Myrha dort

Paris Habitat installe en catimini un observatoire sur le checkpoint du square Léon

  • Un projet hors quartier conçu et autorisé sans concertation avec les riverains
  • Une rupture ouverte avec le pseudo « vivre ensemble » de la Mairie
  • Une agression au paysage urbain en covisibilité avec l’église Saint Bernard
Image Raphaël Gabrion, architecte.

22-24 rue Cavé. Image Raphaël Gabrion, architecte.

L’architecte lauréat du projet de résidence étudiante sur les parcelles des 22 et 24 rue Cavé, au cœur de la Goutte d’Or, évoque « une architecture calme, précieuse et lumineuse » pour « un quartier populaire de Paris en pleine mutation » (lien).

« Nous avons souhaité proposer une architecture dans la continuité de l’existant sans pour autant être mimétique, une architecture sobre et efficace, calme et minimaliste, minérale et rythmée sur la rue, légère et poreuse dans l’épaisseur de l’îlot », poursuit Raphaël Gabrion.

Une concertation « calme et minimaliste » elle aussi

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAlors que le panneau d’origine, encore en  place à ce jour, annonce la création de 13 logements sociaux et 2 commerces (photo ci-contre), le projet dit « de construction d’une résidence pour étudiants de 35 chambres et d’un foyer » est à l’étude depuis juillet 2012, a été déposé formellement le 28 décembre 2012 et accepté par le maire de Paris le 19 juin 2013.

Un an d’étude et six mois d’instruction sans la moindre concertation de la Mairie du 18e avec les riverains, cela en contradiction avec les propos tenus à ce sujet par le maire adjoint à l’Urbanisme et au Logement, M. Michel Neyreneuf, à son collègue des Espaces verts, M. Pascal Julien, lors du débat engagé à l’initiative de ce dernier devant le Conseil d’arrondissement du 10 octobre 2011 (voir Verbatim 1, 2 et 3 sur le blog et compte-rendu officiel, pages 27-35).

En contradiction aussi avec le point d’information proposé par la Mairie du 18e le 23 mai dernier aux riverains du projet pour les 5-7 rue Myrha/32-30 rue Affre (voir sur le blog).

Interrogé par Cavé Goutte d’Or sur les critères qui faisaient que, d’un côté, le projet de l’angle Affre-Myrha a été présenté aux riverains avant le dépôt et a fortiori avant l’octroi du permis (actuellement à l’instruction), alors que, de l’autre, le projet pour les 22-24 rue Cavé restait méconnu du voisinage, Michel Neyreneuf a indiqué que la raison en était l’absence d’intérêt et de participation à ces réunions de présentation et le fait que le voisinage ne lui aurait « rien demandé ».

Une architecture fermée au quartier

OLYMPUS DIGITAL CAMERACes arguments sont notamment contredits par l’intérêt démocratique révélé lors du débat précité au Conseil d’arrondissement et par la participation active et constructive des riverains de l’angle Affre/Myrha, M. Neyreneuf reconnaissant lui-même le caractère « productif » des échanges du 23 mai tout en proposant une présentation du projet des 22-24 Cavé à la rentrée de septembre, – … une fois passé le délai de recours contre le permis.

Ils méconnaissent aussi le souci et la nécessité de mieux contrôler la politique du logement et de l’urbanisme dans le 18e arrondissement dont la réconciliation avec l’environnement et le paysage urbain était au cœur du vœu de Pascal Julien longuement débattu en octobre 2011, une politique du logement et de l’urbanisme dont Daniel Vaillant lui-même a souligné l’échec : « Si nous avons gagné le pari du renouvellement urbain et sommes en passe de gagner le combat contre l’habitat insalubre, écrivait-il dans son journal de Mairie en septembre 2012 (voir 18 ensemble et le blog du 10 octobre 2012), la situation ne s’est pas améliorée sur l’espace public (ventes à la sauvette, prostitution, trafics de stupéfiants, vols avec violence) ».

Or, l’espace public est aussi fait de ce que donne à voir le combat contre l’habitat insalubre. Le paysage urbain participe de et à l’espace public et on ne saurait gagner à l’intérieur (espace privé) si on ne remporte pas la victoire dans la rue. En l’occurrence, le bloc blanc et saillant offert comme façade principale d’un des carrefours les plus importants du quartier, croisement des rues Léon, Cavé et Saint Luc à la porte du square Léon, point névralgique objet de toutes les attentions sociales, politiques et policières, ce bloc qui vient ajouter par mimétisme à la terrible architecture de la rue des Gardes, est une agression à l’œil comme à la raison.

Un pignon en ping-pong

Actuel pignon du 20 Cavé, vu du square Léon.

Actuel pignon du 20 rue Cavé vu du square Léon.

L’architecte lui-même souligne la particularité d’une parcelle presque carrée d’environ 18 mètres sur 18 dont le pignon ouest, côté square Léon, est aussi important dans sa dimension que la façade rue, et plus encore visible que celle-ci en raison de la mitoyenneté de petites maisons d’un seul étage offrant un dégagement complet sur le square Léon :

  • « En effet, écrit-il en décembre 2012 dans sa notice architecturale, tandis que la façade sud est perçue de façon ‘‘proche’’ dans la perspective étroite de la rue, la pente de la rue rend le pignon ouest très visible depuis le carrefour et le square Léon qui surplombe la rue ».
La ligne de mire. Image Raphaël Gabrion, architecte.

La ligne de mire. Image Raphaël Gabrion.

Et l’architecte de se mesurer à son tour au square en mettant son célèbre checkpoint en ligne de mire avec une terrasse « naturellement magique » : 

  • « Nous avons également proposé un toit terrasse comme nouveau lieu de rencontres naturellement magique par les situations qu’il offre : réviser ses partiels sur les toits de Paris, jouer au ping-pong en altitude, faire pousser des tomates, dîner au clair de lune ou encore admirer les feux d’artifices et la nuit des étoiles depuis ce nouvel observatoire », – what else ?
magique

« Naturellement magique » (Raphaël Gabrion).

Pouvoir « jouer au ping-pong en altitude » est assurément ce qui manquait à la politique de l’urbanisme et du logement dans la Goutte d’Or pour enfin rencontrer les défis de ce que l’architecte se plait encore à qualifier de « quartier populaire en pleine expansion », – statut trentenaire que lui attribue, telle une identité matricule,  tous les rapports de toutes les institutions à son chevet depuis 1984.

Quand la pétanque de La Table ouverte (friche SEMAVIP Myrha/Léon) est méprisée par la Ville de Paris qui n’accorde pas un grain de sable à cet espace alors qu’elle en déverse des tonnes sur les rives de Paris plage ; quand La Goutte verte (friche SEMAVIP Cavé/Stephenson) doit déployer des trésors d’ingéniosité et pas mal d’huile de coude pour pallier astucieusement l’absence des moyens financiers qui lui permettraient d’offrir un vrai toit à la tonnelle qu’elle a aménagée au cœur de son jardin mobile ; quand les artistes d’Art exprim (friche SEMAVIP Myrha/Affre) qui travaillent les carcasses d’arbres morts doivent en débarrasser d’abord les racines des canettes et autres détritus jetés par ce que Daniel Vaillant appelle « l’espace public » ; quand enfin, sur la misère entretenue, les sociologues sociaux invitent les enfants du quartier à fabriquer un cocon avec des trombones (voir le projet et le journal en ligne Goutte d’Or et vous),… une table de ping-pong sous les étoiles est le pompon de cette vitrine bobo bling-bling qui prétend aussi, de sa terrasse, « ouvrir un dialogue entre les résidents du bâtiment et de la ville environnante », – dont, pour fermer la boucle, le patron de l’Urbanisme local assure qu’ils n’ont « rien demandé ».

 Un dialogue artificiel

Jamais un promoteur n’avait mangé le morceau aussi ingénument, mélangeant ouvertement artifice et ciel dans la prétention d’ouvrir un dialogue entre les résidents et la ville environnante, la ville environnante n’étant pas la Goutte d’Or dans ce projet, Goutte d’Or dont Paris Habitat a fait sa proie, mais qu’elle s’applique à écarter ici en construisant une tour d’ivoire à ses étudiants qui verront peut-être tout Paris, mais pas le quartier, – étudiants qui en outre n’ont pas ‘‘vocation’’ (comme on dit) à y prendre racine.

Cavé Goutte d’Or attend donc la réunion que propose la Mairie du 18e en septembre, réunion dont elle a d’ores et déjà accepté le principe en demandant formellement que, pour tous les projets municipaux à venir, les habitants soient interrogés par les promoteurs avant l’octroi des permis, avant même le lancement des concours auxquels les riverains pourraient être avantageusement associés.

Entre-temps, l’association étudie les conditions dans lesquelles le permis a été octroyé, les lacunes de l’instruction, les imprécisions de l’affichage, et interroge l’architecte des bâtiments de France qui n’a apparemment pas considéré dans son avis du 29 janvier 2013 la présence d’un monument historique récemment inscrit : l’église Saint Bernard dont elle estime qu’elle est en covisibilité avec la future résidence étudiante.

À suivre : > Les détails du projet de résidence étudiante > Les conditions de l’appel d’offres et du concours > L’église Saint Bernard en covisibilité > La politique du fait accompli et les conflits d’intérêts du système Mano.

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