ZUT pour les ZUS et coutumes

Le PLU en ZIG ZAG ZUG

La contribution d’un correspondant de Cavé Goutte d’Or sur la démolition du 4 rue Léon et les deux poids, deux mesures appliqués par la Ville de Paris aux copropriétaires d’immeubles anciens, et aux propriétaires uniques des nouvelles barres de rue du quartier nous conduisent à entamer une réflexion sur le PLU (Plan local d’urbanisme) et son respect dans la ZUS (zone urbaine sensible) qu’est La Goutte d’Or, par opposition aux prescriptions appliquées en ZUG (zones urbaines générales), urbanité générale dont la Goutte d’Or sensible n’est au demeurant pas légalement exclue.

Nous publions ci-dessous, dans l’ordre :

  • la contribution d’un riverain du 4 rue Léon ;
  • une note sur le remembrement parcellaire imposé au quartier par la constitution de socles communs pour la construction de barres de rue ;
  • l’invitation du PLU à l’audace des architectes modernes et au respect des audacieux précédants ;
  • une réflexion sur le mimétisme.

Pour le prix de 4 Léon d’or

Dernier en date des immeubles démolis, le 4 rue Léon l’a peut-être été alors que la SEMAVIP n’en était pas complètement propriétaire. Une enquête parcellaire a récemment eu lieu, que nous avons suivie.

Il est rare de démolir alors que la procédure d’expropriation n’est pas encore terminée et on peut s’interroger sur la facilité avec laquelle a été accordé le permis.

Un historique de la démolition s’impose d’autant plus que, dans l’étude sur l’état du bâti conduite pour le secteur en 1995 par l’architecte historien Bertrand Lemoine à la demande de la SEMAVIP, l’immeuble du 4 rue Léon était rangé dans la rubrique « en bon état ».

La Convention ANRU signée en juillet 2007 prévoyait de le réhabiliter (page 20) car la copropriété en difficulté financière n’avait pas les moyens de pourvoir à son entretien, et les aides de l’ANAH pour le bâti ancien avaient été supprimées.

Sa démolition a de quoi surprendre, car cet immeuble, par l’originalité de sa toiture courbée et les modénatures de sa façade, faisait partie du patrimoine faubourien du quartier, la Commission du Vieux Paris a regretté le manque d’entretien qui avait conduit à sa démolition.

Bien sûr, la future construction sera plus confortable ; mais son architecture cubique et son toit terrasse aura pour effet* de rompre avec le bâti existant à côté et en face.

Cubes terrasses, rue Myrha côté cour

Deux poids deux mesures

Ce qui peut paraître choquant, comparativement, c’est que, face à la liberté manifeste accordée aux architectes des immeubles construits dans le cadre de l’opération Château Rouge, le ravalement des façades des immeubles anciens doit répondre à des prescriptions rigoureuses.

Ainsi, dans son arrêté du 14 septembre 2010 autorisant le ravalement du 2 rue Léon (pharmacie en face du square Léon, ndlr),la Mairie de Paris rappelle aux copropriétaires leur obligation de protéger « la qualité du site » et de respecter des règles très strictes sur les matériaux et les couleurs :

  • « Conformément aux dispositions de l’article UG 11.1.1.5 du Règlement du PLU de Paris (aspect extérieur des constructions), et afin de respecter le style architectural de l’immeuble et la qualité du site, après piochage complet de l’enduit et restauration du support, l’enduit plâtre et chaux teinté dans la masse présentera un aspect de finition lissées serrée de tonalité pierre calcaire claire. Pour une meilleure intégration, la façade sera de teinte monochrome, une variation de tonalité pourra être introduite dans le soubassement en raison de son exposition (salissures…). Les corniches et les bandeaux ou modénatures seront restitués dans le même matériau teinté dans la masse et identiques aux profils existants. (…) Les relevés des bavettes de protection en zinc seront engravées dans l’épaisseur de l’enduit. La tonalité de l’enduit devra être en Paris Déco 86 ou similaire ».

Devant tant d’attention pour un bâtiment ancien, on s’étonne que les Bâtiments de France aient laissé construire des immeubles à l’architecture de ceux qui occupent aujourd’hui la rue Myrha, en ce qui concerne tant « la qualité du site » que la qualité du bâti.

Angle 6 Léon/33 Myrha

Ironiquement, l’immeuble de l’angle 33 Myrha / 6 Léon, mitoyen du 4, en est l’un des derniers exemples et on peut se demander à quoi sert l’article UG 11.1.3 du PLU actuel, situé à peine plus bas que le UG 11.1.1.5 rappelé aux propriétaires de bâtiments anciens, puisqu’en vertu de cet article, les constructions nouvelles devraient, elles aussi, « s’intégrer au tissu existant » :

  • « Les constructions nouvelles doivent s’intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs…) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs…) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits…). »

 Un riverain du 4 Léon

 * NDLR. Pour effet ou pour objet.

*

*     *

Démolir plus pour gagner plus

Sur le fait que la démolition du 4 Léon a « de quoi surprendre », le webmaster ajoute un élément qu’on peut lire sur le blog dans le Rapport d’un des autoproclamés « Comités techniques décisionnels », en l’occurrence celui du 19 décembre 2008 (page 3) : « La parcelle voisine (33 Myrha/6 Léon) est affectée à la Foncière logement et une extension de son projet sur cette parcelle pourrait faciliter la sortie d’une opération de logement social sur cette très petite parcelle ».

Traduction : « La sortie » signifie l’équilibre financier d’une opération immobilière dite « de logements sociaux ». On se souvient de l’argument avancé pour le 24 Cavé par l’opérateur de « logements sociaux », résumé au Conseil d’arrondissement par l’adjoint à l’Urbanisme : « Avec la réhabilitation, ça sort pas. C’est un problème financier, pas technique », disait-il en substance.

En l’espèce, si on démolit le 4 Léon, l’opération sort, c’est-à-dire que les financiers rentrent dans leurs frais. Ils entrent surtout dans la décision de démolir ou de réhabiliter et confirment, au besoin, que l’opération Château Rouge, quel qu’ait été l’état insalubre du logement avant l’opération faut-il rappeler, est d’abord une opération financière, menée par des financiers préoccupés de leurs gains financiers.

Des comptes pas insalubres

On rappelle sur ce point l’avenant du 27 avril 2010 à la Convention ANRU citée par notre correspondant, avenant déjà évoqué sur le blog, dans lequel on peut lire : « Suite à plusieurs marchés infructueux et à des parcelles de très petite taille dans le secteur Château Rouge, il est proposé le regroupement de parcelles et d’opérations physiques ». C’est ce qui est en train de se passer pour l’angle Myrha/Affre, soit le rassemblement de trois parcelles à l’angle opposé du 25 rue Stephenson (Voir le recours gracieux contre la démolition du 7 Myrha)

Ce sont donc des « appels d’offre infructueux » qui dictent le morcellement du foncier de la Goutte d’Or, « la petite taille des parcelles et les contraintes patrimoniales qui les grèvent » qui entraînent la métamorphose du quartier, métamorphose pour le coup utilisé à bon escient : c’est à côté et au-delà du quartier qu’on démolit qu’on construit ce qui le remplace, puisque aussi bien ce sont les parcelles étroites dont on le dépouille qui lui donnent le rythme vertical souligné maintes fois ici à travers les travaux de Maurice Culot.

45-47 Myrha. Le clash des volets 1

Des propriétaires uniques apparaissent derrière les opérations immobilières qu’ils dirigent manifestement, et ce sont bel et bien des opérations foncières et immobilières très bénéfiques qu’ils dirigent, la Ville les autorisant qui plus est à construire mal et bon marché, avec des matériaux qui rendent le bâti viable pour une quinzaine, vingtaine d’années maximum (la durée de vie de l’opération Goutte d’Or Sud), ce qui permet des contrats pérennes.

*

*     *

Le PLU et les modernes

Le correspondant de Cavé Goutte d’Or nous encourage à travailler aussi sur le respect du PLU dans les reconstructions. On se souvient que l’adjoint au maire du 18e chargé de l’urbanisme et du logement avait botté en touche devant le Conseil d’arrondissement du 10 octobre 2011 lorsque son collègue chargé de l’environnement l’interrogeait sur les responsabilités dans le choix des projets de reconstruction à l’architecture non pas tant audacieuse qu’agressive.

« On n’est pas chez nous », devait répondre Michel Neyreneuf à Pascal Julien. L’adjoint à l’urbanisme voulait indiquer par là que le propriétaire construisait ce qu’il voulait construire (Voir sur le blog : « Déconstruction du Conseil d’arrondisement du 10 octobre 2011 »=.

Or non, le PLU cité par notre correspondant dans la contribution au blog publiée ci-dessus donne les moyens aux autorités – lesquelles sinon celles qui vont autoriser la construction, accorder le permis de construire ? – de se prononcer, et au besoin d’empêcher le carnage que subit le quartier de la Goutte d’Or, Goutte d’Or Sud et Château Rouge inclus.

L’article 11.1.3 cité se prolonge en effet par deux alinéas qui expliquent aux conseillers d’arrondissement que le respect du passé n’implique pas le rejet du présent, au contraire.

Le compte rendu du CA du 10 octobre 2011 est à cet égard terrifiant. Les Verts qui introduisent le débat sur l’évolution de l’urbanisme sont associés à de méchants passéistes qui préfèrent la misère des logements insalubres à la métamorphose potemkine de Daniel Vaillant et restent en boucle sur le faubourien, en bloucle sur une ville immobile.

Le texte du PLU est plus subtile :

  • « L’objectif recherché (par le souci d’intégration au bâti existant) ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l’architecture contemporaine peut prendre place dans l’histoire de l’architecture parisienne », dit en effet l’alinéa 2, suivi d’une nouvelle ouverture à l’alinéa 3 :
  • « Les bâtiments sur rue se présentent en général sous la forme de différents registres (soubassement, façade, couronnement), qui participent à leur composition architecturale, en particulier en bordure des voies et des espaces publics. Les traitements architecturaux contemporains peuvent ne pas traduire le marquage de ces registres, qui peuvent toutefois être imposés dans certaines configurations. »

Traduction : L’inventivité de l’architecte contemporain n’est en rien limitée, et il n’a pas à construire servilement comme ses prédécesseurs ont construit il y a un siècle et demi. Il est invité à « prendre place dans l’histoire de l’architecture parisienne », ce qui est naturel et courtois, et encouragé à se montre audacieux, autorisé à casser le rythme traditionnel de la composition classique (soubassement, façade, couronnement).

« Prendre place dans l’architecture parisienne » : Une place au soleil ? Arrière des barres de la rue Myrha.

Mimétisme inversé

Ironiquement, cette ouverture du PLU à la contemporanéité a un objectif et, dans un texte à valeur légale et utilisation légale, l’objectif n’est pas rien : « L’objectif recherché » par le souci d’intégration posé à l’alinéa premier de l’article 11.1.3 « ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche ».

Or, ce qui se passe à la Goutte d’Or – Sud et Nord confondus – est précisément que les modernes opèrent par mimétisme entre eux. À quelques rares exceptions près (chacun reconnaîtra les siennes), les modernes refont les mêmes barres, utilisent les mêmes produits, le même social qui en perd – pour le coup – sa caractéristique sociale, précisément.

Pourquoi, par exemple, tous les volets des immeubles de la rue Myrha sont-ils identiques, métalliques et rangés sur un seul côté de la fenêtre, en saillies sur la rue, sinon parce que les architectes s’imitent ou parce qu’ils ont la servitude de devoir utiliser un type de volets préfabriqués par un fournisseur associé aux deux seuls opérateurs de ce malheureux chantier, la SEMAVIP et la GENIER-DEFORGE.

45-43 rue Myrha. Le clash des volets 2

Répétons : ce n’est pas le volet qui est laid (quoique), c’est le fait que tous les immeubles nouveaux aient ce même volet comme la photographie du bandeau du blog l’illustre. Le système fonctionne-t-il comme celui des journaux contemporains en mal de lecteurs qui offrent tous le même sac de voyage, le même stylo, et le même réveil à leurs futurs abonnés ?

« Qui donc fabrique ces volets ? » (ses sacs, ses stylos bradés pour faire nombre), demande d’ailleurs un autre correspondant de Cavé Goutte d’Or, qui s’interroge sur la monotonie des fenêtres-meurtrières, étroites et tout en hauteur, comme si l’on voulait rétablir, dans les barres de rue, le rythme vertical qu’avait auparavant la rue elle-même, dans son parcellaire cassé.

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Made in Taïwan

Dernière minute : Après l’accord de Bruxelles du 27 octobre 2011 sur les finances de l’Europe, la Chine décide d’investir dans l’urbanisme de la Goutte d’Or. Daniel Vaillant en bégaye encore :  « C’est la métaformose du quartier ! ».

Et encore : Cavé Goutte d’Or à la radio Cause toujours !

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