…) » (article UG.11.1.3 du PLU).

Va pour les seaux et les pelles. Va pour le diable aussi, puisque de ciel il s’agit, mais on reste vigilant sur le PLU et ses… « couronnements ».

Crédit photo.

« Les toits de Paris participent de façon très importante au paysage de la ville » (PLU art. UG.11.1.3-3).
Crédit photo.

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