Contre-pouvoir à Goutte d’Or City

Le 18e du mois et 18 ensemble à l’unisson pour maintenir la Goutte d’Or en zone

Réhabilitation de la Goutte d’Or.

S’il devait n’en rester qu’un, ce seraient ces deux-là, pour le dire arithmétiquement comme Le 18e du mois, journal associatif du 18e arrondissement de Paris, proche de la Mairie qui édite pour sa part le mensuel 18 ensemble : « L’arithmétique le dit, on manque cruellement de logements sociaux, il faut continuer à en construire » (Le 18e du mois, octobre 2012, p. 2).

Quand bien même la plupart des journaux et éditorialistes parisiens et nationaux notent que « les quartiers » (euphémisme pour les zones déquartiérisées aux mains de la politique de la ville, comme la Goutte d’Or depuis trente ans) souffrent d’une urbanisation misérable et anxiogène, quand les études sociologiques mettent l’accent sur le lien entre urbanisme et sécurité, quand les architectes désignent les opérations de réhabilitation de la Goutte d’Or comme ce qu’il ne faut pas faire, quand François Hollande candidat dit, dans son discours d’Aulnay d’avril 2012, son aversion pour les ghettos sociaux et la concentration des logements sociaux, quand la loi SRU exige une répartition solidaire entre les communes ou arrondissements, le 18e du mois en reste à la loi de l’offre et de la demande sans réflexion : « Il en manque, il en faut donc plus ».

Fuite en avant

Idem (détail).

Aucun recul, aucune considération des ouvrages parfaitement accessibles dénonçant les opérations immobilières de la Ville de Paris qui ont brisé l’histoire, le patrimoine et le tissu social de la Goutte d’Or ; soulignant « l’indigence dont le quartier a dû se faire l’hôte » (observation de l’historien Simon Texier qui a pourtant reçu l’imprimatur de la Ville de Paris dans Le 18e arrondissement. Itinéraire d’histoire et d’architecture, publié par l’Action artistique de la Ville de Paris, Direction générale de l’Information et de la Communication, 2000, 2003, p. 114) ; regrettant le mimétisme, l’« action brutale lacérant le tissu urbain traditionnel et donnant lieu, le plus souvent, à une architecture consternante », pour le dire comme Marc Ambroise-Rendu dans Le Monde du 28 février 1984, et jusqu’à ces « alignements de façades plutôt oppressants » que dénonçait le 18e  du mois lui-même, à sa naissance ou presque (n° de mai 1995, p. 10).

Rien, ni dans 18 ensemble qui salue, sous la plume du maire, l’instauration d’une zone de sécurité prioritaire sur la Goutte d’Or en prétendant « (avoir) gagné le pari du renouvellement urbain et (être) en passe de gagner le combat contre l’habitat insalubre », ni dans le « dossier » du 18e du mois, dont le précédent numéro mettait déjà à l’actif de l’urbanisme municipal la diminution des problèmes de sécurité (voir sur le blog), rien qui vienne mettre un éventuel bémol à la politique dite de « réhabilitation » de la Goutte d’Or, demeurée en zone d’attention prioritaire (ZAP) depuis près de trente ans.

La Une d’octobre 2012.

Journalisme de connivence

Entièrement consacré à encenser au contraire la politique municipale du logement et de l’urbanisme sous l’étrange titre « Un puits sans fond » (dont acte ?), le dossier s’ouvre et se clôt sur une seule source : Michel Neyreneuf, adjoint de Daniel Vaillant auxdits Logement et Urbanisme, qui ouvre le dossier du journal associatif en racontant ses déboires avec des opposants aux logements sociaux rue Philippe de Girard et le ferme en expliquant qu’il ne participe pas au vote de la Commission municipale d’attribution des logements.

Entre-deux, une fausse citation destinée à classer « le site Cavé Goutte d’Or » parmi les méchants qui ne comprennent pas l’arithmétique du journal (« manque cruel, il faut continuer »). À des fins ostentatoirement dépréciatives, le journal attribue en effet à Cavé Goutte d’Or des propos cités par Cavé Goutte d’Or, ce qui est une faute de première année d’école de journalisme et ajoute une touche ironique à la tentative du 18e du mois de débaucher cet été notre blogmaster.

On ce souvient en effet de cet autre fameux tweet de l’été, par lequel le 18e du mois proposait à Cavé Goutte d’Or d’écrire pour lui :

  • « Bonjour, cela vous intéresserait-il de collaborer au journal, en nous informant des bonnes infos sur votre quartier, voire en étant publié ? »  Message privé envoyé par Le 18e du Mois (@le18edumois) à vous (@cavegouttedor) le 13 juin, 5:12 am (voir le blog du 6 août 2012).

Nous informer des bonnes infos peut-être, mais seulement si elles vont dans le sens de la municipalité en place, corrige dans sa dernière parution Noël Monier, fondateur du journal en 1994 et auteur du « dossier » arithmétique sur les logements sociaux, qui ajoute en effet que  le blog Cavé Goutte d’Or « publie des analyses parfois bien documentées mais toujours marquées d’une hostilité de principe à la municipalité ».

Vade retro, Cavé Goutte d’Or !

Échelle de gris © Mario Groleau

Pire des avanies : en critiquant la municipalité sur sa politique de logements prétendument sociaux et très précisément, nous allons le voir, sur l’équation « manque cruel, il faut continuer » (à construire des logements que Cavé Goutte d’Or juge et dénonce comme anti-sociaux, asociaux, ghettogène), le blog ne manifesterait même pas la compréhension dont l’opposition gratifierait la politique municipale : « Les élus de droite eux-mêmes reconnaissent (l’équation ‘‘manque cruel, il faut continuer’’) », écrit Noël Monier. « Pourtant des habitants, des associations continuent à s’y opposer. Par exemple, le site Cavé Goutte d’Or (…) ».

Dans un article publié immédiatement à la suite de ce billet, Cavé Goutte d’Or explique que ce n’est pas aux logements sociaux que l’association s’oppose mais à leur concentration sur l’Est du 18e (Abbesses contre Barbès ?) et à  la conception misérabiliste de l’habitat social que la Mairie du 18e impose à la Goutte d’Or, qu’elle réserve à ce qu’elle appelle officiellement un « type de population », déterminé par on ne sait qui ou quoi. Et analyse la fuite en avant de la politique d’urbanisation du quartier, l’absence de tout recul, de toute réflexion de la Mairie et des médias locaux sur les causes d’une précarisation de la Goutte d’Or qui semble pourtant augmenter au fur et à mesure de sa prétendue « réhabilitation » (voir : « Jusqu’ici, tout va bien ! »).

En avant-propos, nous devons mettre en lumière la méthode partisane et idéologique du 18e du mois. Faisant le pari du besoin d’une presse rigoureuse et honnête sur le quartier, comme nous en avons lancé l’idée en appelant récemment à un Bondy Blog sur Château Rouge (voir « CRS en quarantaine »), nous souhaitons, par respect pour nos lecteurs, démonter avec la rigueur professionnelle qui convient le caractère prétendument « systématique » attribué par le 18e du mois à la prétendue « hostilité » (disons : à la critique, fût-elle parfois sévère) du blog en rappelant combien l’association Cavé Goutte d’Or a, au contraire, coopéré avec « la municipalité », au sens d’équipe dirigeante en place, dans laquelle il convient donc de compter notamment le Front de Gauche et les Verts d’EELV.

La municipalité et Cavé Goutte d’Or

Mairie du 18e

Tantôt soutenus par le blog (l’interrogation de Danielle Fournier (EELV) sur le « centre culturel SEMAVIP de l’angle Léon/Myrha » ; le vœu de Laurence Goldgrab (PS) sur la propreté des rues) , tantôt y puisant l’inspiration de leur action municipale, les élus du 18e  n’ont pas tous trouvé les études de Cavé Goutte d’Or « systématiquement hostiles à la municipalité » :
– l’un (Ian Brossat, Front de Gauche) s’y référa pour prendre la défense du 25 rue Stephenson auprès d’Anne Hidalgo (sa lettre) ;
– un autre (Sylvain Garel, EELV) coopéra avec Cavé Goutte d’Or pour présenter une très sérieuse question écrite au maire de Paris en juin 2011 (la question écrite du 6 juin 2001, l’entretien du 6 septembre 2011 avec Sylvain Garel) ;
– un troisième (Pascal Julien, EELV) devait également relayer les travaux de Cavé Goutte d’Or au sein du Conseil d’arrondissement et y susciter le 10 octobre 2011 un débat de haut vol (et de plus d’une heure) dont nous saluons aujourd’hui le premier anniversaire sur l’urbanisme et le logement social, justement, débat que même Daniel Vaillant a jugé utile, saluant « le questionnement qu’il comportait » (voir notre série Verbatim 1, 2 et 3).

Paris Historique en veille

Depuis, le débat Julien/Neyreneuf offert à la municipalité par Cavé Goutte d’Or a fait du chemin : il est évoqué notamment sur la page d’alerte de l’Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique qui donne à lire les mots de Pascal Julien devant le Conseil d’arrondissement : « (Dans la Goutte d’Or) surgissent de nouvelles constructions qui, peu à peu, dessinent un nouveau paysage urbain. Or celui-ci entre trop souvent en rupture, voire en contradiction, avec l’héritage faubourien de ce quartier qui, malgré son état de vétusté ou d’insalubrité, n’en constitue pas moins un héritage patrimonial reconnu, auquel ses habitants sont par ailleurs attachés » (lien).

Encore une hostilité droitière et systématique, sans doute, que ce blog de Paris Historique, association qui va fêter ses cinquante ans l’année prochaine, qui a pignon sur rue dans le Marais qu’elle a contribué à sauver dans les années 1960, et qui ose aujourd’hui interroger la mainmise de la Ville de Paris sur la Goutte d’Or où, dit-elle, « nous avons constaté que la SEMAVIP ne fait ‘‘pas de quartier’’. On observe, depuis le printemps 2011, la multiplication des démolitions, véritable hécatombe ».

Et ce Pascal Julien qui se sert du Conseil d’arrondissement pour évoquer « un paysage urbain en rupture, voire en contradiction avec l’héritage faubourien du quartier », quelle hostilité ! Le 18e du mois n’aura pas mesuré la différence entre municipalité et urbanisme.

Car pour attaquer qui toucherait à son pote, le journal militant doit oublier des pans entiers de l’action de Cavé Goutte d’Or en faveur de « la municipalité » à laquelle, en à peine plus d’un an, le blog a offert sur un plateau des sujets de travail et de réflexion qu’elle s’est honorée, et s’honorera encore d’appréhender, comme :

  • la protection patrimoniale accrue de l’immeuble Louis-Philippe du 5 rue Myrha (lien) ;
  • la protection de la maison de faubourg du 83bis rue Philippe de Girard (lien) ;
  • l’état de la rue Boris Vian qui, de Frédéric Mitterrand à Christophe Girard en passant par la Cohérie Boris Vian elle-même, a valu une attention en hauts lieux pour que la municipalité s’inquiétât (lien) ;
  • la visite du quartier par un aréopage distingué d’architectes et historiens réunis à l’INAH les 2 et 3 juillet 2012 (lien) ;
  • le sauvetage (non encore acquis mais on croise les doigts) de l’Olympic (lien) ;
  • des études et recherches solides sur l’égalité des citoyens devant la loi, à ne pas négliger quand on est une municipalité traversée par la frontière est-ouest de la capitale (lien) ou sur l’illégalité radicale du système permettant de s’affranchir de la loi (SRU ou autre) en payant une amende (lien) ;
  • les éléments permettant à la Mairie centrale de reconnaître que la SEMAVIP mentait à la municipalité du 18e en lui disant que son sous-sol était truffé de carrières (lien) ;
  • un soutien inlassable à Daniel Vaillant pour l’aider à respecter les vœux de François Hollande en matière d’égalité des territoires (lien) ;
  • une campagne de sensibilisation pour expliquer aux bénéficiaires de friches qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi (lien) ;

cela sans compter :

  • son action sur le carrefour Léon/Myrha qui a permis à la Direction de la Propreté et de l’Eau de la Mairie centrale de signaler à la municipalité du 18e l’état d’abandon dans lequel était laissé ce secteur (lien) ;
  • l’inscription prochaine de l’église Saint Bernard au titre des monuments historiques, qui renforcera les moyens de la municipalité de reprendre pied dans le quartier (lien) ;
  • et l’offre régulièrement faite à la municipalité, Daniel Vaillant et Myriam El Khomri en tête, de s’associer à son action pour les droits et libertés des habitants du 20 rue Léon (lien).

Journal associatif
cherche journaliste, désespérément

Si l’on peut évoquer ce tweet retweeté disant « Habitants de la goutte d’or, le compte @cavegouttedor devrait vous intéresser #Paris18 », on se gardera bien, en revanche, de citer ici le journal en ligne Delanopolis, encore un méchant hostile systématique, qui salue Cavé Goutte d’Or tantôt comme « indépendant d’esprit », tantôt comme « peu suspect de partialité droitière » et on se limitera, en conclusion, de noter qu’au moment où le 18e du mois réunissait son Assemblée générale annuelle, samedi matin 6 octobre 2012 rue Marcadet (n° 198, p. 22), l’émission « Le secret des sources » sur France culture offrait un écho des 6e Assises du journalisme et de l’information de Poitiers. Télescopage difficile pour la presse de la mairie, d’autant que le thème de Poitiers éclairait judicieusement le « dossier » de Noël Monier : « Peut-on encore informer si l’on est trop proche de sa source ? » et donnait à quelques grandes signatures l’occasion d’indiquer : « Il y a un enjeu majeur à ce que les journalistes restent des référents crédibles pour le public (…) La source unique, c’est la fin des haricots (…) La question centrale pour un journaliste, c’est celle du doute. Si vous ne doutez pas, vous ne pouvez pas être journaliste (…) ».

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