Genier Deforge déconstruit le système

En s’avançant sur les terres de la déconstruction, la société GENIER DEFORGE, « très active à la Goutte d’Or » comme l’écrivait avec talent et sagacité le très précurseur journaliste de Dixhuitinfo dans son arlésienne enquête de mars-avril 2011, ne savait pas où elle mettait les pieds.  

*

Chargée par la SEMAVIP de démolir ce dont la SEMAVIP s’est, à force de mensonges et fausses déclarations (cf. Poor Standard salue la SEMAVIP), chargée d’obtenir de la docile Mairie de Paris l’autorisation de démolir, la Société GENIER DEFORGE a manifestement décidé d’investire (dans) la Goutte d’Or où l’on raconte à qui veut l’entendre qu’elle a installé son siège social.

Des hameaux de roses pour la Goutte d’Or

Le démolisseur destructeur GENIER DEFORGE a son siège à Magny les Hameaux (78) et son implantation parisienne à L’Haye les Roses (94). Mais, pour être plus efficacement démolisseur là où on lui demande de démolir, il aurait jeté son dévolu sur les anciennes plumasseries Loddé de la Goutte d’Or, construites en 1856 sous Napoléon III, pour y établir un siège éphémère, dont il aurait confié la décoration extérieure à un Christo cheap, qui semble avoir travaillé avec du matériel abandonné sur place par la Mairie du 18e : 

et la décoration intérieure à l’école derridienne : le démolisseur se pique en effet de faire dans la « déconstruction », surligné en rouge sur fond jaune.

Au mépris de la Commission du Vieux Paris qui a demandé il y a un an « un bilan d’étape urgent » dans le secteur car, selon elle, « les démolitions (y) sont beaucoup plus nombreuses que ne le prévoyaient les plans initiaux », c’est-à-dire la Convention publique d’aménagement du 11 juin 2002, cadre légal de l’opération Château Rouge, au mépris donc de ce constat, la société GENIER DEFORGE affiche partout sa volonté irrémédiable de détruire.

Mais détruire, dit-elle, n’est pas très constructif. D’où ce sublime « déconstruction » sur lequel buttent les habitants de la Goutte d’Or à tous les coins de rues. 

Rue Myrha - Double checkpoint Genier Deforge (Photo GC)

Abbau ou l’inconnue des démolisseurs

La déconstruction, nous dit brièvement Wikipédia, est « une méthode, voire une école, de la philosophie contemporaine (…) employée pour décortiquer de nombreux écrits (philosophie, littérature, journaux), afin de révéler leurs décalages et confusions de sens, par le moyen d’une lecture se focalisant sur les postulats sous-entendus et les omissions dévoilées par le texte lui-même ». Le philosophe Jacques Derrida a introduit ce néologisme en français à partir du terme Abbau utilisé par Heidegger pour distinguer la déconstruction de la destruction (Zerstörung), Abbau étant une formation déconstruite (ab-) de construction (Bau) ou construire (bauen).

Or, comme on le devine immédiatement, la déconstruction repose sur le respect de la construction. C’est, à maints égards, l’opposé de la destruction à laquelle GENIER DEFORGE se livre et livre ses victimes, en ce que la déconstruction consiste à étudier comment la chose est bâtie, – la chose étant phrase, mot, idée, concept, bâtiment. La déconstruction se caractérise par une certaine attention aux structures, dit Jacques Derrida lui-même dans Psyché : « En français, le terme « destruction » impliquait trop visiblement une annihilation, une réduction négative plus proche de la « démolition » nietzschéenne, peut-être, que de l’interprétation heideggerienne ou du type de lecture que je proposais. Je l’ai donc écarté. Je me rappelle avoir cherché si ce mot  »déconstruction » (venu à moi de façon apparemment très spontanée) était bien français », se demandait-il.

Mollir ou démolir

Pris à son jeu de langue, le démolisseur n’en apparaît que plus démolisseur lorsqu’il prétend toucher à l’habitat salubre. Une simple recherche sur les sites où les sociétés commerciales déclinent leur identité confirme que GENIER DEFORGE est une démolisseuse.

Elle n’offre que démolitions aux lecteurs de Manageo ou de Verif. On la dit même « Fournisseur de démolition » sur Google, ce qui est presque une invention derridienne : ETABLISSEMENTS GENIER DEFORGE SA : fournisseur de Démolition

Sur le site société.com, on mange le morceau : GENIER DEFORGE y distingue son activité (la démolition) de son nom commercial : la déconstruction. Derrida n’aurait pas osé le penser.

Quant aux images, faites de bulldozers aux mâchoires d’acier, elles sont trash, même si elles semblent être déconstruites sur la toile et youtube quoque mi fili, le fin du fin voulant que la société démolisseuse se cache derrière la construction tout court pour recruter son personnel : venez construire avec GENIER DEFORGE, semble dire la campagne de recrutement du démolisseur.  

Abattage

Dans une conférence du 10 mai 2009, le patron de GENIER DEFORGE mange lui aussi le morceau, lorsqu’il expose que c’est finalement au détriment du terme démolition que sa société parle de déconstruction pour se livrer à l’abattage de ce qui lui est livré (nous rougissons son texte) :

  • « La démolition a connu au cours des dix dernières années de nombreuses évolutions. Celles-ci sont liées en premier lieu à la modification très sensible des structures à démolir : les bâtiments en pierres naturelles avec charpentes en bois, démolis dans les années 1970 à 1980 sont progressivement remplacés par des structures métalliques et bétons conduisant à envisager des procédés de démolition différents.
  • » De même, la complexité des ouvrages rencontrés remet en cause les techniques simples d’abattage : un ouvrage en béton précontraint ou à charpente métallique suspendue nécessite une réflexion technique sur sa tenue en cours de démolition. La prise en compte de la sécurité et des moyens de prévention dans les méthodes est un incontestable progrès de ces changements.
  • » L’homme n’est pas au service d’une technique mais c’est la technique qui s’adapte à l’homme, en intégrant les notions de protections collectives et individuelles et, au-delà, en définissant la méthode autour de la sécurité.
  • » Plus récemment, l’irruption des préoccupations environnementales conduit aujourd’hui à parler de « déconstruction » au détriment du terme démolition : le tri des matériaux de démolition est une réalité dictée autant par l’absence ou le coût prohibitif des exutoires que par le souci des entreprises de concourir à une économie des moyens naturels en valorisant les matériaux déconstruits. Cette voix d’amélioration (sic pour la voix de son maître) reste cependant largement à approfondir face à la multitude des matériaux rencontrés et leur hétérogénéité.
  • » En outre, la profession de déconstructeur a vu progressivement son savoir expérimental et intuitif complété par la réflexion mêlant ingénierie et méthodes. Au cœur de métier, il convient d’ajouter de nouvelles branches d’activités, comme le curage lié à la réhabilitation, ainsi que le traitement des pollutions diverses générées par les matériaux utilisés dans la construction tels l’amiante et le plomb. Mais, la liste n’est pas exhaustive et les investigations menées à l’heure actuelle sur la nocivité des matériaux utilisés dans la construction pourraient bien s’allonger dans les années à venir » (Références et suite).
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