Tenir le 83bis

Vingt jours sous les feux de l’actualité

  • Plusieurs membres de la Commission du Vieux Paris évoquent le démarrage de la démolition du 83bis rue Philippe de Girard
  • Le Tribunal administratif convoque les parties le 6 mai
  • La Cour d’appel de Paris rend son ordonnance le 21 mai
Au large du 83bis rue Philippe de Girard, avril 2013 (CGO).

Au large du 83bis rue Philippe de Girard, avril 2013 (CGO).

Le 19 avril 2013, lors de la dernière réunion en date de la Commission du Vieux Paris, à laquelle Cavé Goutte d’Or avait, la veille, rappelé les nombreuses démarches de riverains pour éviter la démolition du 83bis rue Philippe de Girard (dont trois recours en justice encore pendant à ce jour), « le démarrage de cette démolition a bien été évoqué par plusieurs membres de la commission », écrit son Secrétaire général, Monsieur François Robichon, le 22 avril 2013.

Le 18 avril, en effet, au lendemain du dépôt d’un référé suspension du permis de démolir par des riverains de cette maison de faubourg dont l’architecte des bâtiments de France a désigné par avance la démolition comme « dommageable », Cavé Goutte d’Or lançait un nouvel appel à la Commission.

Non pas pour que, sans base légale à cette fin, elle se saisisse elle-même d’un dossier dont le maire de Paris ne veut pas la saisir à nouveau, mais pour que ses membres s’inquiètent de ce que la Mairie de Paris fait de leur travail.

Le cadre légal

OLYMPUS DIGITAL CAMERADans son message du 22 avril à Cavé Goutte d’Or, le Secrétaire général de la CVP souligne à juste titre que « la commission donne des avis consultatifs qui sont ou non suivis par le maire » et que, « sur ce dossier, elle n’a pas été suivie ».

Il rappelle en effet que « la commission avait émis un vœu s’opposant à la démolition du 83bis rue Philippe de Girard », – et même deux vœux faut-il préciser, les 3 et 27 mai 2010, comme pour renforcer l’intérêt porté à cet édifice d’époque Restauration dont Marie-Jeanne Dumont, Secrétaire générale de la CVP à l’époque des deux vœux, devait confirmer le 19 décembre 2012, lors du débat urbain à L’Olympic, qu’il s’agissait d’un bâtiment « très, très, très rare », en un mot : « exceptionnel » lui aussi. Et à bâtiment historique exceptionnel, pourquoi pas un convoi exceptionnel de la Commission du Vieux Paris une troisième fois sur les lieux, suite à une saisine provoqué par ses membres ?

Car le cadre légal de la saisine ordinaire n’est pas tout et quatorze membres de la Commission du Vieux Paris l’ont démontré avec panache il y a à peine plus de deux ans dans une lettre ouverte du 3 février 2011 qui devait marquer les esprits et attirer l’attention des médias.

Le précédent Roland Garros

« Le projet d’extension du tournoi de tennis de Roland Garros sur le site des serres d’Auteuil (XVIe) va-t-il avoir raison de la Commission du Vieux Paris ? », demandait alors le Parisien du 5 février 2011 en présentant cette ‘fronde’ de membres de la CVP sous le titre « Malaise à la Commission du Vieux Paris ».

 « En tout cas, le malaise est profond au sein de cette vénérable institution créée en 1897 pour servir de vigie sur la protection du patrimoine parisien », poursuivait le quotidien. « À tel point que quatorze de ses membres, dont d’éminents experts en architecture, patrimoine ou botanique, ont décidé de publier hier une lettre ouverte au maire de Paris demandant des garanties sur leur indépendance et sur leur utilité ».

« Nous espérons une prise de position du maire qui reconfirme et qui relégitime notre travail », expliquait à la presse le professeur Jean-François Cabestan, membre de la CVP.

Reprise dans la formulation du Parisien du 5 février 2011, la question pourrait être aujourd’hui la suivante : « Le projet d’extension du tournoi de Roland Garros  de démolition du 83bis rue Philippe de Girard sur le site des serres d’Auteuil (XVIe) dans le quartier de La Chapelle (XVIIIe) va-t-il avoir raison de la Commission du Vieux Paris ? »

Repris dans son adresse d’alors à la presse, le souhait de Jean-François Cabestan pourrait être aujourd’hui le suivant : « Nous espérons une prise de position du maire qui reconfirme et qui relégitime notre travail ».

Un set à La Chapelle

Si, le 29 janvier 2013, François Robichon laissait ouverte la possibilité que la Commission n’ait pas dit son dernier mot, annonçant alors qu’il « inviter(ait) les membres de la commission qui le souhaitent à participer à la recherche d’une solution alternative si nous sommes amenés à réexaminer ce dossier », le Secrétaire général clôt peut-être trop vite le débat lorsqu’il suggère, en conclusion de son courriel du 22 avril : « Sur (le 83bis), la Commission n’a pas été suivie et le dossier est administrativement clos ».

Car demeure la question du respect de la Commission du Vieux Paris lorsque ses avis, pour être consultatifs, sont bafoués par le mensonge et le déni.

En effet, que l’avis soit consultatif est une chose ; que le maire de Paris, par son adjoint au Logement, mente aux élus devant la représentation municipale comme il l’a fait le 11 décembre 2012 et évoquant la démolition d’un bâtiment « sans intérêt architectural » en est une autre.

« Administrativement clos » ne convient pas davantage à l’attention que doit porter la Commission du Vieux Paris et son Secrétaire général aux propos insultants à leur encontre tenus par le maire du 18e arrondissement de Paris, devant la représentation municipale là aussi, lorsque, le 4 décembre 2012, Daniel Vaillant insinua que la CVP n’avait pas correctement expertisé l’édifice : « Je voudrais être sûr de la façon dont la CVP a travaillé (…) Je suis dubitatif sur la façon dont la CVP a travaillé sur ce dossier », lança-t-il avec insistance au Conseil d’arrondissement en se référant à un autre dossier où le maire du 18e n’avait manifestement pas été content de la Commission du Vieux Paris (voir vidéo).

Balle de match

Colombo a lui aussi évoqué le démarrage de la démolition. C'est sa femme qui va être contente !

Colombo a lui aussi « évoqué le démarrage de la démolition ». C’est sa femme qui va être contente !

Nous ne doutons pas ici que, le 19 avril dernier, « plusieurs membres  de la Commission » ont « évoqué » le début des travaux de démolition du 83bis rue Philippe de Girard et leur en sommes gré.

Mais cela ne suffit pas.

Plusieurs membres de la Commission suivent en effet depuis plus d’un an Cavé Goutte d’Or dans son soutien aux riverains du 83bis, les uns devant la Cour d’appel de Paris, les autres devant le Tribunal administratif de Paris. Plusieurs membres de la Commission ont visité l’immeuble à protéger le 2 juillet 2012 dans le cadre d’une promenade  inscrite aux Journées d’études sur l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution, organisées à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) par l’association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris Historique et l’HiCSA de l’Université Paris I (voir sur le blog : les journées du 2 juillet 2012 ; la visite du 83bis Philippe de Girard).

Plusieurs membres de la Commission se sont inquiétés de la délibération viciée du Conseil de Paris des 10 et 11 décembre 2012, soutenue par un exposé des motifs du maire faisant état d’un bâtiment « sans intérêt architectural », délibération contre laquelle l’UMP et les Verts se sont d’emblée opposés de concert et contre laquelle Cavé Goutte d’Or recourt au Tribunal administratif.

Si les élus PS et apparentés siégeant à la Commission du Vieux Paris devaient  rester sagement le doigt sur la couture du pantalon et suivre tacitement les instructions de la municipalité contre les vœux de la CVP, les élus UMP et Verts qui siègent dans cette commission doivent prendre et faire prendre – dans leur parti, dans la presse, au Conseil d’administration de la SIEMP où siègent leurs collègues et dans tous autres relais – la mesure des mensonges qui caractérisent la gestion de ce dossier depuis la demande de permis de démolir et des dommages causés au patrimoine, comme à la loi et à la démocratie.

Parmi eux, le conseiller municipal UMP et maire du 1er arrondissement de Paris, Jean-Pierre Legaret, a reçu Cavé Goutte d’Or le 20 février 2013 et fait savoir le 19 avril qu’il « a une nouvelle fois assuré son soutien et accepté de s’associer aux communiqués que vous ferez en ce sens ». Yves Contassot, élu EELV siégeant à la CVP, n’a pas encore répondu à nos appels, mais on peut penser qu’il les a soutenu par avance au-delà de toute espérance en écrivant en juillet 2012 dans le bulletin des élus verts au Conseil de Paris : « Il serait à tout le moins normal que tous les permis ayant fait l’objet d’un vœu de la Commission du Vieux Paris soient soumis au vote du Conseil de Paris plutôt que laissés au libre arbitre du maire » (lire son article).

Le fait de mettre en doute la rigueur et l’honnêteté de la Commission du Vieux Paris, comme le maire du 18e l’a fait devant le Conseil de son arrondissement le 4 décembre 2012, le fait de présenter comme « sans intérêt architectural » un édifice dont elle demande par deux fois la préservation, sont autant d’affronts à son rôle et à son statut.

La Chapelle,
combien de divisions ?

Ces affronts méritent une intervention publique de la même envergure que celle qui a marqué l’affront fait à la Commission du Vieux Paris sur Roland Garros et les serres d’Auteuil. Par son intérêt pour La Goutte d’Or et La Chapelle, la CVP montre qu’elle travaille dans l’égalité des territoires. La défense qu’elle peut prendre elle-même de ses positions peut suivre le même mouvement. C’est l’objet de la demande qui est à nouveau faite à leurs membres par Cavé Goutte d’Or le 2 mai 2013, et de la pétition qui circule dans les quartiers de La Goutte d’Or et de La Chapelle (signature en ligne sur le blog).

« Un ouvrage de charpenterie couronné par un arc segmentaire mouluré » (DRAC).

« Un ouvrage de charpenterie couronné par un arc segmentaire mouluré » (Rapport de visite DRAC, juin 2012).

Aération le 2 mai 2013

Aération de la charpente le 2 mai 2013 (Photos CGO).

* Les élus de Paris qui, outre le maire Bertrand Delanoë et son adjointe au Patrimoine Danièle Pourtaud, siègent à la Commission du Vieux Paris sont, selon la liste du site de la Mairie : Hélène Bidard (PC), Céline Boulay-Esperonnier (UMP), Catherine Bruno (UDI), Claire de Clermont-Tonnerre (UMP), Yves Contassot (EELV), Bernard Gaudillière (PS, déjà destinataire de notre dossier au titre d’adjoint au maire chargé du Budget, des Finances et du Suivi des Sociétés d’économie mixte), Jean-François Legaret (UMP), Philippe Moine (PS), Christophe Girard (PS), Hermano Sanches Ruivo (PS), Karen Taïeb (PV), Pauline Veron (PS).

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