Cavé tibi, Goutte d’Or !

Nous avons promis à nos lecteurs de revenir sur ce fameux CAVE de CAVE GOUTTE D’OR, encore plus incompréhensible lorsqu’ils le lisent sans accent sur le E comme l’impose l’adresse internet et se demandent pourquoi l’association s’appelle ainsi.

Le Cave se rebiffe

Le cave de « CAVE GOUTTE D’OR » aurait-il à voir avec le film de Gilles Grangier où, sur des dialogues de Michel Audiard, Jean Gabin (le Dabe) donne la réplique à Maurice Biraud (le Cave) ?

Au centre de la célèbre trilogie, entouré de Touchez pas au Grisbi (Jacques Becker, 1954) et Les Tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963), Le Cave se rebiffe est littéralement un film du milieu sur le milieu et, dans le langage du milieu, le cave est celui qui n’en est pas : un être ordinaire, crédule et ignorant des codes pratiqués dans le monde à part qu’il côtoie provisoirement.

Dans ce film aux fortes répliques – parmi lesquelles « L’éducation, ça s’apprend pas » ou « L’honnêteté, ça se paye ! » – le cave devait fabriquer de faux billets sous la houlette d’un faux monnayeur de haut vol, mais il renversera les rôles, se rebiffera. Un peu comme le chef de l’Urbanisme de Grimaud qui, contrairement à ses collègues de Paris, sera moins cave qu’il ne devait.

Le cave de la Goutte d’Or serait-il alors le béotien un peu gentil qui ne connaît rien au langage de la Mairie de Paris et du 18e, qui découvre le milieu de l’Urbanisme, les codes de la SEMAVIP et de la GENIER DEFORGE, les arrangements des Comités techniques décisionnels, la vieille dame de Daniel Vaillant, les mensonges du Conseil d’arrondissement et les multiples carrières de Mme Belin ?

La cave à vin et à Boris

Alternative : la cave de « CAVE GOUTTE D’OR » serait-elle un souvenir de la Colline des Cinq Moulins et des vignes qui donnaient le vin que la Goutte d’Or offrait au roi de France à chacun des anniversaires de son couronnement ?

Ou l’un des hauts lieux de Saint-Germain-des-Prés, cave à jazz qu’aurait enlevée Boris Vian pour l’offrir au 18e, ce qui vaudrait à la Goutte d’Or l’honneur d’héberger sa rue ? honneur peu honoré, on l’a vu récemment dans ces pages et on y revient bientôt.

Boris Vian – crédit photo clec.uaicf.asso.fr

Avec l’accent

De fait, tout change avec l’accent sur CAVE qui, en l’occurrence, s’écrit CAVÉ. Il ne s’agit plus d’une cave dans la Goutte d’Or, cave à vin, cave à jazz ou autre caverne mythique, mais du nom de François Cavé.

François Cavé (1794-1875) est un ingénieur et industriel français de la moitié du 19e siècle, inventeur de machines à vapeur et constructeur de locomotives. Il a installé plusieurs ateliers dans la Goutte d’Or et donné son nom à la rue construite et lotie de son vivant en 1841. Le mensuel Le 18e du mois lui rend hommage dans son numéro de novembre 2010 et le site lagouttedOr.net en offre quelques images. 

La rue Cavé fait angle aujourd’hui avec la rue Stephenson, du nom de George Stephenson (1781-1848), ingénieur britannique contemporain de François Cavé, également fabricant de locomotives et souvent considéré comme l’inventeur du chemin de fer moderne.

Dessin de la Rocket, locomotive créée par George Stephenson pour relier Liverpool et Manchester, inaugurée le 15 septembre 1830 (Illustration : techno-science.net).

Haut lieu de la vie du quartier en raison de l’histoire du bâtiment qui y prit racine en 1856, l’angle des rues Cavé et Stephenson a abrité, outre les plumasseries Loddé pendant plus de 70 ans, des ateliers, des logements ouvriers, un couvent ou une caserne, une brasserie, des squats et des marchands de sommeil, la première maison d’accès au droit de Paris, une école coranique dans les dix dernières années, autant de raisons qui en firent, en septembre 2010, le point de ralliement des habitants du quartier de la Goutte d’Or qui, en septembre 2010, ont tenté d’empêcher sa démolition et fondé à cette fin le collectif qui prit ainsi le nom de Cavé Goutte d’Or sans plus de réflexion – quoique.

K-way Canem

Le domaine des dieux

Quoique, en effet, car quelques esprits ont voulu latiniser ce Cavé Goutte d’Or en référence à CAVE CANEM (« Attention au chien ! »), CAVE TIBI (« Prends garde à toi ! »), CAVE NE CADAS (« Attention de ne pas tomber ! ») et autres caveo.

« Prenez garde à la Goutte d’Or ! », aurait ainsi lancé le collectif à celles et ceux qui n’y prendraient pas garde. « Cavé ne cadas » aurait pu dire Daniel Vaillant à la vieille dame dont il raconte en boucle qu’elle gardait une corde dans son gourbis pour descendre sur terre en cas d’incendie de son logement pas social.  

Mais la mayonnaise romaine n’a jamais vraiment pris, et Cavé est resté le nom de la rue la plus généreuse en adhérents au collectif, adhérents qui ont en effet vite couvert les n° 1 à 3 (= 23 Stephenson), puis 5, 6, 7 et 9 de la rue Cavé, puis 13 et 19, le 21 (qui forme la proue de la rue avec le retour sur la rue Saint Luc) devenant, sous l’égide de l’Échomusée, le point de rencontre des promenades de quartier organisées par le Collectif Cavé Goutte d’Or à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, les 17 et 18 septembre 2011.

La proue Cavé/St Luc de L'Échomusée (Photo J.-C. Lambert, 2011).

Cavé mecum

Cavé resterait donc partie du nom de l’association Cavé Goutte d’Or qui, dans les traces du collectif, se propose de prendre garde au quartier et invite les habitants de la Goutte d’Or à l’aider et la soutenir dans son action.  

Clair de lune couronné sur la rue Cavé (Photos GC – novembre 2011).

Parmi ces actions

– Cavé Goutte d’Or dénonce l’abandon de la rue Boris Vian à la laideur de l’Opération Goutte d’Or Sud …
– demande la réhabilitation de la rue Boris Vian …
– propose la protection de l’église Saint Bernard au titre des monuments historiques
– demande que les services d’archéologie préventive examine les trous de la SEMAVIP dans le quartier …
assiste et soutient les riverains qui contestent à raison la légalité des permis de démolir de la SEMAVIP devant le Tribunal administratif de Paris …
– cherche un local pour le CIM dans la Goutte d’Or …
– pose des questions sur l’urbanisme, l’habitat et le patrimoine qui provoquent un débat de plus d’une heure au Conseil d’arrondissement du 18e …
– demande un audit sur la qualité du logement social dans la Goutte d’Or …
conteste la légalité et l’autorité des « comités techniques décisionnels » qui prétendent faire la loi, la pluie et le beau temps dans le quartier …

Vous aussi, pouvez soutenir Cavé Goutte d’Or

Merci de votre soutien

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