Les quartiers mis en tropes

Le marteau et l’enclave

En contribution à l’étude engagée sur « Culture et quartiers » (voir sur le blog), Cavé Goutte d’Or diffuse un extrait du film « La Goutte d’Or » de Jean-Paul Guirado et Marie-Agnès Azuelos (France 2001), dans lequel un jeune habitant qui aime son quartier tente d’en expliquer l’enclavement. 

Verbatim
« Quartier test pour désirs politiques »

« Ce quartier, il a été enclavé. Par qui ? Pourquoi ? En tout cas, c’est pas nous, c’est pas nous les habitants du quartier qui avons voulu l’enclaver, ce quartier. Je pense qu’il a été enclavé par des désirs politiques. Et puis, ce quartier représente tellement de choses pour la France, tant sur l’immigration, tant sur le métissage, de ce que pouvait devenir la France dans le futur, qu’on s’est servi de ce quartier comme test.

» Le quartier, c’est un quartier comme un autre, un quartier riche culturellement, c’est le melting pot parisien, comme ce que peut être New York ; un quartier plein de vie, avec ses problèmes de délinquance, de drogue, d’insalubrité qu’il peut y avoir dans les quartiers comme ça, parce qu’on peut dire que c’est le quartier de l’intégration, c’est le quartier post-colonial.

» C’est le Maghreb, qui a été colonie française, c’est l’Afrique de l’Ouest qui a été colonie française (Sénégal, Mali, Mauritanie, Côte d’Ivoire, etc.), sauf sur Château Rouge où on a hérité de la colonie belge (rires). Bon, maintenant, on est en Europe, ça y est, donc c’est pareil. Ouais, le quartier post-colonial, quoi ! »

*

Du même film, diffusé et enregistré en 2001 sur La Cinq, nous avons déjà extrait le passage où Michel Neyreneuf, adjoint au maire du 18e arrondissement de Paris chargé de l’Urbanisme et du Logement, tente d’expliquer, pour sa part, la réhabilitation possible ou impossible des immeubles selon le « type de population® » auxquels ils sont destinés.

*

L’ascenseur social est dans l’escalier

Rue Raymond-Queneau (photo Manuel Vicuña pour Le Parisien)

Dans «  les quartiers » encore, le fonctionnement de l’ascenseur reste un moyen sûr de mesurer le fonctionnement du bailleur.

Dans le Nord du 18e Est, près de la Porte de la Chapelle, les logés sociaux trop longtemps privés d’ascenseur menacent de traîner en justice leur bailleur social ICF Habitat La Sablière.

Les rares journalistes qui couvrent le désastre ne mesurent pas toujours l’humour qu’ils mettent entre les lignes : au terme de son aimable reportage sur Giulia et Monique qui ne peuvent plus faire de courses à cause des pannes d’ascenseur, Le Parisien du 19 avril 2012 conclut en effet : « Les locataires sont très remontés »… – Ben non, justement ! rétorque Monique qui, de son onzième étage, résilie son abonnement au journal populaire de la capitale.

*

Paris Habitat ballade les Parisiens

Pendant que les logés sociaux se battent, les uns avec l’ascenseur social, les autres avec les micros sociaux et autres mouchards qu’elle chargeait de missions de renseignement insalubre (voir sur le blog de Cavé Goutte d’Or et sur le site de la CNIL), Paris Habitat OPH, encore présidée par Jean-Yves Mano qui cumule avec le mandat d’adjoint au maire de Paris chargé justement du Logement, surfe sur le succès des promenades urbaines et organise – oui, oui – des promenades de logements sociaux en collaboration avec l’Association Les Promenades Urbaines.

Intitulé « Le logement social à Paris, construire et habiter la ville », un cycle de cinq promenades est annoncé de juin à novembre 2012. La Goutte d’Or n’est pas de la partie.  

On craint le pire : cela va être comme dans le journal 18 ensemble quand Daniel Vaillant, Jean-Yves Mano et Michel Neyreneuf, l’homologue de Mano pour le 18e Est (il n’y a pas de logements sociaux à l’Ouest) inaugurent une nouvelle maison TGT et officient en Gentils Organisateurs recevant les nouveaux habitants (voir la collection de 18 ensemble).   

*

Le redressement de l’habitat salubre n’est pas un vain mot

Les gazettes ont beaucoup ironiser sur le nom du ministère du Redressement productif confié à Arnaud Montebourg. Dans « les quartiers », le redressement on connaît, – et l’habitat salubre n’y a pas échappé.

Ainsi, après plus de trente ans d’opérations de lutte contre l’habitat dégradé au prix de la dégradation du patrimoine architectural et immobilier de la Goutte d’Or et Château Rouge, la Ville de Paris mettait en place un programme d’opération d’amélioration de l’habitat dégradé (OAHD) présenté comme « une démarche de redressement du fonctionnement de la copropriété ».

Pour être plus explicite encore, elle chargeait dès 2003 l’ARC (Association des Responsables de Copropriétés) d’aider les propriétaires privés à « prendre en mains de manière active le redressement de leur propriété » (voir l’ARC). 

Une OAHD 3 est en place depuis novembre 2011 et la Direction du Logement et de l’Habitat de la Mairie de Paris fait actuellement signer des « conventions d’engagement » aux copropriétés en difficultés en vue d’une « démarche de redressement », à commencer par un audit de gestion et de fonctionnement de la copropriété concernée.

Apparemment, cela ne fonctionne pas lorsque des sociétés partenaires de la Ville comme la SEMAVIP sont déjà infiltrées dans les copropriétés. Loin de les sauver, ces sociétés participent alors à leur perte. À titre d’exemple, en effet, la copropriété du 25 rue Stephenson a tout tenté pour se redresser, mais elle s’est fait redresser de l’intérieur, si l’on peut dire, par la SEMAVIP qui, quand elle ne tenait encore que 40% des parts, empêchait systématiquement toute décision de se prendre en Assemblée générale et entravait activement celles qui avaient été prises malgré tout de trouver un sain développement (voir les mémoires publiés en page recours du blog).  

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La SEMAVIP réduit la voilure

La SEMAVIP a beaucoup détruit en 2010 et 2011. Cette année électorale est plus calme. Les friches se succèdent dans les rues ravagées par la politique de prétendue « réhabilitation » mise en place par l’Urbanisme parisien ravageur. La plupart sont l’objet d’un bail précaire consenti par la SEMAVIP à une association pour l’aménagement lui-même bien précaire de jardins en attendant que la SEMAVIP redonne à la rue une partie de l’âme et de la vie qu’elle lui a arrachées (voir sur le blog). Sur la photo ci-dessus, rue Richomme, les projets de l’ogresse paraissent presque futiles.

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