15-20

Les yeux de chimères pour la Goutte d’Or

Rue Ordener à la hauteur de la rue Léon

À ses amis lecteurs soucieux qu’elle ne rate pas les deux événements culturels qui se profilent à l’horizon des 15-20, pas l’hôpital ni les jeunes du square Léon, mais les 15 et 20 mars 2012 qui encadrent les Cinq Jours de Réflexion sur la Culture à la Goutte d’Or, l’association Cavé Goutte d’Or confirme qu’elle est bien consciente de la problématique liée à l’instauration d’un centre culturel de la SEMAVIP sur les ruines d’une de ses proies (voir sur le blog : « L’improbable politique culturelle de la SEMAVIP ») et, plus généralement, de la culture dans la Goutte d’Or, très centralisée autour de sources apparemment bien encadrées, présentées officiellement comme les « quatre Centres de Ressources du quartier de la Goutte d’Or » : la Salle Saint Bruno (dont le fonds de ressources est fermé), la Bibliothèque Goutte d’Or (fermée pour cause de travaux mais sans travaux), l’Institut des Cultures d’Islam, le Centre musical Fleury Goutte d’Or Barbara.

On se souvient en effet que la société qui démolit la Goutte d’Or avec le soutien actif de la Mairie du 18e et la complicité de l’Urbanisme de la Mairie de Paris qui manque de foncier dans les autres quartiers avait réservé un des angles des rues Myrha et Léon à un projet de « centre culturel », et avait dû se raviser après un conseil d’arrondissement jugeant sévèrement – quoique – cette intrusion du démolisseur dans la politique culturelle de la Mairie.

On a appris depuis que le maire du 18e arrondissement, Monsieur Daniel Vaillant, avait confié à son adjoint aux Transports et aux Déplacements, Monsieur Dominique Lamy, par ailleurs président du Conseil de quartier de La Goutte d’Or / Château Rouge, la tâche d’expliquer « la place de la culture dans la Goutte d’Or », et réciproquement sans doute, l’homme étant l’un des théoriciens des relations entre la Goutte d’Or Sud et la Goutte d’Or Nord et des « types de populations », pour le dire comme lui et son collègue à l’Urbanisme, Monsieur Michel Neyreneuf, « types de populations » qui hantent leurs préjugés socioculturels et leurs présupposés du « vivre ensemble » (voir sur le blog).

Le 15

Ce sera donc la tâche d’un « Conseil d’un quartier » réuni le 15 mars 2012 à 19 heures sous les auspices de l’adjoint aux Transports, sans qu’il soit indiqué, au moment où nous postons ce billet, si Monsieur Lamy sera accompagné de sa collègue à la Culture, Madame Carine Rolland.

Selon le site de la Mairie de Paris, le thème est pourtant bien : « La culture, sa place dans notre quartier » et les encouragements sont généreux : « Venez vous informer, débattre, formuler des vœux, déposer vos projets ».

Le 20

C’est sur un thème proche que s’annonce la seconde manifestation, qui doit réunir « des acteurs de la vie culturelle de la Goutte d’Or » autour de la question : « Comment les lieux culturels, les associations, et les projets culturels implantés à la Goutte d’Or s’inscrivent-ils dans ce quartier populaire et multiculturel ? ».

« Sociologues, artistes et porteurs de projets au sein d’association et d’institutions confronteront leurs expériences du quartier », lors d’une conférences des « Jeudis de la Sorbonne » organisée mardi prochain 20 mars, – comme quoi, à la Goutte d’Or, même le nom des jours est aléatoire, la semaine des quatre jeudis devenant au besoin celle des quatre mardis.

« Les Jeudis de la Sorbonne », donc, se dérouleront « à l’initiative des étudiants du master Métiers des Arts et de la Culture de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne » et seront accueillis, ce 20 mars à 18 heures, à la Salle de Musique Barbara, en face de la Bibliothèque fermée de la Goutte d’Or.

Entre-temps, de façon un peu décalée ma foi mais présente, Cavé Goutte d’Or travaillera à la finalisation d’un projet d’étude et de recherche autour de l’histoire de la Goutte d’Or dans les trente dernières années, qu’elle entend présenter dans l’espace « Culture et quartiers » créé avec force intérêt et soutien par la « Politique de la Ville », expression dont on rappelle qu’elle désigne un ensemble d’actions de l’État visant à revaloriser certains quartiers urbains dits « sensibles » et à réduire les inégalités sociales entre territoires ; espace encadré également par la Charte de coopération culturelle.

Car la Goutte d’Or est un « quartier » au sens où – en droit – on entend l’expression « les quartiers ».

Les titres des rencontres du 15 et du 20 mars précitées peuvent donc s’inverser, « La place de la culture dans la Goutte d’Or » devenir la place de la Goutte d’Or dans la culture ; et « Comment les lieux culturels, les associations, et les projets culturels implantés à la Goutte d’Or s’inscrivent-ils dans ce quartier populaire et multiculturel » devenir Comment la Goutte d’Or s’inscrit-elle dans les lieux culturels, les associations et les projets culturels… qui parlent en son nom.

En d’autres termes, de quoi la Goutte d’Or est-elle le nom ?

« Culture et quartiers » :La Goutte d’Or, 30 ans d’histoire

Le projet que rendra public Cavé Goutte d’Or le 21 mars 2012, en demandant le soutien de la Ville, de l’État et de la Région s’articule autour de l’exploitation collective des fonds de la Salle Saint Bruno et de la Bibliothèque de la  Goutte d’Or, ainsi que des archives des opérations Goutte d’Or Sud et Château Rouge, dont l’association demandera la mise à disposition pour une équipe de chercheurs historiens amateurs, au sens où le programme « Culture et quartiers » de la Politique de la Ville entend « renforcer les pratiques amateurs, facteurs de citoyenneté et de solidarité ».

Cette équipe sera constituée d’habitants du quartier – de longue et moins longue dates – désireux de rendre compte d’une période décisive de l’histoire récente de la Goutte d’Or, d’étudier et de comprendre les mutations qui ont eu lieu durant cette période, de mettre en perspectives les modalités de l’intervention publique durant les années 1980 d’abord, puis 2000, de participer à la fabrique de l’histoire combinant « participation citoyenne et vie culturelle », toujours dans l’esprit de la Politique de la Ville.

Le lien histoire et culture sera travaillé dans les différentes époques que sont le lotissement de la Goutte d’Or entre 1840 et 1880, époque déjà très étudiée, le temps industriel long (1880-1930), l’époque contemporaine (de 1930 à aujourd’hui), pour insister ensuite sur les trente dernières années, l’objet de l’intervention publique au sud d’abord, puis au sud et au nord, le rôle et les effets de cette intervention sur l’histoire et la culture du quartier, sur l’image du quartier à l’intérieur et à l’extérieur, sur la conscience de quartier de ses habitants, sur les notions d’habitants, d’habitat, d’habitat social.

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