Le discours d’Aulnay

François Hollande dénonce la concentration de logements sociaux dans la Goutte d’Or

« Je refuse que ce soit toujours dans les mêmes communes que l’on construise les logements sociaux, quand tant d’autres s’exonèrent de toute obligation en matière de construction de logements », a lancé François Hollande dans son discours d’Aulnay

Le candidat PS aurait ainsi dû se réfugier à Aulnay-sous-bois pour mettre à l’index la politique du logement menée par Daniel Vaillant et ses adjoints, qui concentrent les logements sociaux du 18e arrondissement de Paris dans la Goutte d’Or et favorisent, au grand jour et au grand dam d’un quartier longtemps populaire, la discrimination entre « types de populations ® ».

Ne pas oser dénoncer Daniel Vaillant sur ses terres est dire combien Barbès et la Goutte d’Or font peur, même aux puissants, puissants sortants ou puissants impétrants.

Pas de quartier pour ce « type de population ® ».

On sait en effet que l’adjoint à l’Urbanisme et au Logement du 18e arrondissement, M. Michel Neyreneuf (photo), explique la construction des terribles barres d’immeubles des rues de la Goutte d’Or et des Gardes par le fait que « la réhabilitation, on sait faire, mais ce n’est pas pour le type de population » qu’on doit y loger. D’où la destruction acceptée, planifiée, de ce vieux quartier (vidéo pour mémoire).

On sait aussi que son collègue aux Transports et aux Déplacements, M. Dominique Lamy (photo), distingue pour sa part entre « deux types de populations » qui s’y « affronteraient » : les populations du Sud, d’une part, qui ont connu les logements insalubres d’avant et applaudissent aux terribles barres d’immeubles nées de l’alliance entre Jacques Chirac, alors maire de Paris, et Lionel Jospin, alors conseiller du 18e arrondissement et député de la 19e circonscription de Paris (voir « Cohabitation précoce à la Goutte d’Or »), et celles du Nord d’autre part, qui auraient échappé à l’opération Chirac-Jospin, dite Goutte d’Or Sud, et se verraient aujourd’hui rattrapées par la plus violente encore opération Delanoë-Vaillant, dite de Château Rouge (vidéo pour mémoire). 

Les habitants du Nord — venus d’on ne sait où, semble dire Lamy qui, sans les définir, les stigmatise comme « extérieurs au quartier » et ne sachant pas comment y vivre — n’auraient peut-être découvert que ce que François Hollande dénonce comme un ghetto.

Car Hollande n’a pas peur d’utiliser le mot que tant de sociologues ont utilisé avant lui pour dénoncer la politique de la gauche au pouvoir dans le 18e depuis 1995 : « Dans la République que je veux, je refuse qu’il y ait du ghetto — du ghetto pour les riches et du ghetto pour les pauvres », dit-il dans son discours d’Aulnay.

Types de populations, démission !

À bons entendeurs, dans la République que veut François Hollande, il n’y aura donc pas de place pour Daniel Vaillant et ses adjoints aux divers « types de populations ® ».

Ceux-ci ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Hollande a été placé immédiatement sous grilles. Au siège de Daniel Vaillant en effet, à un jet de pierre du siège de Cavé Goutte d’Or, François Hollande a remplacé la rose au poing sous la grille des sympathiques vitrines du maître des lieux.

Permanence de Daniel Vaillant rue Cavé (Photo CGO avril 2012).

Le candidat de la gauche lambda n’avait pourtant pas négligé les tentatives de le faire, le siège de Daniel Vaillant, en installant des échafaudages parfaitement inutiles pour quelques réparations en toiture.

Photo CGO, mars 2012

Mais rien n’y fit, le maire du 18e, qui a gardé de son passage place Beauvau les grilles des cars de CRS pour en tapisser toutes les vitrines du 13 rue Cavé, a ôté le portrait de François Hollande en surplomb (photo ci-dessus) pour le mettre sous grille.

Où la rose, déjà, dans la Goutte d’Or, était enfermée (ci-dessous). 

Photo GC, août 2011.

Avertissement

Un avertissement en guise de conclusion à ce billet : François Hollande n’a pas directement visé la Goutte d’Or dans son propos d’Aulnay-sous-bois, et Daniel Vaillant peut continuer de démolir Château Rouge. C’est à Neuilly que le candidat entrant pensait et voulait faire penser.

On reprend : « Je refuse que ce soit toujours dans les mêmes communes que l’on construise les logements sociaux, quand tant d’autres s’exonèrent de toute obligation en matière de construction de logements. »

La phrase citée en tête de notre billet est donc rigoureusement la même que celle du discours. La suite aussi d’ailleurs, mais en raison d’une césure syntaxique mal faite, elle renverse le propos : « Vous connaissez ces communes ! Vous connaissez les maires qui les dirigent ! », lance François Hollande à la foule d’Aulnay-sous-bois, dont il présume qu’elle les connaît en effet.  

Grammaticalement, « ces communes » renvoie à « Je refuse que ce soit toujours dans les mêmes communes que l’on construise (…) », seul endroit de la phrase où se trouve le mot, et non à « quand tant d’autres s’exonèrent … » ; donc aux communes pro-logements sociaux, communes qu’il faut décharger pour répartir la charge publique, et non aux communes anti-logements sociaux, communes asociales qui, au lendemain du 6 mai, vont voir ce qu’elles vont voir : « Si au lendemain de ce beau dimanche du 6 mai vous m’avez confié la présidence de la République, je demanderai que, dans ces communes, il y ait le respect de l’obligation de construire 25% de logements sociaux », obligation à venir puisque aussi bien c’est le respect de construire 20% de logements sociaux qui est aujourd’hui en cause (voir notre article : « Pas SRU s’abstenir »).

Dans le brouhaha du discours, le tohu-bohu ferait fi de la grammaire, qui pourtant dirige le monde : « Ces communes » devenaient les méchantes communes et « Vous connaissez les maires qui les dirigent ! » un signe de ralliement désignant à la vindicte du public les méchants maire anti-logements sociaux.

Mieux en le disant

« Je vous entends demander des HLM à Neuilly… », poursuivait d’ailleurs François Hollande. « Neuilly-sur-Seine, pas Neuilly-sur-Marne », plaisantait-il, sa mère, avant de conclure sur le ghetto : « Dans la République que je veux, je refuse qu’il y ait du ghetto — du ghetto pour les riches et du ghetto pour les pauvres. Je veux de la mixité, je veux de l’échange, je veux du partage. Et la promesse républicaine que je vous adresse, c’est d’offrir un logement digne et abordable à chacun. »

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