Verbatim Château-Rouge (3)

Évolution de l’urbanisme dans le quartier Goutte d’Or/Château Rouge

Rappel – Le débat du Conseil du 18e arrondissement de Paris du 10 octobre 2011 a fait l’objet d’un premier article publié sur le blog le 19 octobre 2011.
Aujourd’hui, le blog de Cavé Goutte d’Or revient plus précisément encore sur la déconstruction nécessaire de ce débat, très instructif sur le processus décisionnel de la politique de démolition de la Goutte d’Or. Qui choisit de démolir ? pourquoi ? sur la base de quels critères ? Et qui décide des projets de reconstruction ? des architectes ? de l’intégration dans le paysage urbain existant tel que l’exige le plan local d’urbanisme (PLU) ?
Afin de pouvoir suivre ce débat d’un peu plus d’une heure, le film intégral a été découpé en six parties de treize minutes environ chacune, six chapitres qui permettent au lecteur du blog de suivre dans le détail chacune des interventions dont le verbatim des passages les plus importants est présenté ici, chapitre par chapitre, assorti des observations de Cavé Goutte d’Or, distinguées du verbatim par la couleur du texte.
Les trois premiers chapitres sont publiés aujourd’hui. La suite interviendra plus tard. Pour faciliter l’étude de ce débat, nous y avons ajouté des titres. Les liens renvoient aux films sur youtube, les numéros au début de la séquence transcrite.

*

Chapitre 3 : « Comment se passe le travail de l’architecture » (13 minutes 30)

Deux des plus récentes créatures de l’opération Château Rouge étaient évoquées dans le voeu de Pascal Julien comme exemples d’une architecture à la fois « standard, dépourvue de personnalité, froide et uniforme » : le 33 rue Myrha et 6 rue Léon, d’abord, angle connu dans le quartier et sur ce blog, comme hébergeant la boulangerie Genier-Deforge (voir notre article «Panem et circenses» du 22 août 2011) ; les barres de rue ensuite, dont celle constituée par les n° 19 à 27 de la rue Myrha autour d’un remembrement parcellaire qui n’a hélas rien à envier à ce qui se pratiquait pour la Goutte d’Or Sud sous les mandatures Chirac et Tibéri.

« Le parcellaire n’a pas été respecté à l’époque », devait expliquer l’adjoint à l’Urbanisme de Daniel Vaillant à ses collègues du Conseil d’arrondissement du 10 octobre 2011. « Cet urbanisme-là, on essaie de ne pas le reproduire et on ne souhaite pas le reproduire », assurait-il (voir Verbatim 1 et film 1 du débat au Conseil d’arrondissement, séquence 12:55).

Cet urbanisme-là se reproduirait néanmoins sous la seconde mandature Delanoë/Vaillant pour des raisons notamment économiques liées au profit des opérations de «logements sociaux», moins bénéfiques et performantes sur de petits espaces que sur de plus grands, comme le pose sans fard inutile un avenant du 27 avril 2010 à la Convention ANRU : « Suite à plusieurs marchés infructueux et à des parcelles de très petites tailles dans le secteur Château Rouge, il est proposé le regroupement de parcelles et d’opérations physiques ».

L’avenant consacrant expressément le non respect du parcellaire existant qui « n’avait pas été respecté sous les mandatures Chirac et Tibéri », cet avenant a été signé sous la mandature Delanoë/Vaillant pour le secteur Château Rouge en avril 2010 avec l’accord unanime et lui-même très avenant du Conseil d’arrondissement du 1er février 2010 dans une délibération présentée par M. Neyreneuf (voir Compte rendu officiel et Délibération 18.2010.021, pages 18-19).

33, rue Myrha : « On n’est pas chez nous »

00 :00 « Je veux expliquer comment se passe le travail de l’architecture. Là, on n’est pas chez nous, exactement », explique l’homme fort de l’Urbanisme de la Goutte d’Or ; « c’est la Foncière, c’est la Foncière qui est maîtresse. La Foncière doit respecter le cahier des charges de Château Rouge de TGT (le cabinet d’architectes coordinateur du projet, NDLR), mais à partir de là, ils font comme tous les bailleurs font (appel, concours, choix) ».

Appel concours, choix (Photo GC – août 2011)

Observations de CGO : Outre qu’elle fait, à nouveau, la part belle aux promoteurs immobiliers qui avancent sous couvert de bailleurs « sociaux », cette appréciation méconnaît l’obligation du PLU qui consiste à ne pas laisser bâtir n’importe quoi.
             L’article UG 11.1.3 du PLU actuel, fixe en effet que « les constructions nouvelles doivent s’intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs…) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs…) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits…). »
             Prévoyant les foudres des conseillers du 18e qui fustigeraient le vœu de M. Julien au motif qu’il voudrait enfermer Paris dans une vitrine haussmannienne et la Goutte d’Or dans une vitrine faubourienne (voir verbatim des films 4 à 6 à venir et, déjà, l’inoubliable tirade de Dominique Lamy transcrite dans la page Document du blog, séquence inaugurale du film 6), le PLU nuance :
             « L’objectif recherché (par le souci d’intégration au bâti existant) ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l’architecture contemporaine peut prendre place dans l’histoire de l’architecture parisienne ».
             Nous avons proposé dans « Le PLU et les modernes », qu’on peut lire dans l’article du blog ZUT pour les ZUS et coutumes, que le mimétisme était en l’occurrence inversé, les promoteurs immobiliers actuels faisant tous ou presque les mêmes barres d’immeubles qui se ressemblaient. 
             En répondant qu’il n’est prétendument pas chez lui, le responsable politique renforce en outre la dilution des responsabilités. La Mairie du 18e s’abrite derrière des SEM et des bailleurs, dont on ne sait souvent pas qui est le propriétaire final.

19-27 rue Myrha : Une barre de rue pour un Franprix

01 :55 Barre de rue ? « Si on revenait sur les images de la rue de la Goutte d’Or et de la rue des Gardes, on verrait que c’est tout à fait différent », explique M. Neyreneuf sans revenir sur les images de l’opération Goutte d’Or Sud, justement, mais en admettant la constitution d’un socle commun, donc d’une modification parcellaire d’importance, pour l’installation d’un Franprix, supposé moteur commercial du quartier.

Le socle commun vu du ciel

Le socle commun vu du sol (parcelle 243)

 Conclusions (provisoires)

03 :33  En un mot, si vous voulez savoir comment ça se passe, demandez-le moi, conclut l’adjoint à l’Urbanisme. Et si vous voulez poser la question des responsabilités, la question n’est pas là, ajoute-t-il.
« Je suis prêt à toutes les réunions que l’on veut. Encore faut-il me les demander », lance-t-il en effet à Pascal Julien qui, justement, le lui demande.

05 :36 « Quant à la responsabilité pour savoir tatata », argue-t-il un peu cavalièrement en réponse à la question de Pascal Julien sur les responsabilités dans la dégradation des immeubles confiés à la SEMAVIP, Michel Neyreneuf répond en une boutade : « Je ne suis pas Saint Just. Et le problème n’est pas là ».

Observations de CGO : L’adjoint à l’Urbanisme et au Logement pose ici une question de compétences. Il revendique une compétence qu’il n’a pas (et que la Mairie du 18e n’a pas), et se défausse d’une responsabilité qu’il a (et que la Mairie du 18e a comme conséquence directe de sa revendication des compétences précédentes).
             Selon le Collectif Cavé Goutte d’Or, en effet, qui travaille la question des opérations dites de logements sociaux sur le terrain du droit, l’adjoint au maire du 18e arrondissement n’est pas légalement habilité à décider des opérations de démolition. Sa responsabilité consiste dans la substitution de la Mairie du 18e à la Ville de Paris.
             Au terme des 26 minutes qu’aura duré son intervention, il est bien clair que M. Neyreneuf se place en responsable de l’opération Château Rouge, inquiet qu’on ne le consulte pas ; bien clair aussi que M. Vaillant, le maire du 18e, renforce cette position dans son salut à la démonstration de son adjoint (« Un travail formidable », dont il souligne inconsciemment qu’il l’accomplit seul) et le soutien qui ponctue sa démonstration de très virils « Vous voulez qu’on débatte ? vous allez voir ce que vous allez voir ! ».             
             Nous avons parlé de captation dans notre première analyse du débat du 10 octobre 2011 et il s’agit bien, pour le collectif, de sortir l’opération Château Rouge de l’ornière dans laquelle la Mairie du 18e la veut enfermer.
             Les longs développements de l’adjoint à l’Urbanisme sont à cet égard très instructifs du mécanisme que nous estimons illégal, contraire à la Convention publique d’aménagement du 11 juin 2002, consistant à décider, en petits comités ne présentant aucune garantie d’impartialité, de transparence et de démocratie, du devenir des immeubles dont la Ville s’est précisément réservé la décision.

« Un travail formidable »

06 :20 Sans mesurer que Monsieur Julien a jusqu’ici parlé huit minutes et Monsieur Neyreneuf 26 minutes, Monsieur Vaillant ouvre son deuxième tour de parole en ces termes : « Merci à Pascal Julien pour son vœu qu’il a longuement exposé et le questionnement qu’il comportait ; et merci beaucoup à Michel Neyreneuf d’avoir répondu en ayant préparé sa réponse, travaillé, justifié… », avant de s’engager dans un long plaidoyer de sa propre politique précédé d’une étrange formule doublement négative : « On dit pas qu’on n’a pas droit à l’erreur, hein, en démocratie y vaut mieux d’ailleurs ».

06 :50 Et le maire de proposer un bref historique des opérations antérieures à celle de Château Rouge, puis de rappeler les conditions « indignes, indignes, indignes » dans lesquelles vivaient certaines personnes ; ce qui était « honteux, honteux » ; des conditions dont il dit, cinq fois en sept minutes, n’être « pas nostalgique » :

  1. « Moi, vous savez, un immeuble où y avait du saturnisme, de la peinture au plomb, avec les maladies nerveuses que cela engendrait pour les enfants, je ne suis pas nostalgique qu’il y en ait plus, même si c’est au détriment d’un bout de façade » (09 :24) ;
  2. « Les toilettes sur le palier, moi je suis pas nostalgique de ça, voilà » (10 :23) ;
  3. « Le petite dame avec une corde au pied de son lit pour sauter par la fenêtre en cas d’incendie, moi je ne suis pas nostalgique de ça » (12 :06) ;
  4. « Qu’il y ait quelques propriétaires nostalgiques au nom du …, du …, bon très bien (12 :08) ;
  5. « Michel va refaire sa démonstration dans une réunion publique et on verra combien de gens sont nostalgiques de la période anté, dans les deux sens du terme » (13 :00), – ce qui, à l’écrit, fait sans doute écho à la période anté-Vaillant et à la période hantée, que la vieille dame à la corde sensible aura connue…

Pour des nouvelles de la vieille dame de Daniel Vaillant, qui s’affiche actuellement dans une boutique Genier-Deforge (photo ci-dessous), voir la page Humeur du blog :

43 rue Myrha, octobre 2011

Publicités
Cet article a été publié dans 20 rue Léon, 24 rue Cavé, 25 rue Stephenson, 5 rue Myrha, 7 rue Myrha, Articles, Études. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s