Excavation en direct, quartier en émoi, mâchoires cassées

Cavé Goutte d’Or a publié mardi soir, en léger différé mais dans les conditions du direct, l’enlèvement de la porte du 2 rue Cavé (voir « Soudain le dernier été » ).

Mercredi à poltron miné, le sol tremble, les feuilles des plantes s’agitent, des voisins crient, il est à peine 8 heures. Le quartier se réveille sous les coups des promoteurs. On pense à la scène où Nottola débarque dans les décombres de Naples. Ou à celle, en effet, du « Troisième homme », évoquée en commentaire de « Soudain… ».

Les grandes mâchoires des promoteurs démolisseurs excavent en direct le sous-sol des anciennes plumasseries Loddé. On rêve des plumes (la douceur même de laquelle on est arrâché ce matin) qui, à l’origine, étaient fabriquées dans les ateliers du 25 rue Stephenson/2 rue Cavé, exportées d’abord sur les rives du canal de Suez, puis sur celles du Moulin Rouge. Le chauffeur des mâchoires frappe le sol avec hargne, il a besoin de faire un trou pour le remplir…

Excavation de l'ex-seuil du 2 Cavé

Entreprise étonnante qui ne consiste pas à retrouver les sous-sols devenus ceux d’une madrassa dans la dernière période de location des ateliers Loddé à l’APBIF (Association des Projets de Bienfaisance Islamiques en France), ni le souterrain qui, au début du XXe siècle, aurait relié le « couvent de la rue Stephenson » à l’église St Bernard, imaginé par la mémoire collective du quartier.

Rien de tout cela, en effet. L’entreprise violente du mercredi matin 28 septembre devait 1) creuser un trou et 2) le remplir puis l’arroser (l’arrosage est censé supprimer la poussière). Le grutier était sans doute chargé de vérifier au passage l’état des sous-sols, comme les propriétaires du 6 rue Cavé l’avaient demandé avec force au juge et à l’expert du référé préventif (voir « Droit à l’expertise des fondations » dans notre page Recours).  

Les caves voûtées en pierre sèche (Rapport Dullin)

En réalité, il s’agit bien d’excaver, de casser les caves pour les remplir de matériaux inertes issus de la démolition, comme l’indique la méthodologie présentée par le bureau Athis.

 

Le reportage photographique de Cavé Goutte d’Or depuis le début des travaux arrive à sa fin (l’immeuble est en effet bientôt entièrement rasé) et à ses fins puisque aussi bien les photographies du collectif établissent au fil de la démolition la qualité du bâti et l’état réhabilitable de l’immeuble détruit. Elles pourront ainsi rivaliser devant les juges avec les clichés de la SEMAVIP sur le prétendu mauvais état des structures. Le rapport Dullin sortira peut-être vainqueur des décombres.

Le rapport Dullin ou l'ADN de l'immeuble

Mais Anne Hidalgo a déjà averti : « Aucun projet de la Ville n’a jamais été abandonné sous la pression » (20 minutes, 1er juin 2011 ; voir sur le blog « Anomie : Delanoë renonce en cachette »).

Pression photographique

Question pression, il apparaît que les promoteurs se sentent victimes des reportages photographiques de Cavé Goutte d’Or, et ne manquent pas de s’en plaindre. La tension monte en effet, et les membres du collectif ou correspondants du blog sont parfois alpagués, parfois insultés, ou encore menacés.

Ainsi l’un des reporters de Cavé Goutte d’Or en train de photographier le travail des promoteurs fut-il interpellé le 14 septembre au matin par la cheffe des opérations de la SEMAVIP sur la Goutte d’Or. Droite dans ses bottes et le verbe haut, elle prit les devants (comme Delanoë en matière d’anosognosie) et invita le photographe à l’écouter : « Vous photographiez l’immeuble, il vous intéresse ? vous savez qu’il était en très mauvais état ? il y a des rapports, il y avait des arrêtés de périls, vous savez ? »… bref, trop insistante pour être très sûre de ses faits ; puis à entrer dans les locaux qu’occupe la SEMAVIP en face de son chantier, à l’écouter encore en dire trop encore. Quand le photographe révéla les causes de son intérêt – « J’habite le quartier, j’y passe mes soirées, mes week-ends et une partie de mes vacances, je souhaitais garder l’immeuble ; et vous, vous habitez le quartier ? », la dame devint encore plus droite dans ses bottes : « Non, c’est mon lieu de travail », pinça-t-elle en vouant le jeune homme aux gémonies du collectif, – « qui perd ses procès », dit-elle en un ultime haut-le-corps (échange rapporté en substance).

Plus récemment, le 21 septembre, un copropriétaire du 2 rue Léon – immeuble refait à neuf à côté du 4 rue Léon, livré quant à lui aux mains des promoteurs immobiliers de la Goutte d’Or – s’inquiétait d’un éléments technique auprès d’un ouvrier de chantier. Il fut violemment pris à partie par un chef de Genier Deforge, qui lui intima l’ordre de ne pas parler à ses ouvriers, proféra quelques noms d’oiseaux à son encontre et le menaça d’une bonne raclée, pour rester dans des termes convenant à ce blog. Résultat : la victime déposa une main courante pour menace de coups et blessures.

Les lecteurs du blog se souviennent des mains courantes, plaintes et constats d’huissier qui ont accompagné déjà la mainmise de la SEMAVIP sur le quartier de la Goutte d’Or en général, sur le 25 rue Stephenson en particulier.

  • Ainsi de la plainte d’habitants du 25 rue Stephenson contre la SEMAVIP, du 20 septembre 2007, pour voies de fait et comportement préjudiciable. La SEMAVIP, alors simple copropriétaire, avait « muré tous les logements qu’elle (avait) acquis, à tous les étages, y compris ceux qui (étaient) encore habités et (n’avaient) fait l’objet d’aucune interdiction d’habiter ». Selon les plaignants, qui autorisent la publication de leur texte, « ce procédé (avait) non seulement pour effet de donner à l’immeuble un aspect beaucoup plus vétuste qu’il ne (l’était) en réalité (…) mais il mena(çait) la sécurité de ses habitants (…) ». 
  • Ou du constat d’huissier du 2 juillet 2007 demandé par le syndic d’alors, le cabinet Lamy, qui se plaignait des démarches intempestives qu’entreprenait sans autorisationla SEMAVIP, bloquant la circulation à l’intérieur de l’immeuble, murant sans droit ce qu’elle venait d’acquérir.   
  • Sans compter le ton cavalier que la SEMAVIP et son bureau d’expert ATHIS affichent dans leurs relations avec les propriétaires du 6 rue Cavé, parties au référé préventif, qu’en dépit de constats d’huissiers, ils traitent d’affabulatrices, quand encore ils traitent leurs requêtes (voir la page Recours de ce blog et les développements à venir, également publiés avec l’accord des intéressées). 

La SEMAVIP cernée par les paparazzi

Conséquence de la violente altercation entre le grutier et les caves du 2 Cavé dont il n’arrivait pas à percer le mystère, les mâchoires infernales tombent en panne. La machine qui, la veille, paraissait encore comme un jouet dans un bac à sable, se casse sur la solidité du sol et de la construction Loddé (1856). Le 25 rue Stephenson gagne une nouvelle manche. Symboliquement, il s’entend. Une équipe de techniciens de chantier s’inquiéte alors de l’interruption du carnage. Un correspondant de Cavé Goutte d’Or profite du cessez-le-feu pour mettre un objectif dehors (photo 1) et s’attire immédiatement les foudres de l’équipe de démolisseurs, image d’agacement que ne manque pas de capter un autre correspondant de Cavé Goutte d’Or (photo 2).

Le groupe (1)

Le groupe (2)

La SEMAVIP s’inquiéterait-elle des yeux riverains ? L’échange de téléobjectifs, en tout cas, se prolongea sur la panne. Panne arrière ? panne avant ? panne au centre ?

 

Fin de parcours

Mercredi 28 septembre à 17 heures, le dernier vestige de mur du 25 rue Stephenson/2 rue Cavé cédait aux démolisseurs :

Le coeur serré (Photo GC)

 

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