Dura lex

Ça la shoot mal

  • Après « le côté un petit peu Blockhaus » de l’architecture ZUS, le côté un petit peu bloqué de la salle de shoot viendrait-il confirmer le manque de substance des politiques sociales de la Ville ?
OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Destockage toute l’année (DR).

Le blog n’a pas pris parti sur l’opportunité de la salle de consommation de drogues à moindre risque, dite « salle de shoot ». Laissant aux experts le soin d’en analyser le bien ou le mal fondé, il n’a fait que s’étonner du choix du lieu.

Aujourd’hui, hors polémique, il voudrait mettre en lumière l’impréparation du projet sur un terrain où, pourtant, il serait attendu qu’il ait été soigneusement préparé : le terrain du droit, puisque aussi bien c’est sur ce terrain que le Conseil d’État recommande au gouvernement et à la Ville de Paris, qui s’y soumettent, de revoir leur copie.

Et, en même temps, soulever la question du lien entre impréparation juridique et fuite en avant sociopolitique qui semble propre à la politique menée dans les quartiers en « politique de la ville ». Le 10e arrondissement de Paris n’en fait pas partie et le côté impair du boulevard de la  Chapelle non plus, mais presque : comme nous l’avons déjà signalé ici, le lieu choisi était en effet à la lisière de la « Zone de sécurité prioritaire » mise en place il y a un an sur la Goutte d’Or et Château Rouge et les promoteurs du projet ont cru pouvoir forcer l’installation sur la base d’un simple décret alors que le Conseil d’État leur propose qu’il faut une loi.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La loi du moindre risque ?

C’est le concept même du « moindre risque » qui semble lui revenir comme un boomerang alors que l’opération se voulait positive et méritait une meilleure attention en matière de droit. La comparaison vient naturellement avec la politique du fait accompli que mènent sur ces zones les délégations de la Ville de Paris à l’Urbanisme et au Logement et il est utile de prendre conscience que – nécessaire ou non, bonne idée ou non – la « salle de shoot » improvisée en droit se situe à quelques mètres de lieux victimes de décisions à l’emporte pièce prises dans le flou et la méconnaissance, quand ce n’est le mensonge.

À quelques mètres notamment :

et sur le boulevard de la Chapelle lui-même, signalé par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) comme « une fracture spatiale très importante » entre le quartier bien qualifié du 10e et le quartier moins qualifié du 18e alors qu’il pourrait être au contraire, selon la même étude de mai 2012, « un lien fédérateur entre l’avant et l’arrière gare » (voir sur le blog).

Le boulevard de la Chapelle (angle Philippe de Girard) : un lien fédérateur entre l'avant et l'arrière gare selon l'APUR

Le boulevard de la Chapelle à l’angle de la rue Philippe de Girard : « Un lien fédérateur entre l’avant et l’arrière gare » ? (Étude de l’APUR, p. 72).

L’avis du Conseil d’État semble rappeler qu’il est préférable de se fonder sur une loi que sur un décret pour installer une salle de consommation de drogues à moindre risque, – une loi qui vienne modifier celle de 1970 sur les stupéfiants qui consacre, quant à elle, le principe de prohibition générale. Il convient « d’inscrire dans la loi le principe de ce dispositif pour plus de garantie juridique », décrypte Libération en regrettant la faille consistant à ne pas avoir anticipé le conseil.

En droit, consommation à moindre risque s’affronte à prohibition. Personne ne semble contester aujourd’hui ce qui paraît de l’ordre de la logique. Tout au plus s’interroge-t-on sur la faille, sur le fait de n’y avoir pas pensé avant ; et ce sur quoi il convient de travailler est l’idée selon laquelle les mots « moindre risque » auraient pu, dans l’esprit des défenseurs du projet, annihiler l’interdiction.

Le beau crépi du jardin Bashung, an 1.

Le beau crépi du jardin Bashung, an 1.

Au risque (moindre) de passer pour monomaniaque, Cavé Goutte d’Or propose de faire un parallèle avec l’urbanisme, le logement et l’architecture qui sont imposés au quartier en ZUS/ZSP de la Goutte d’Or. Il y a en effet quelque chose de l’ordre du « moindre risque » assumé par la direction de l’Urbanisme et du Logement à systématiquement enfreindre la loi dans ce quartier :

cela au motif présumé social qu’on agit pour le bien social, au moindre risque de s’affranchir des lois. La faille serait alors dans le moindre risque.

Publicités
Cet article, publié dans Articles, Défense du quartier, Est Ouest parisien, Politique de la ville, Politique du logement, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s