Logements Pixels

Journée porte ouverte pour les fenêtres de l’impasse

Logements Pixels, impasse Dupuy (Photo CGO, 31 mai 2012).

On se souvient de « l’espace fenêtre » sur lequel dissertait pompeusement le cabinet d’architectes au modeste nom de FONDAMENTAL, auteur d’un projet trop grand pour la petite parcelle du 4 rue Léon (voir « La Goutte d’Or tranquille » et notre reportage photographique du 13 mai sur les fenêtres invisibles de l’impasse Dupuy et de la rue Marcadet).

Au bénéfice d’une visite historique des bâtiments ruraux qu’a su conserver jusqu’ici la rue Philippe de Girard, Cavé Goutte d’Or a pu visiter, le 31 mai dernier, les bâtiments hypermodernes de l’impasse Dupuy dont on pensait, quelques jours plus tôt, qu’ils abritaient les services d’écoutes téléphoniques secrètes de Paris Habitat, le prétendu « bailleur social » récemment dénoncé par la CNIL pour les fichiers sociaux qu’il gardait de ses logés, organisme toujours présidé par Jean-Yves Mano en dépit de la Charte de déontologie devant lutter contre le cumul et le monopole, M. Mano étant en même temps le maire adjoint de Paris chargé du Logement (voir la charte de déontologie imaginaire de la Ville de Paris dans notre billet « L’exécutif parisien décapité quelques heures »).

Logements Pixels en hiver (CGO, mars 2012)

Derrière les murs

De fait, les deux cubes de deux étages sur rez-de-chaussée cachaient bien leur jeu car, derrière les plaques de métal gris pleines ou légèrement perforées (« bardage en cassettes d’aluminium thermo laqué de trois nuances du gris au blanc », dit le dossier de presse qui les présente sous le nom de «logements pixels»), ce sont deux bâtiments tout de fenêtres et moucharabiehs qui apparaissent, orientés Nord-Sud. Et, le neuf aidant, les dix logements sociaux qu’ils abritent paraissent pour le coup très sociaux, aux meilleures normes technologiques, écologiques et humaines, avec retrait de verdure, patios intérieurs, pièces confortables et baies vitrées.

Logements Pixels au printemps (CGO, mai 2012)

Très aimable et généreuse de détails techniques et contingents, la visite guidée, assurée le 31 mai par les architectes eux-mêmes, se prolonge sur le site du cabinet RMDM où l’on suit cette installation dans un secteur qui n’a pas froid aux yeux tant il a connu l’Histoire, – une histoire dont nos lecteurs savent qu’elle remonte loin, croise le roi de France sur le chemin de Saint Denis, Jeanne d’Arc et sa halte présumée rue de la Chapelle, Louise Michel en face du Monoprix à l’ancienne Mairie de la Chapelle, aujourd’hui collège Marx Dormoy, ou encore Paul Éluard, entre chez lui et la place devenue sienne.  

Sur mes cahiers de quartier,
j’écris ton nom

L’impasse Dupuy et le Secteur Dupuy sont situés en effet le long de l’ancienne voie royale conduisant de Paris à l’Abbaye de Saint Denis, route historique parfois appelée « Faubourg de Gloire » en raison de la fréquence des cortèges royaux qui l’empruntaient, aujourd’hui rue Marx Dormoy mais longtemps demeurée rue de la Chapelle, nom qu’elle a gardé pour la partie nord, de la rue Ordener à la Porte de la Chapelle. Né à Saint Denis, Paul Éluard (1895-1952) y vécut au n° 35, dans ce qu’il appelait « mon beau quartier » en septembre 1940.

Avec la poésie et la touche surréaliste qui s’imposent, le visiteur verra peut-être dans le style carré et les nuances de gris des deux cubes, construits à équidistance du 35 Marx Dormoy où vécut le poète et de la place qui porte aujourd’hui son nom, au croisement important des rues de la Chapelle/Marx Dormoy, Ordener/Riquet et Philippe de Girard, le « bleu comme une orange » de Paul Éluard.  

Pas froid aux yeux, le quartier (Photo CGO, 31 mai 2012)

Le décor d’« Égoïste » côté cour, 72-72bis rue Philippe de Girard (CGO, 31 mai 2012)

Forts de ce passé royal et révolutionnaire, communard et littéraire, les habitants s’inquiètent, comme leurs cousins proches de la Goutte d’Or, des démolitions annoncées par l’Urbanisme parisien dans ce quartier où des vestiges de la première moitié du 19e siècle sont l’objet d’une attention soutenue de la Commission du Vieux Paris, des Architectes des Bâtiments de France, de l’Association de Sauvegarde et Mise en valeur du Paris Historique, d’autant plus soutenue que la Mairie de Paris, elle, semble les vouer à son hégémonie.  À suivre.

Gémonies, hégémonies…

« Rien oublier de son histoire »

Dernière minute : Une correspondante de Cavé Goutte d’Or nous signale que, dans le numéro d’été de à Paris, le magazine de la Ville de Paris qui vient de sortir, Bertrand Delanoë signé un éditorial intitulé « Paris : d’hier vers demain ». Il écrit notamment : « En faisant le choix de ne jamais rien oublier de son histoire, Paris aborde le présent et l’avenir avec une exigence démultipliée de liberté, d’égalité et de fraternité ».

Si la Commission du Vieux Paris dépend de la Mairie, les trois mots de la devise républicaine ornent le papier à entête des Architectes des bâtiment de France et de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) et on espère donc que cette forte sentence sera respectée davantage que l’engagement pris par le maire de Paris devant le Conseil municipal des 3 et 4 avril 2006, lorsqu’il avait affirmé : « La démolition du 25 rue Stephenson/2 rue Cavé n’est pas souhaitée » (voir sur le blog : « Anognosie » et Exposé des motifs, de Bertrand Delanoë au Conseil de Paris des 3 et 4 avril 2006).

* Pour mémoire : Le décor d’« Égoïste ».

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