Ayrault 1

L’exécutif parisien décapité quelques heures

Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë à la Bastille le 6 mai 2012 (Photo Reuters/L’Express).

Les Parisiennes et les Parisiens ne mesurent pas à côté de quoi l’élection de François Hollande à la présidence de la République a failli les confronter : le départ pur et simple des deux têtes de l’exécutif municipal, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, une véritable décapitation.

Les premiers castings circulant sur le gouvernement Ayrault 1 donnaient en effet Bertrand Delanoë à la Justice. « Nuits blanches pour le droit de l’urbanisme », titrait déjà secrètement le blogmaster de Cavé Goutte d’Or.

L’homme qui

Que ferait en effet au ministère de la Justice l’homme qui…

  • qui dit tout et son contraire sur les bâtiments à démolir et conserver ;
  • qui, d’une main, assure au Conseil de Paris que la démolition de tel bâtiment (en l’occurrence le 25 rue Stephenson bien connu de nos lecteurs) n’est « pas souhaitée » (lire son exposé au Conseil de Paris) et, de l’autre, laisse signer en son nom et au nom de la commune l’autorisation de démolir le même bâtiment ;
  • qui ne répond pas aux Parisiennes et aux Parisiens qui l’interroge sur cet étrange jeu de mains (voir Appel au maire de Paris);
  • qui feint d’ignorer la situation de ce bâtiment lorsqu’avec son collègue Jacques Bravo, il est interpellé amicalement par un membre de Cavé Goutte d’Or sur un marché du 9e arrondissement de Paris (voir sur le blog) ;  
  • qui entraîne la Ville dans un imbroglio juridique et urbanistique de grande ampleur avec le futur Institut des Cultures d’Islam dans la Goutte d’Or (à suivre) ;
  • qui est mauvais perdant et fait intervenir la cavalerie lorsque la Ville perd un procès comme dans le cas du musée Vuitton dans le Bois de Boulogne, contourne le juge par l’introduction intempestive d’un amendement dans la loi sur le livre numérique en vertu de l’usage dit du cavalier législatif ?

Une réponse possible a été brièvement énoncée : ce serait pour libérer la place médiatique à sa première adjointe, Anne Hidalgo, et la mettre plus encore en selle qu’elle ne l’est déjà pour remplacer le maire de Paris en 2014 et affronter la concurrence très sérieuse de François Fillon pour la droite et de Cécile Duflot pour Les Verts.

En même temps (et n’y voyons aucun paradoxe), quelques sources donnaient aussi Anne Hidalgo à la Culture, où elle aurait pu reprendre le cheval qu’avait enfourché Frédéric Mitterrand pour venir nuitamment soutenir au Sénat le cavalier législatif sur lequel Bertrand Delanoë avait misé pour faire pièce au jugement du Tribunal administratif annulant le permis de construire le musée LVMH dans le Bois de Boulogne.

Cavalier seul

Justice et Culture, vous avez dit Justice et Culture ? En cherchant si la rumeur avait quelque fondement, le blogmaster de Cavé Goutte d’Or a trouvé, outre son étrange confirmation, un article de Rue 89 du 25 mars 2012 qui, sous la plume de David Langlois-Mallet, mettait François Hollande en garde contre un éventuel recours à Bertrand Delanoë, non pas tant pour le ministère de la Justice que pour celui de la Culture, justement ; article dans lequel l’auteur – qui se réclame de la gauche, quand ce n’est de « la section Culture du Parti Socialiste » dans une précédente intervention sur le même site sous forme de lettre ouverte à Bertrand Delanoë – regrette sévèrement la boboïsation/gentrification de la culture parisienne au détriment des cultures de quartiers.

La Goutte d’Or tient une place d’honneur dans les analyses proposées : « La municipalité tenterait d’(y) étouffer le Lavoir Moderne Parisien (LMP) », tentative dont nous avons souvent parlé ici, notamment le 14 février 2012 lors du débat au Conseil d’arrondissment sur l’improbable centre culturel de la SEMAVIP qui devait voir le jour sur une friche des démolisseurs à l’angle des rues Myrha et Léon. L’auteur de l’article de Rue 89 évoque un étouffement du LMP d’autant plus choquant qu’à côté, dit-il, la Mairie « cré(e) à grand frais un lieu richement doté qui ouvrira aux agents immobiliers le cœur du quartier populaire de Paris ».

Quésaco ? L’éphémère centre culturel de la SEMAVIP du coin de la rue est-il visé, ou le regard doit-il plus loin être porté ?

La friche brièvement destinée à la culture SEMAVIP est demeurée un terrain vague aux prétentions de jardin provisoire offert aux Scouts Musulmans de France comme d’autres jardinets remplaçant provisoirement les immeubles arrachés de leur sol par l’Urbanisme parisien ravageur (UPR) et la SEMAVIP sont offerts à la Goutte Verte (25 rue Stephenson/2 rue Cavé) ou aux associations de botanistes en herbes (24 rue Cavé). Les scouts n’y ont, à ce jour, entreposé qu’un malheureux épouvantail n’épouvantant pas même les pigeons.

Le SPP (Super Potager Productif) de l’UPR (Urbanisme Parisien Ravageur), angle Myrha/Léon (photos CGO, avril-mai 2012).

« Ici, les Scouts Musulmans de France réalisent un Super Potager Productif », dit le panneau qui jouxte celui des « Entreprises culturelles » destinées à exploiter la même friche.

Suis-je le jardin de mon frère ?

« Repenser notre relation à la terre nourricière », annonce le projet scout musulman quand la SEMAVIP destine la friche à « un groupement d’opérateurs/gestionnaires chargé de concevoir, de réaliser et de gérer un centre culturel privé » (l’appel d’offre de la démolisseuse est décortiqué dans notre billet sur « l’improbable politique culturelle de la SEMAVIP»).

Caïn caha, la trace fondatrice d’un conflit virtuellement fratricide entre jardins nourriciers (sédentaires) et jardins mobiles (nomades) suit son petit bonhomme de chemin dans l’exploitation approximative par la SEMAVIP de ses terres nouvellement acquises. Mais serait-ce le malheureux épouvantail de l’angle Myrha/Léon et les tristounets bas-reliefs ornant le futur Super Potager Productif (voir photo ci-dessous) que le riverain de Rue 89 qualifie de « lieu richement doté qui ouvrira aux agents immobiliers le cœur du quartier populaire de Paris » ?   

« Au coin de la même rue », insiste pourtant David Langlois-Mallet : « Que comprendre (de l’étouffement du LMP) quand, dans le même temps, la Ville exige la tête d’Hervé Breuil, directeur de ce petit théâtre indépendant et figure emblématique du quartier, et se prépare à investir des sommes considérables dans un projet concurrent juste au coin de la même rue avec une équipe privée qu’elle a choisie ? », demande-t-il.

La Ville ne se préparant de toute évidence pas à « investir des sommes considérables » dans le centre culturel de la SEMAVIP de l’angle Léon/Myrha, et ce centre abandonné aux scouts jusqu’ici peu actifs ne représentant de toute évidence pas « un projet concurrent » au Lavoir Moderne Parisien, c’est ailleurs qu’il faut chercher la navire amiral de «  la culture Delanoë » qui, toujours selon le représentant de la section Culture du Parti socialiste qui s’exprime en mars 2012 dans Rue 89, doit être « sous contrôle politique total » afin de « substituer à la culture toujours montée des quartiers de Paris un modèle unique de culture descendant de l’Hôtel de Ville, avec ses codes de distinction accessibles seulement aux bobos et son esthétique froide de show-room (…) », et de « mettre la ville aux normes de l’habitat et de la spéculation immobilière ».

L’auteur ne dit pas concrètement quel « projet richement doté » illustre dans la Goutte d’Or la dérive d’une « mairie centrale qui se prend par une vanité personnelle ridicule pour un ministère de la Culture bis ». Il ne dit notamment pas qu’il pourrait s’agir de l’ICI, Institut des Cultures d’Islam, qui calque parfaitement à sa description, dont la Ville de Paris a bel et bien fait son centre de ressources phare dans le quartier de la Goutte d’Or, et qui – à en croire les animateurs culturels indépendants de la culture municipale – ne concurrence pas que le Lavoir Moderne Parisien.

Or, si c’est à l’ICI qu’il pense, il est dommage qu’il ne le dise pas. Et s’il n’y pense pas, dommage qu’il ne désigne pas l’heureux bénéficiaire de la manne critiquée. D’autant qu’à notre connaissance, le montage cultuo-culturel mis en place autour de l’ICI n’est dénoncé – et d’ailleurs fictivement – que par la droite extrême alors que les aspects légaux de ce montage, s’ils dépassent assurément l’horizon et l’objet de l’association Cavé Goutte d’Or, posent sérieusement question et devraient intéresser au premier chef tant la section Culture du Parti socialiste que le ministère de la Justice et celui des Cultes.  

Hollande à la Goutte d’Or

Comme en matière de logements sociaux pour tous, pour l’Ouest parisien comme pour l’Est, c’est sur le programme de François Hollande que repose désormais l’attention que nous devons porter à la gestion municipale de Paris : « Sous ma présidence, il n’y aura aucune dérogation à quelque règle que ce soit en matière de laïcité », devait en effet affirmer le candidat durant le débat d’entre deux tours du 3 mai 2012. Cette annonce est mise, sur ce blog, en parallèle avec celle qui a conduit François Hollande à contester avant son élection la discrimination pratiquée entre communes construisant tous les logements sociaux et communes s’affranchissant des obligations de la Loi SRU (voir le discours d’Aulnay).

Sur ces deux préoccupations devenues présidentielles, la Ville de Paris et la Mairie du 18e sont – de conserve – en opposition frontale avec le programme de François Hollande. Il convient de le savoir et de le faire savoir.   

Angle Myrha/Stephenson : manquent deux lettres pour faire ravalement chic de beaux quartiers (Photo CGO, mai 2012).

Shadow cabinet

Aujourd’hui vexés d’avoir été pressentis et écartés, les deux patrons de l’Urbanisme parisien ravageur (UPR) ont décidé de former un shadow cabinet. Copiant jusque dans les plus grosses ficelles symboliques le gouvernement dont ils ne sont pas, ils ont adopté eux aussi une charte de déontologie.

Parmi les points saillants de la charte :

  • l’interdiction du cumul des mandats qui permettait jusqu’ici d’être à la fois adjoint au maire de Paris chargé du logement et président de Paris Habitat comme Jean-Yves Mano ; ou maire du 19e arrondissement et président de la SEMAVIP comme Roger Madec ;
  • la dissolution des Comités techniques décisionnels censés « acter » l’avenir des bâtiments à conserver ou non, comités dans lesquels siégeaient jusqu’ici les décideurs de la Direction de l’Urbanisme, participant ainsi en amont aux décisions qu’ils seraient ensuite chargés d’instruire en aval (voir sur le blog et vidéo ci-dessous) ;
  • l’interdiction des discriminations de l’habitat pratiquées, notamment dans la Goutte d’Or, par  « types de populations ® » (voir sur le blog);
  • le respect des plans établis par l’Inspection générale des carrières (IGC) et l’interdiction aux SEM, comme en l’occurrence la SEMAVIP, d’invoquer de « nombreuses carrières » dans le sous-sol lorsque celui-ci n’en contient aucune trace selon l’IGC ;
  • la remise au Musée de la Mairie des casseroles de plus de 150 € qui auraient été décernées aux décideurs de l’Urbanisme par des associations de sauvegarde du patrimoine parisien (voir Paris Tribune du 28 mai 2011) ;
  • le respect de la loi SRU et l’interdiction faite aux maires de bénéficier financièrement et/ou électoralement du surplus de logements sociaux en laissant leurs collègues ne pas réaliser les objectifs de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (voir sur le blog).

Cécile Duflot interdite de Goutte d’Or

Deuxième mesure symbolique du shadow cabinet des Ceausescu municipaux : interdire à Cécile Duflot l’accès à la Goutte d’Or en général, au blog de Cavé Goutte d’Or en particulier.

Le couple Hidalgo-Delanoë entend en effet maintenir la Goutte d’Or enclavée (voir sur le blog : « Les quartiers mis en tropes ») et privée de sortie du dispositif Ville de Paris dans lequel elle a été enfermée en 1983 par Jacques Chirac, Lionel Jospin et, plus largement, la Bande des quatre dite du 18e, dont Bertrand Delanoë et Daniel Vaillant, respectivement encore maires de Paris et du 18e, sont les fleurons fanés.

Or, chargée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault de mettre en place l’égalité des territoires, dont le nouveau président de la République a fait un cheval de bataille tout au long de sa campagne, Cécile Duflot pourrait venir mettre en cause la théorie des caciques de la Mairie du 18e sur « les types de populations ® » (voir pour mémoire), certains méritant des bâtiments « coquets » (sic), d’autres ne méritant que des bâtiments Thurnauer ou TGT (Treuttel, Garcias, Treuttel) du nom des cabinets d’architectes présidant aux destinées des opérations de réhabilitation Goutte d’Or Sud et Château Rouge (lire notre billet : « Une urbaniste à l’Égalité des Territoires »).

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