Boris Vian et moi, émoi

Le maire de Paris dit son transport pour la rue Boris Vian

  • Son directeur de Cabinet, sa conseillère et son adjoint aux Transports chargés de répondre à la Cohérie Boris Vian
  • Le président du Conseil de quartier y est déjà lui-même, aux Transports
Entrée de la rue Boris Vian, côté rue Polonceau (CGO).

Entrée de la rue Boris Vian, côté rue Polonceau (CGO).

« Il faut désormais que mon cœur, s’il n’aime avec transport, haïsse avec fureur », dit Pyrrhus à Andromaque ; « Perfide ! oses-tu bien te montrer devant moi ?… Après que le transport d’un amour plein d’horreur… », lance Thésée à Hyppolyte.

À la Pyrrhus ou à la Phèdre, le maire de Paris semble entendre, de la rue Boris Vian, le délicat murmure d’un juste courroux et, des membres de son Cabinet, attend de voir traiter le mal à la Racine.

Ou à la Boileau : « Sentiez-vous, dites-moi, ces violents transports / Qui d’un esprit divin font mouvoir les ressorts ? » – C’est bien, en tout cas, les Transports que le maire de Paris nous ressort pour exprimer, de la voie Boris Vian de son 18e arrondissement, tout l’effroi qu’il ressent.

Quoi ! un beffroi dans la Goutte d’Or ! Où ça ?

Nos lecteurs se souviennent de la lettre écrite fin novembre 2012 par Nicole Bertolt, porte parole de la Cohérie Boris Vian, signalant au maire de Paris l’état de délabrement, de saleté et d’indignité dans lequel était maintenue la rue Boris Vian située au cœur des barres d’immeubles des rues de la Goutte d’Or et de Chartres, – si de cœur il est possible de parler pour le massacre commis par la Ville de Paris dans l’opération Goutte d’Or sud (un massacre dont on rappelle qu’il n’est pas une opinion, mais un constat enseigné dans les écoles d’architecture et d’urbanisme pour montrer ce qu’il ne faut pas faire).

Indigence 1 (photo CGO).

Indigence 1 (photo CGO).

Par cet acte, la Cohérie Boris Vian proposait, avec le soutien de l’association Cavé Goutte d’Or, un exercice de pataphysique grandeur nature et in situ à l’occasion du vingtième  anniversaire de l’arrêté par lequel la Ville de Paris avait donné le nom de Boris Vian à cette malheureuse voie de cette malheureuse barre d’immeubles, forme de tromperie sur la marchandise car la famille de Boris Vian, sollicitée en 1992, avait applaudi à l’idée de pouvoir donner son nom à une rue nouvelle dans un quartier populaire en pleine réhabilitation et dut, comme maints architectes et historiens de renom, déchanter devant la médiocrité du résultat, l’absence de tout entretien et « l’indigence dont le quartier a dû se faire l’hôte » (cf. Simon Texier, Le 18e arrondissement. Itinéraire d’histoire et d’architecture, Mairie de Paris, Direction générale de l’Information et de la Communication, 2000, 2003, p. 114 – voir sur le blog).

Indigence 2 (photo CGO)

Indigence 2 (photo CGO)

« Très sensible à votre correspon-dance, Bertrand Delanoë a pris connaissance de votre courrier avec la plus grande attention », écrit Mathias Vicherat, directeur du Cabinet du maire de Paris, dans une lettre du 9 janvier 2013 à la porte parole de la famille Boris Vian en un élégant croisement littéraire entre « sensible à votre correspondance » et « attention à votre courrier » qui, par son économie, vaut la croix de Saint André formée par les rues de Chartres et de la Charbonnière sur lesquelles tombe la rue Boris Vian, et Dieu sait qu’elle tombe.

En charge des chargés de charger

Sans légende (CGO).

Sans légende (CGO).

Et le directeur de Cabinet d’ajouter que le maire de Paris l’a « chargé de transmettre à son adjoint chargé des Transports » (précisément des Déplacements, des Transports et de l’Espace public) ; qui lui-même, devant tout ce chargement, « ne manquera pas de vous répondre de façon circonstanciée dans les meilleurs délais ».

Le billet de Mathias Vicherat avait été précédé d’un autre mot à l’en-tête du Cabinet du maire, datant du 2 janvier 2013 et émanant de sa conseillère… aux Transports, Caroline Daude.

Home sweet home (Hôtel de Ville de Paris, DR).

Home sweet home (Hôtel de Ville de Paris, DR).

Au hasard des attributions dans l’Ordre alphabétique des conseillers de Bertrand Delanoë, cela aurait pu tomber juste au-dessus sur Nathalie Chazalette, conseillère du maire pour l’architecture, l’espace public, le permis de construire et le patrimoine (un programme ambitieux qui devrait un jour diriger son attention sur la Goutte d’Or), ou juste au-dessous sur Jérôme Grand, conseiller du maire pour la propreté, l’environnement, les espaces verts, les affaires funéraires (« J’irai cracher sur vos tombes », avait comme pressenti Boris Vian), l’eau et l’assainissement ; mais c’est donc à la conseillère aux Transports, entre les deux, qu’incomberait la mission d’écrire, à son tour, que le maire de Paris était « sensible à la situation évoquée » et avait « aussitôt demandé aux services d’en procéder à une analyse approfondie et de le tenir rapidement informé des dispositions susceptibles d’être prise pour améliorer l’aspect de cette voie » (voir sa lettre). D’«aussitôt» en «rapidement», on se réjouit d’avance des «meilleurs délais» avec lesquels les Transports municipaux disent l’intérêt du maire pour la réhabilitation de la rue Boris Vian. 

Un maire sensible aux zones sensibles

À ces transports de Cabinet, on est tenté d’ajouter celui du président du Conseil de quartier Goutte d’Or/Château Rouge Dominique Lamy, lui-même adjoint au maire du 18e et chargé des… Transports.

Photo Mairie du 18e.

Photo Mairie du 18e.

Bien connu de nos lecteurs comme très sensible lui aussi au bonheur des habitants de la Goutte d’Or Sud qui, dit-il, ont su accepter plus docilement que ceux du Nord l’indigence sociale et architecturale des barres d’immeubles, le président du Conseil de quartier a été formellement saisi, fin novembre 2012, d’une demande de soutien financier pour, dans un premier temps, faire nettoyer la rue Boris Vian par une association de quartier (voir sur le blog).

Lamy n’a pas répondu, ni comme adjoint ni comme président du Conseil de quartier, mais il doit aujourd’hui se sentir littéralement transporté par le soutien de ses collègues chargés des Transports en hauts lieux, en encore plus hauts lieux que lui, et nous allons en profiter pour le relancer car, si l’intérêt du maire de Paris pour l’état de la rue Boris Vian se révèle réel, c’est forcément sur l’adjoint aux Transports du 18e que tombera « l’analyse approfondie » annoncée par la conseillère aux Transports du maire de Paris, forcément à Dominique Lamy que son collègue aux Transports Julien Bargeton demandera « de répondre de façon circonstanciée » afin qu’il puisse lui-même en faire autant auprès du maire.

Et la culture dans tout ça ?

l-automne-a-pekin– Tous ces attachés aux Transports vont finir par nous concocter un arrêt de bus Boris Vian rue de la Goutte d’Or, maugrée le blogmaster.
– L’idée n’en est pas si incongrue, lui souffle la Cohérie, car le roman L’Automne à Pékin commence par les mésaventures d’Amadis Dudu tentant de prendre l’autobus 975 pour se rendre à son bureau… il n’y parviendra jamais du fait d’un chauffeur fou qui le conduira en Exopotamie.
– Magnifique ! rétorque notre bon Bert : on donne l’adresse de l’arrêt de bus à Lamy, et on signale l’Exopotamie à l’Atalante (voir sur le blog : « Un trek ethnique pas trek éthique »).

Il n’empêche ! après Racine ou Boileau, et pour rentabiliser notre dictionnaire des citations, on aimerait demander à Bossuet d’ajouter son transport à lui et d’interroger le maire de Paris sur l’absence de ses adjoints à la Culture dans tout cela :  « Vous êtes toujours en joie toujours content de vous-même ? vous ne voyez rien : les choses humaines ne portent pas ce perpétuel transport ».

À la décharge du pauvre Bruno Julliard, qui n’a jusqu’ici pas pris la mesure de la requête de la Cohérie Boris Vian, on rappelle que le précédent adjoint de Bertrand Delanoë chargé de la Culture, saisi par Cavé Goutte d’Or à l’automne 2011, s’était lui aussi débiné sur le dos de sa collègue, non pas aux Transports cette fois-ci, mais à la Solidarité et à la Lutte contre l’exclusion (voir sa lettre). Au motif que l’angle des rues Boris Vian et de la Goutte d’Or, agrémentées d’une misérable galerie marchande abandonnée, était devenu un toit précaire pour les sans abris dont, disions-nous, Boris Vian se serait volontiers fait le porte parole auprès de la Mairie, Christophe Girard devait en effet proposer que l’état de la rue relevait de la lutte contre l’exclusion, comme si les sans abris étaient responsables de l’état des lieux qu’ils aménagent tant bien que mal sous le regard, chaque jour, des autorités municipales qui traversent cet espace.

À la décharge de Bruno Julliard encore (mais après, ce sera à lui de jouer !), le gouvernement de François Fillon alors aux manettes et son ministre de la Culture Frédéric Mitterrand n’avaient pas davantage prêté attention à la situation décrite affiche-ugcdepuis maintenant deux ans et demi. On se souvient en effet que le Cabinet de Frédéric Mitterrand avait  transmis à la DRAC, qui avait elle-même transmis au service d’Urbanisme de la Ville de Paris, via son sous-directeur du permis de construire et du paysage de la rue, qui n’a jamais donné suite (voir récapitulatif complet).

Quant à l’excellente Carine Rolland, adjointe à la Culture de Daniel Vaillant, le long délai qu’elle met à nous répondre se perd dans l’écume des jours, écume des jours qui sera en salles le 24 avril 2013… (voir ci-contre et sur le blog de la Cohérie Boris Vian).

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