Beit Stephenson

À Beyrouth, la Mairie de Paris réhabilite la Maison des Cinq Moulins

  • L’immeuble d’angle Cavé Stephenson modèle de réhabilitation
  • Un centre culturel et un musée d’histoire, le projet est calqué sur celui de Cavé Goutte d’Or pour les anciennes plumasseries Loddé.
Photo Nikileaksnews.

Beit Beirut (Photo Nikileaksnews).

Les immeubles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, même si celui de Beyrouth est plus jeune de 70 ans : 1860 pour la Maison des Cinq Moulins, bien connue de nos lecteurs, et 1930 pour Beit Beirut ou la « Maison de Beyrouth ».

Image Triposo.com

Beit Beirut (Photo Triposo.com).

Le numéro d’hiver 2012-2013 de à Paris, magazine de la Ville de Paris, consacre un bel article à la coopération des Mairies de Paris et de Beyrouth sur cet immeuble appelé à « abriter un centre culturel et un musée d’histoire alliant à la fois préservation patrimoniale et innovation technologique », une idée que Cavé Goutte d’Or avait proposée dans un même esprit pour la « Maison des Cinq Moulins », nom de code du projet pour la réhabilitation du 25 rue Stephenson (voir dans notre page Étude : « Une Maison des Cinq Moulins à la Goutte d’Or. Projet de réhabilitation de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé à Paris, décembre 2010 »).

Le 25 Stephenson avant l'orage (image GC).

Le 25 Stephenson avant l’orage (image GC).

On sait que la Mairie de Paris n’a pas suivi le projet de Cavé Goutte d’Or, mais on ignorait que, parallèlement, elle le développait dans une ville amie. Année après année depuis 2008, date à laquelle la Ville de Paris a jeté son dévolu définitif sur le 25 Stephenson en empêchant la copropriété alors encore en place dans cet immeuble de le réhabiliter, la Ville faisait à Beyrouth ce qu’elle défaisait à La Goutte d’Or.

« La Ville de Paris apporte depuis 2008 son expertise technique en matière de patrimoine, de muséographie et de gestion de projets », raconte le magazine à Paris. Or, en 2008 précisément, comme l’a encore récemment rapporté l’architecte Violette Dullin lors des débats de Cavé Goutte d’Or du 19 décembre 2012 (voir aussi : expertise de Mme Dullin de 2008, sans les plans), la SEMAVIP, société d’économie mixte de la Ville de Paris, entravait l’application d’une résolution de l’Assemblée générale des copropriétaires qui décidait de procéder à la réhabilitation de l’immeuble.

La proue de Beit Stephenson (1986).

La proue de Beit Stephenson (1986).

Selon le magazine à Paris, les parallèles historiques sont multiples :

  • Beit Beirut est « situé sur la ligne de démarcation entre Est et Ouest », écrit-il, comme Beit Stephenson était sur la ligne de démarcation que le maire de Paris lui-même dessine entre l’Est et l’Ouest de la capitale française (voir sur le blog « Muette-Goutte d’Or ») ;
  • l’édifice libanais était « un lieu stratégique tenu par des soldats et miliciens qui ont édifié à l’intérieur une véritable ‘‘architecture de guerre’’ », poursuit le magazine, comme la tour de Babel qu’était devenue Beit Stephenson abritant tantôt une fabrique de plumes, tantôt une brasserie, des soldats et des sans papiers, des religieux catholiques et une madrassa, des appartements bourgeois et des marchands de sommeil, ‘‘architecture de guerre’’ s’il en est, bien décrite en 2006 par les étudiants de l’École des Beaux-Arts de Rennes, et que la Ville de Paris a d’ailleurs préféré raser pour cette raison principalement ;
  • « un lieu chargé d’histoire pour le peuple libanais », insiste à Paris : comme l’étaient devenues également pour le peuple de la Goutte d’Or les plumasseries Loddé, qui pouvaient en outre se targuer d’avoir commercé dans les années 1870 avec la Société universelle construisant le Canal de Suez, contrairement au misérable espace vert précaire à ciel ouvert qui les a remplacées sous l’égide de la SEMAVIP.
Photo École des Beaux-Arts de Rennes (2006)

Photo École des Beaux-Arts de Rennes (2006)

Les parallèles culturels aussi puisque, de la « Maison de Cinq Moulins », Cavé Goutte d’Or proposait de faire un centre culturel (on sait que la SEMAVIP piquera l’idée pour une autre de ses pauvres friches trash, à l’angle des rues Myrha et Léon), un musée et un lieu d’histoire, rappelant que la Goutte d’Or en avait une, forgée au cœur du 19e siècle, de la Restauration au Second Empire en passant par la Deuxième République pour nous limiter à la période de son lotissement ouvrier et industriel autour des Gares de l’Est et du Nord (dont l’esplanade porte le nom de Napoléon III), mettant en lumière un enracinement politique, sociologique, économique et urbain peu connu et peu rappelé, les origines anciennes de la diversité et du multiculturalisme qui caractérisent ce quartier encore aujourd’hui ; encore aujourd’hui, et non particulièrement aujourd’hui, comme la Mairie du 18e et ses marchands de faux exotisme voudraient le faire accroire (le blog revient bientôt sur les treks ethniques dans la Goutte d’Or).

Le 25  après l'orage (GC).

Le 25 après l’orage (GC).

« Le nom des rues porte la trace de cette histoire », écrivait-on dans notre étude pour la réhabilitation du 25 rue Stephenson : « les Suez, Panama, Oran, Laghouat, Tombouctou jouxtent les Myrha (ex-Constantine), Chartres, Affre (ex-Alger) et Poissonniers ; les Saint Matthieu, Saint Luc, Saint Bruno et Saint Jérôme entourent l’église Saint Bernard, dans laquelle devait trouver refuge Louise Michel lors de la Commune. La rencontre de George Stephenson (1781-1848) et François Cavé (1794-1895) à l’angle de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé dont la réhabilitation est ici  à l’étude, est un symbole de la révolution industrielle de la seconde moitié du 19e siècle », disait-on.

Beyrouth ou Paris ? (GC août 2011).

Beyrouth ou Paris ? (GC août 2011).

Une forme de modeste « observatoire urbain, lieu de réflexion sur la ville » était en marche au niveau très local d’un quartier dans un arrondissement de l’Est parisien, comme l’idée en fut développée à la St Urbain de l’Olympic, justement. Eh bien, c’est à Beyrouth, Est Ouest aujourd’hui confondus, que la Mairie de Paris le fera : « Une équipe d’une dizaine de personnes accompagne pas à pas les élus du Conseil municipal de Beyrouth », écrit encore le magazine àParis pour cette réhabilitation incluant en effet « un observatoire urbain, lieu de réflexion sur la ville ».

*

Scoop intemporel

  • Daniel Vaillant annonce la démolition du 25 Stephenson avant que le permis ne soit accordé. La sévère mosquée qui en occupait le rez-de-chaussée y serait-elle pour quelque chose ?

Dans un entretien au journal en ligne Le Post du 3 décembre 2009, le maire du 18e arrondissement, fervent défenseur de la démolition du 25 rue Stephenson dont il estimait la façade « dégueulasse » (cf. Verbatim du Conseil d’arrondissement du 10 octobre 2011), avait annoncé sa démolition avant même que l’instruction ne soit confiée à la Direction de l’Urbanisme et que le permis de démolir ne soit accordé par le maire de Paris, le 25 février 2010.

L’entretien concernait les prières dans la rue Myrha, alors à la une des journaux.
– Le Post  : « Que répondre à ceux qui disent que ces musulmans dans la rue sont des « islamistes », comme l’historien Daniel Lefeuvre ? »
– Daniel Vaillant : « Les mosquées Myrha et Polonceau ne doivent pas être confondues avec celle de la rue Cavé (ou Association des projets de bienfaisance islamique en France [APBIF], ndlr) : celle-ci va disparaître car le 25 rue Stephenson va être démoli. »*
– LP : « Vous les considérez islamistes ? »
– DV : « Notre projet (de Centre des Cultures d’Islam) ne les prend pas en charge, nous n’avons pas de dialogue avec eux. Quant à la mosquée Polonceau, elle est tenue par des frères africains très modérés. Le recteur de celle de la rue Myrha tient sa boutique, il a été candidat en Algérie… sa mosquée n’apparaît pas problématique, au sens où elle serait liée à des islamistes. Pour l’instant, il ne s’intéresse pas à notre projet municipal mais quand l’ICI sera érigé, il pourra choisir de le rejoindre s’il veut ».

*Et si, de car en car, le maire avait voulu dire : « Le 25 rue Stephenson va disparaître car la mosquée va être démolie » ?

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