Majorité absolue

Hollande a les mains libres pour protéger la Goutte d’Or des promoteurs immobiliers

François Hollande dans les escaliers Boris Vian (montage de Gaël Coto pour Cavé Goutte d’Or, juin 2012).

« Dans la République que je veux, je refuse qu’il y ait du ghetto — du ghetto pour les riches et du ghetto pour les pauvres », avait déclaré le candidat François Hollande dans son discours d’Aulnay-sous-bois (voir sur le blog).

« Je veux de la mixité, je veux de l’échange, je veux du partage. Et la promesse républicaine que je vous adresse, c’est d’offrir un logement digne et abordable à chacun », lançait François Hollande le 7 avril 2012, fustigeant au passage les communes qui cassent le rythme de solidarité, d’équité et d’égalité qu’exige la Loi SRU dans son projet de faire construire 20% (bientôt 25% peut-être) de logements sociaux par commune.

Les lecteurs du blog savent que les juristes de Cavé Goutte d’Or travaillent à faire connaître cette disposition dans le sens qui lui est donné tant par la syntaxe que par le législateur : nul n’est censé écarter l’objectif à atteindre, nul n’est censé dépasser l’objectif à atteindre, cela dans les normes d’une simple lecture des textes, l’infraction ne commençant que dans la systématisation du rejet ou du dépassement (voir sur le blog : « Pas SRU s’abstenir »).

Dura lex, sed lex

Ce n’est pas en n’atteignant pas ou en dépassant les 20% (25%) que les communes se leurrent et leurrent la loi, c’est en refusant l’objectif de la loi, soit en restant à 2 ou 3 %, soit en le dépassant en flirtant avec les 70 et 80% car alors – dans les deux cas absolument – c’est l’esprit de la loi qui est violé.

En janvier 2009 déjà, le journal 18info – dit « la voix de son maire » pour reprendre la délicieuse expression de Criticat à propos de l’architecte officiel Éric Lapierre – faisait la part belle à la politique de dépassement du logement social prônée par l’administration Vaillant. Dans un entretien avec Michel Neyreneuf, adjoint de Daniel Vaillant à l’Urbanisme et au Logement, le journal en ligne, qui n’avait pas encore mené sa fameuse enquête jamais publiée sur la politique de la SEMAVIP (voir sur le blog), laissait l’adjoint à l’Urbanisme déclamer un programme contraire à la loi SRU : « (Nous) souhaitons atteindre 25 % de logements sociaux dans le 18e arrondissement. Actuellement, c’est 20 %. Paris, dans son ensemble, vise les 20 % d’ici à la fin de la mandature, soit 40.000 logements. Le 18e contribue à ce programme pour plus de 1.000 logements par an ».

À cette proposition qui demandait un « pourquoi ? » journalistique, 18info apportait un aimable « Comment ? ».

« Comment se traduit le rôle de la mairie du 18e, dans cette politique du logement ? », demandait-il à Michel Neyreneuf qui pouvait répondre : « Il nous revient, entre autre, de repérer les parcelles libres. Il y en a peu dans l’arrondissement, comme dans la capitale. C’est pourquoi la ville achète des friches appartenant à la Sncf, pour développer Chapelle Internationale et le projet situé au 122 rue des Poissonniers. Des discussions ont lieu entre l’Hôtel de ville, la Sncf et l’État, à ce sujet ».

PLA-I près de Montmartre
PLS à la Goutte d’Or

Plus loin, le maire adjoint expliquait à 18info la thèse selon laquelle la mixité dans le logement social devrait assurer la mixité de la Loi SRU entre location privée et location municipale : « Nous essayons de mixer différentes catégories de logements sociaux dans les immeubles et de mélanger les populations dans les quartiers. Exemple, on mettra plus d’appartements en PLA-I (lire encadré*) si on préempte près de Montmartre et davantage de logements PLS dans un quartier comme la Goutte d’Or », pose Michel Neyreneuf dans un projet qui se révèle antinomique puisqu’il s’agit, au contraire du phrasé, de ne pas mélanger les habitants de Montmartre (18e Ouest) et de la Goutte d’Or (18e Est).

« On vous accuse parfois de concentrer les logements sociaux aux mêmes endroits, notamment dans les quartiers périphériques du 18e arrondissement, demande 18info. Que répondez-vous ? »

 « De tout temps il y a eu des quartiers cossus et d’autres populaires », répond le maire adjoint. « L’objectif de la mixité sociale n’est pas de gommer cette réalité, mais de l’atténuer. Paris atteindra les 20 % de logements sociaux avec le 19e arrondissement (plus de 30 %, comme le 13e) et le 18e… Les 7e, 8e et 16e arrondissements ne parviendront jamais à 5 %. Y compris avec la meilleure volonté politique. La mixité, ce n’est pas non plus l’uniformité ».

Cette position frontalement opposée à la Loi SRUvoudrait libérer à l’avance de leurs obligations les communes que fustige François Hollande dans son discours d’Aulnay précisément parce qu’elles prétendent s’affranchir des objectifs de la loi. Offrant ainsi comme un blanc seing des « quartiers populaires » aux « quartiers cossus », elle a des racines socio-politiques (peut-être religieuses si l’on pense que « la loi n’est pas de ce monde » et que les pauvres sont bénis d’avance) qu’il convient d’étudier, de travailler, de combattre.

Cossus de fil pauvre

On sait, sur ce blog, que l’adjoint au maire chargé de l’Urbanisme dans le 18e arrondissement opposait déjà « coquet » à « social » dans l’entretien largement diffusé ici où il disait que, dans la Goutte d’Or, on ne pouvait construire « coquet » pour le « type de population » auquel les immeubles étaient destinés (voir la vidéo). À 18info, il oppose « cossu » à « populaire », toujours avec le même projet de répartir les « types de populations » en fonction des lieux où l’on peut construire coquet ou moche, cossu ou populaire, sans mesurer (toute discrimination écartée) combien le populaire du 19e siècle pouvait être beau et cossu.

Le « type de population® » des Abbesses voudrait-il d’un escalier Boris Vian (même avec François Hollande au milieu) comme celui qui a été imposé au « type de population® » de la Goutted’Or ? La question se décline à l’envi, avec le commerce, les écoles, les restaurants, la propreté des rues, les théâtres, jusqu’aux bibliothèques municipales qui n’échappent pas à la fiction du « populaire » officiel, et dont seul le « type de population® » de la Goutte d’Or est présumé accepter la fermeture sans explications pendant trois ans… (Une pétition de parents circule, nous dit-on).

Pour en savoir plus :
> L’encadré de 18info sur les divers types de logements sociaux  : « Paris recense près de 180.000 logements sociaux. Loyers, ressources des locataires, types de logements : ils sont répartis en trois catégories. Les PLUS – Les logements de type PLUS (Prêt Locatif à Usage Social) constituent la catégorie de droit commun du logement social. Les plafonds de ressources des locataires s’élèvent à, environ, 2.200 € par mois pour une personne seule, et 5.300 € par mois pour un couple avec 2 enfants. Leur loyer de base s’élève à 6,09 €/m², hors-charges. Les PLA-I – Les logements de catégorie PLA-I (Prêt Locatif Aidé d’Intégration) sont destinés à des ménages aux ressources plus modestes que les locataires du PLUS : environ 1200 € par mois pour une personne seule, 2.900 € pour un couple avec 2 enfants. Le loyer de base des logements PLA-I s’élève à 5,42 €/m², hors-charges. Les PLS – Les logements PLS (Prêt Locatif Social) sont des logements destinés en particulier aux classes moyennes. Le plafond de ressources est d’environ 2900 € par mois pour une personne seule, de près de 6.800 € pour un couple avec 2 enfants. Le loyer de base des logements PLS créés à partir du 1er juillet 2007 s’élève à 9,14 €/m², hors-charges ».
> La même info sur le site de la Mairie du 18e arrondissement.
> La répartition des logements sociaux début 2010 selon l’APUR et selon le site de la Mairie de Paris ; les chiffres du logement social à Paris début 2011 selon l’APUR ;
> Le JDD du 16 juin 2010 constate « une fracture géographique calquée sur la carte électorale », facture qu’on a vu Bertrand Delanoë presque saluer entre les deux tours de la présidentielle (voir sur le blog : « Muette-Goutte d’Or »).
> Le Monde du 23 septembre 2010 fait le même constat dans un « de plus en plus (de logements sociaux) et de moins en moins (bien répartis) ».
> LCI relate pour sa part, en septembre 2010 aussi, les conclusions d’un rapport de la Chambre régionale des comptes d’Île de France, selon lequel « l’objectif de rééquilibrage géographique du parc de logements sociaux à Paris « n’a pas été atteint », et « l’écart entre les arrondissements s’est même creusé entre 2001 et 2007 » ».

Obama et Joly investissent eux aussi la Goutte d’Or

Rue de Panama (photo CGO).

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Scotchée, Eva Joly, dans les nouveaux réseaux de la rue Myrha (photo CGO).

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