Culture et propreté

2 mai, la fête à Boris

L'entrée sud de la rue Boris Vian (panorama GCO pour CGO).

Les lecteurs du blog se souviennent que la Ville de Paris et l’État – la gauche et la droite (nous écrivons ce billet le 2 mai 2012) – s’étaient illustrés dans une sérieuse prise de becs concernant la propreté des rues du 18e arrondissement, propreté qui faisait l’objet d’une critique gauche-gauche interne à la Municipalité en place (Voir sur le blog : « Pugilat au CA sur la propreté des rues du 18e »).

Le coup venait en effet du Conseil de quartier de Clignancourt-Jules Joffrin, présidé par la conseillère PS de Paris et du 18e Laurence Goldgrab et, dans un souci de le récupérer, le Conseil d’arrondissement du 30 janvier 2012 avait entrepris d’atténuer les mots qui fâchent, ne réussissant qu’à en souligner la force : par la voix de Madame Goldgrab, le Conseil de quartier avait demandé à et de l’administration en place « une meilleure gestion de (ses) services et personnels » et, en conclusion, après avoir tenté d’écarter tout reproche à la gestion précisément, la même espérait – perfidement ? – que le vœu de son Conseil de quartier puisse  « aider à une meilleure gestion dans ce domaine ».

Daniel Vaillant lui-même avait détourné la responsabilité de la gestion de ses services (telle que la pointait expressément Mme Goldgrab) sur le régime en place à l’Élysée, qui aurait interdit aux collectivités locales de verbaliser les déjections canines à un tarif dissuasif en espérant que, bientôt (suivez son regard), reviendrait la liberté de réprimer les chiens pour incivisme. 

Crotte alors !

À quelques minutes du débat d’entre deux tours des présidentielles 2012, la tentative de digression canine du maire PS du 18e arrondissement de Paris, mandataire national de François Hollande, fait sourire et évoque, à crotte renversée, le joli débat de 1988 et le fameux reproche de Jacques Chirac à François Mitterrand qu’il considérait comme responsable de l’augmentation de la TVA sur la nourriture pour chiens. 

À un niveau beaucoup plus modeste, Cavé Goutte d’Or avait demandé la réhabilitation de la rue Boris Vian et il se trouve que les réponses reçues à ce jour illustrent le différend Ville-État avec, comme ligne de démarcation, la propreté et la culture, la Ville répondant à la question posée par Cavé Goutte d’Or d’abord sur le terrain de la propreté, l’État répondant d’abord sur le terrain de la culture.

Des butons préventifs dans le ciel de Boris Vian (photo OR pour CGO).

Avaient en effet été interpellés : Monsieur Frédéric Mitterrand en qualité de ministre de la Culture, Monsieur Christophe Girard en qualité d’adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, Madame Carine Rolland, l’homologue de MM. Mitterrand et Girard auprès du maire du 18e arrondissement. Monsieur François Dagnaud, adjoint de Bertrand Delanoë à la Propreté, avait également reçu la demande de Cavé Goutte d’Or.

« C’est pas nous »

À l’exception de Carine Rolland, qui s’est néanmoins fendue d’un message téléphonique sur le répondeur de Cavé Goutte d’Or pour dire qu’elle avait transmis le bébé à son collègue Félix Beppo, chargé de l’Espace public (voirie et propreté), qui lui-même n’a pas répondu à ce jour, tout le monde a pris la peine de répondre très aimablement par écrit.

Le Cabinet de Frédéric Mitterrand a bien reçu une « demande de réhabilitation de la rue Boris Vian » qu’il a transmis à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France, au nom de laquelle Monsieur Jean-Marc Blanchecotte, chef du service territorial de l’architecture et du patrimoine de Paris, architecte des Bâtiments de France, a accusé réception de ce qui, sous sa plume, était devenue une communication sur « l’état de délabrement, de saleté et d’abandon dans lequel se trouve la rue Boris Vian à Paris, 18e arrondissement » qui – « après examen des éléments du dossier » – devait en conséquence relever non de l’État mais de la Ville.

Et Monsieur Blanchecotte de transmettre le dossier au service d’Urbanisme de la Ville de Paris, via Monsieur Denis Caillet, sous-directeur du permis de construire et du paysage de la rue.

Le paysage de la rue dans l’impasse

La demande de Cavé Goutte d’Or, évoquant « un affront à la mémoire de Boris Vian », se trouve ainsi reléguée – littéralement reléguée – aux divers services de l’Urbanisme, principaux responsables de l’état de décrépitude du quartier dès lors que ce sont eux qui autorisent les démolitions non nécessaires et eux qui donnent leur blancs-seings à des permis de construire des immeubles comme celui dans lequel a pris place la rue Boris Vian.

Car, comme il est bien souligné dans la demande de réhabilitation présentée par Cavé Goutte d’Or, la rue Boris Vian est une des premières victimes de l’opération Goutte d’Or sud, créée sous le nom de code AS/18 par arrêté municipal du 30 novembre 1992 au cœur d’un des bâtiment les plus horribles de l’opération croisant les terribles barres Thurnauer.

Pas bégueules, l'OPAC et l'architecte signent.

Au plan municipal, Christophe Girard se dit attentif autant à « l’entretien de la rue Boris Vian qu’à la situation précaire dans laquelle se trouvent les sans abris qui campent à proximité ». Il met l’accent sur la solidarité davantage que sur la propreté, ce qui semble indiquer qu’il s’est arrêté au clin d’œil de Cavé Goutte d’Or suggérant que « Boris Vian se serait volontiers fait le porte parole des sans abris » même s’il ignorait qu’un jour la Bibliothèque Fleury-Goutte d’Or sur laquelle donnent ses malheureux escaliers serait entièrement vidée de ses livres, les siens y compris, et aurait – de ce fait – pu accueillir tous les sans abris de Paris durant les frimas de l’hiver 2012.

Reflet des escaliers Boris Vian dans la bilbiothèque Fleury-Goutte d'Or vide (photo OR pour CGO).

François Dagnaud, pour sa part, prend connaissance de nos observations avec intérêt et y répond par le menu : « 400 sanisettes gratuites et 30.000 corbeilles de rue bientôt munies de cendriers sont à disposition des usagers de l’espace public », écrit-il.

Plus sournoisement, le responsable de la propreté de la Ville de Paris dit « comprendre (nos) interrogations sur le campement installé par les SDF dans la rue Boris Vian » quand Cavé Goutte d’Or ne s’est nullement interrogé et n’a surtout nullement interrogé les responsables politiques interpellés sur la question des sans abris – qui font au demeurant le meilleur usage possible des galeries Thurnauer (et non de la rue Boris Vian) – autrement que pour évoquer ironiquement le soutien que n’aurait pas manqué de leur apporter l’auteur de l’Arrache-cœur s’il avait su que sa rue devait un jour les abriter sous le regard passif des adjoints aux maires de Paris et du 18e qui passent régulièrement sous les célèbres arcades Thurnauer de la rue de la Goutte d’Or.

Du nénuphar à vos crayons

Le docteur en pataphysique qu’était Boris Vian aurait ironisé à son tour sur ces réponses à la Jean-Sol Parte (« L’enfer, c’est les autres ») et, une fois chanté encore le déserteur avec les paroles que lui suggère sa rue (voir sur le blog : «Monsieur Delanoë, je vous fais une lettre…») serait parti vers de nouvelles aventures.


Cavé Goutte d’Or en fait de même, et lance un concours de réhabilitation de la rue Boris Vian auprès de ses lecteurs, des habitants du quartier et de toutes les personnes qui souhaitent apporter leur contribution à la transformation de cet espace.

Les projets, dessins, croquis, illustrations ou textes seront présentés publiquement dans un peu plus d’un mois à l’occasion du premier anniversaire du blog, le 9 juin 2012 (rendez-vous peu avant sur le blog). Un jury sera ensuite invité à choisir le meilleur projet qui sera proposé aux aménageurs.

Contact et participation au concours : cavegouttedor@gmail.com.

Escaliers Boris Vian (détail).

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