Protection du 20 rue Léon

Un défi olympique

Les hauts du 20 rue Léon (Photo CGO, juin 2012).

Cavé Goutte d’Or a lancé l’idée d’une protection du 20 rue Léon, bel immeuble des années 1930. Particularité juridique : cet immeuble n’est – pour l’instant en tout cas – pas destiné à la démolition par les promoteurs immobiliers qui ravagent la Goutte d’Or, mais il est attaqué de diverses parts avec la passivité active – à moins qu’il s’agisse de la complicité passive – de diverses autorités (policières, administratives, municipales, préfectorales) qui laissent (et prient les voisins de laisser) les dealers de drogues et autres agresseurs de check-points entraver l’accès et la vie de cet immeuble, maintenant à peine autorisé l’accès à l’ICI voisin, piètre et peu amène local de préfiguration de l’éventuel très vaillant Institut des cultures d’islam.  

Vain Léon, vain

La disparition probable de l’Olympic accélère un mouvement de dérive suivi d’un mouvement de possible récupération. Cavé Goutte d’Or teste le soutien du voisinage et de ses lecteurs pour aller de l’avant avec le projet qu’elle rend ici public.

Construit dans les années 1930, le bâtiment du 20 rue Léon est représentatif d’une architecture populaire et ouvrière respectant l’espace et l’esthétique, extérieure comme intérieure. De briques et de pierres, il est composé de six étages sur rez-de-chaussée et sous-sol. La cage d’escaliers est ornée de vitraux en bon état, les paliers de parquet sont majestueux.

Le rez-de-chaussée accueille l’enseigne de l’Olympic depuis 78 ans, brasserie avec salle de billard en sous-sol ouverte en 1934 devenue café théâtre et salle de spectacle dans les années 2000, partie du Lavoir Moderne Parisien (LMP), théâtre situé un peu plus bas, au 35 de la rue Léon.

Tant comme brasserie de 1934 à 2000 que comme salle de spectacle durant les douze dernières années, l’Olympic a toujours été très connu du quartier, lieu de rencontres dont le caractère art déco a été conservé. Un grand bar de bois et de marbre occupe l’entrée, les sols de mosaïques sont d’origine en rez-de-chaussée et en sous-sol.  

Le bar de l’Olympic (CGO juin 2012)

Immeuble en danger

Le bail de l’Olympic est aujourd’hui à vendre. Le risque est qu’une entreprise commerciale qui n’en garderait ni l’histoire ni l’âme occupe cet espace emblématique d’une culture qui est passée du quartier populaire et ouvrier du 20e siècle au « quartier monde » du 21e – selon l’expression rapide et convenue en usage dans les milieux politiques et culturels à la dérive dans la Goutte d’Or.

La protection de l’Olympic est d’autant plus nécessaire et vitale à son environnement immédiat, en effet, que les lieux culturels de la Goutte d’Or – dits aussi « de proximité » – s’effacent les uns après les autres, succombant aux difficultés financières que ne rencontrent pas les organismes socioculturels promus par et promotionnels de la Ville de Paris et que l’immeuble du 20 rue Léon lui-même souffre, à ses pieds, de divers trafics protégés.

Les vitraux de la cage d’escalier.

Son entrée est littéralement occupée, sur le trottoir comme dans le hall, par un groupe de dealers et revendeurs de téléphones portables empruntés un peu plus haut qui en empêchent l’accès ou se servent du hall comme lieu de transactions, sans que ni les habitants, ni le syndic, ni les voisins n’aient réussi, jusqu’ici, à obtenir le soutien décisif des autorités municipales, préfectorales et policières.

Encore les pigeons

La politique bien connue du quartier, consistant à laisser se dégrader des bâtiments sains (voir notre billet sur la SEMAVIP et les pigeons), semble être à l’œuvre sur ce carrefour très central de la Goutte d’Or où se croisent non seulement les rues Léon et Laghouat qui forment l’angle de l’immeuble concerné, mais encore le Y très caractéristique des rues de Suez et de Panama qui prolongent l’angle Léon/Laghouat en diagonale, laissant voir en perspective, au Sud le carrefour Léon/Myrha abandonné aux opérations immobilières de la SEMAVIP, et au Nord le carrefour avec la rue Doudeauville, que les agents immobiliers du cru appellent, avec un sens commercial aiguisé et un brin d’ironie, « les Champs Élysée de la Goutte d’Or ».       

Un virage à prendre

La situation décrite fait de l’Olympic un lieu dont la protection en 2012 peut être un objectif majeur pour la politique de quartier de la Goutte d’Or et Château Rouge qui souffrent d’avoir été, et d’être, maintenus artificiellement en zone de précarité et de politique de la Ville depuis que la rénovation de la Goutte d’Or Sud a été décidée au plus haut niveau de l’État et de la Ville en 1983.

Le fait qu’un quartier puisse demeurer pendant trente ans en zone de précarité et d’insalubrité, de pauvreté et de déficience scolaire selon les rapports officiels, tels qu’aujourd’hui ceux de l’APUR, doit interpeller les instances politiques et culturelles chargées de la protection de l’habitat comme du patrimoine.    

Une occasion à saisir

Grille de l’Olympic en juin 2012.

Dans cet esprit, l’Association Cavé Goutte d’Or a jeté les bases d’un projet culturel offrant in situ un ancrage aux institutions de défense du patrimoine et de l’architecture, institutions aujourd’hui de plus en plus attentives à la préservation des anciens quartiers de faubourg, au patrimoine et à l’architecture de l’Est parisien.

Inscrivant ce projet dans la ligne de son étude historique de la mutation de la Goutte d’Or durant les trente dernières années, l’association propose que l’installation au cœur de la Goutte d’Or d’un collectif qui réunirait une délégation des institutions les plus actives sur ce terrain au plan national et municipal serait en soi un élément majeur de protection, d’autant que ces institutions et plusieurs historiens, architectes, historiens de l’architecture, urbanistes, artistes agissant en leurs seins ou à titre individuel se penchent sur la problématique de « l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution ».  

Organisées sur ce thème à l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA) par l’Association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris Historique, l’École d’architecture de Paris-Belleville et l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, les Journées d’étude des 2 et 3 juillet 2012 feront notamment un temps d’arrêt sur la rénovation de la Goutte d’Or, avec une visite du quartier le lundi 2 juillet en fin d’après-midi et, en cours de visite, une visite de l’Olympic.

27 jours pour sauver la face

Paris plage fait le jubilé de Londres (photo LCI)

Au risque de remuer encore le couteau dans la plaie de l’Administration Delanoë, ma foi peu attentive à la Goutte d’Or, il ne faudrait pas qu’en 2012, la Ville de Paris rate une nouvelle fois l’Olympic. 

On a vu déjà avec quel soin la reine d’Angleterre semblait jeter un défi au maire de Paris en organisant sur la Tamise, un mois avant l’ouverture de «Paris plage», un London beach tout en parades et vaisseaux amiraux (photo ci-contre).

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