Ambiance

L’APUR fiction ethnique

  • L’agence d’urbanisme de la Ville de Paris ajoute un côté un petit peu ethnique au côté un petit peu Blockhaus de l’architecture des Zones
Les de l'APUR

Les ambiances ethniques de l’APUR (page 65).

Peu après les indications de la Mairie du 18e arrondissement de Paris selon lesquelles « le côté un petit peu Blockhaus » de l’architecture sociale de Château Rouge serait dû au plan climat (voir sur le blog : « Architecture Blockhaus pour quartier ghetto ? »), plusieurs sources nous signalent une étude de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) du printemps 2012 qui prétend attribuer des ethnies aux différents quartiers que sont la Goutte d’Or (estampillée « Quartier Afrique du Nord »), Château Rouge (« Quartier Afrique subsaharienne »), Marx-Dormoy (« Quartier Asiatique »), le nom de La Chapelle (que nous utilisons d’ordinaire pour Marx-Dormoy) étant attribué par l’APUR à ce qu’il appelle « Quartier Tamoul » au Sud du métro aérien séparant les 18e et 10e arrondissements de Paris.

Sarajevo bouffe du Nord

Au moment où la Bosnie-Herzégovine entreprend, d’ici au 15 octobre, un recensement délicat dont nous entretiennent Les Enjeux internationaux de ce 8 octobre 2013, l’information de l’APUR selon laquelle le spectateur des Bouffes du Nord serait en quartier ethnique tamoul quand celui de la Salle Barbara, à deux pas, serait en secteur d’ambiance ethnique Afrique du Nord, paraît universelle et intemporelle bien qu’avec le recul, on doive observer ici que son dossier sur les Gares du Nord et de l’Est a été rédigé au moment où François Hollande, alors candidat à la présidence de la République (une et indivisible) était salué, ici même, pour son discours d’Aulnay contre les ghettos et la concentration de logements en fonction des « types de populations ® ».

Si le classement des quartiers en ethnies est choquant – illégal et inconstitutionnel, rappelle à raison le blog de L’abeille et l’architecte -, si l’étude révèle une dérive communautariste dénoncée sur le blog de Pascal Nicolle, elle est aussi une critique sévère de la politique de la ville.

Dossier apurParce qu’ils sont « les ‘‘têtes de pont’’ d’un immense développement urbain et de transport », les quartiers situés autour des gares du Nord et de l’Est sont l’objet d’une attention toute spéciale dans ce rapport de mai 2012 intitulé « Quartier des gares du Nord et de l’Est. Diagnostic prospectif. Dynamique urbaine et évolutions des faisceaux ferrés ». Un titre à entrées multiples qui annonce que le secteur est « riche de sa complexité » : quartiers reprend d’ailleurs sont s au sein du rapport puisque aussi bien il y a deux gares et que les quartiers qui les entourent sont eux-mêmes séparés entre quartiers que l’APUR appelle d’« avant gares » et d’« arrière gares ».

Dans la perspective de l’Atelier parisien d’urbanisme (situé Boulevard Morland), l’avant gares est constitué du 10e arrondissement, au sud des deux gares, et l’arrière gares comprend l’Est du 18e arrondissement et l’Ouest du 19e.

Un combat d’arrière gares ?

Étrangement, l’arrière gares semble davantage une excroissance de la ville qu’une continuité, et le lecteur du rapport de l’APUR peut avoir le sentiment que les villages annexés à Paris en 1860 lui sont redevenus extérieurs, la porte sur l’Europe étant localisée par l’agence d’urbanisme sur les deux gares. L’avant gares (le 10e arrondissement) est ainsi « une porte sur l’Europe intégrée dans le tissu parisien » (p. 18) avec « des espace publics qualitatifs » (p. 21) : c’est un quartier « équilibré avec une mixité fonctionnelle (habitat/emploi) et sociale » (p. 31), ce qui n’est pas le cas de l’arrière gares (le 18e Est et le 19e Ouest).

1818-1824 Carte d'État-major (image Paris Historique).

Carte d’État-major (env. 1840). Image Paris Historique.

« Le pôle urbain situé à l’‘‘arrière gares’’ présente des différences très marquées avec le quartier ‘‘avant gares’’, donnant l’image d’un quartier moins qualifié », note l’APUR, « alors que, depuis une dizaine d’années, de très nombreuses actions sont mises en œuvre pour requalifier ces quartiers » (p. 37). Et de citer notamment la politique de la ville, les CUCS et autres privilèges liés au plan climat évoqué par le maire adjoint du 18e arrondissement pour expliquer « le côté un petit peu Blockhaus » de l’habitat de la Goutte d’Or et Château Rouge.

Voies de garage

Le rapport poursuit sur la densité des quartiers et la typologie des logements : « L’arrière gares est plus dense que l’avant gares » (p. 40), « la mixité sociale n’arrive pas à s’installer dans l’arrière gares », le boulevard de la Chapelle marquant « une fracture spatiale très importante » (p. 41) et la mixité fonctionnelle (habitat/emploi) étant déséquilibrée en faveur de l’habitat au Nord quand elle est équilibrée au Sud des gares, ce déséquilibre faisant de l’arrière gares un quartier « trop résidentiel », le résidentiel n’étant lui-même pas suffisamment mixte ce qui « renforcerait la césure entre les développements économiques naissants à Paris Nord Est et les dominantes d’habitat (notamment social) dans le 18ème, et ferait de ces secteurs d’arrière-gares le chaînon manquant de la dynamique radiale reliant le Nord (Paris Nord Est et Plaine Commune) au centre de Paris » (p. 83).

Dominante d’habitat + dominante d’habitat social = chaînon manquant, semble dire l’APUR dont le Conseil d’administration réunit des conseillers de Paris aussi raisonnables qu’Anne Hidalgo (PS/Urbanisme), Jean-Yves Mano (PS/Logement), Claire de Clermont-Tonnerre (UMP/Commission du Vieux Paris) ou Jérôme Dubus (UMP/SIEMP), tous interpellés, entre nombreux autres, par Cavé Goutte d’Or lors de son épuisante tentative de sauvetage du 83bis Philippe de Girard, tous restés cois dans leur tentative d’épuisement de la contestation.

C’est dire que, maintenant qu’ils sont officiellement reconnus en hauts lieux, le côté un petit peu ethnique des éléments de politique de la ville mis en œuvre à Paris, d’une part, et le côté un petit peu Blockhaus du logement social d’arrière gare, d’autre part, peuvent être combattus en toute connaissance de cause.

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