Immeubles encombrants

Enlèvement du 7 rue Myrha

L'enlèvement du 7 Myrha (CGO, décembre 2012).

L’enlèvement du 7 Myrha (CGO, décembre 2012).

La Ville de Paris a fini par obtenir l’enlèvement du 7 rue Myrha, qui faisait angle avec le 32 rue Affre au pied de l’ancienne Colline des Cinq Moulins. Une fois les recours de riverains épuisés, la Ville n’a même pas eu besoin d’appeler le 3975, comme le propose un panneau judicieusement placé devant l’angle démoli tout récemment (photo ci-contre) ; elle a fait enlever cet immeuble de faubourg par la SEMAVIP et la GENIER-DEFORGE sous le regard triste de son voisin presque cousin du 9 rue Myrha, de même facture et peu entretenu lui aussi, comme si de nouveaux jardins partagés se profilaient à l’horizon de cette pauvre rue Myrha ravagée par les opérations immobilières en cours.

Les lecteurs du blog se souviennent que, derrière le 7 rue Myrha, la Ville et ses démolisseurs visent aussi le 5 rue Myrha, très bel immeuble d’époque Louis-Philippe dont Cavé Goutte d’Or a demandé la protection (voir sur le blog). La demande de l’association aurait récemment été examinée en comité restreint, mais rien ne nous en a été communiqué à ce jour.

L’adjoint de 5 à 7

panneauNous devons donc, en l’état, nous rabattre sur ce qu’a dit de cet immeuble l’adjoint à l’Urbanisme et au Logement du 18e arrondissement lors du dernier Conseil du 3 décembre 2012. Une fois rappelée la thèse peu crédible qu’il a répétée néanmoins deux fois devant le Conseil d’arrondissement (le 10 octobre 2011 et le 3 décembre 2012), selon laquelle la cour du 5 rue Myrha était inaccessible sans démolir le 7 rue Myrha (une thèse si peu crédible qu’elle sera infirmée notamment par les recenseurs des monuments historiques chargés d’étudier, en compagnie de la SEMAVIP, la valeur architecturale du 5 et qui y ont eu accès cet été sans avoir à démolir autre chose que des mensonges), M. Michel Neyreneuf a en effet indiqué à ses collègues que – maintenant (maintenant qu’on a démoli le 7) – on pouvait s’occuper correctement du 5 rue Myrha.

Qu’à cela ne tienne, se réjouit Cavé Goutte d’Or, inquiet néanmoins que les propos de l’adjoint à l’Urbanisme et au Logement ne disent aussi que les plans de reconstruction d’ensemble sont en marche avant que la procédure engagée auprès de la DRAC ne soit terminée.

Protection de façade

Un risque de façadisme (conservation des murs et démolition intérieure de l’immeuble) est à craindre en effet si la protection demandée par Cavé Goutte d’Or devait être écartée. Cela d’autant que, le 5 Myrha étant désormais parfaitement dégagé et accessible de trois côtés, la Ville devrait pouvoir accorder à sa réhabilitation toute l’attention qu’elle prétend n’avoir pu lui accorder jusqu’ici faute d’accès à la cour.

Ne garder du 5 Myrha que sa façade rue, voire ses deux façades rue et cour sans sa distribution intérieure, serait perdre l’âme ce cet immeuble, l’esprit social dans lequel il a été construit dans la première moitié du 19e siècle, et ce qu’il dit de l’évolution du quartier. Le 5 rue Myrha représente en effet le type même d’immeuble qui montrait le souci et la possibilité de l’époque de construire beau et simple à la fois, comme le note l’historien François Loyer dans La Goutte d’Or, Faubourg de Paris en soulignant le « grand raffinement » de ce quartier, « d’autant plus grand que les moyens étaient pauvres et les possibilités restreintes ».

Un beau et simple qui dit aussi beaucoup de la « mixité sociale » avant la lettre (avant la lettre du 21e siècle), tant la cohabitation entre le 5 et le 7 rue Myrha, entre la rue Myrha (alors rue Constantine) et la rue Stephenson (alors rue des Cinq Moulins), entre le cœur de ces lotissements ouvriers de la première moitié du 19e siècle et les ouvrages néo-haussmanniens des rues Saint Mathieu, St Jérôme et St Luc, était une véritable cohabitation, vécue qui plus est dans le respect des habitants et de l’habitat.

La volumétrie, le décor, le raffinement intérieur (qu’observe également Marie-Jeanne Dumont pour le logement social de l’époque), l’implantation du bâtiment sont à considérer aussi lorsque la protection d’un immeuble est à l’étude, et non seulement sa façade, au risque que les données avancées, au cours de procédures précipitées, ne deviennent elles-mêmes que « de façade ». L’architecture dite faubourienne est intéressante non seulement au cas par cas, mais en ce que l’ensemble de ces bâtiments représentent. « Ils sont des témoins historiques », entendait-on dans un brainstorming nocturne de Cavé Goutte d’Or à la veille du récent Conseil de Paris des 10 et 11 décembre : « Ils illustrent des situations, des modes de pensée et de vie disparus. Par surcroît,  ils se prêtent, chacun à leur manière (c’est toujours du cas par cas) à une réhabilitation qui les rendrait compatibles avec le mode de vie contemporain. Que leur demander de plus ? »

Panneau sur l'ex-7 Myrha.

Panneau sur l’ex-7 Myrha.

De faire de la place, semble répondre la Mairie du 18e qui veut condenser pour mieux concentrer ; et de devenir ascenseurs, les projets pour le 5 rue Myrha insistant à en faire le lieu ou pourra être caser l’ascenseur du futur complexe des anciens 7 Myrha, 32 et 30 Affre. Un ascenseur social, il s’entend !

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