Sauver l’architecture de la Goutte d’Or

Jusqu’ici constitué en collectif de riverains de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson et 2 rue Cavé, CAVE GOUTTE D’OR devient une association ouverte à tous, dont l’objet sera plus largement la préservation de l’architecture de la Goutte d’Or, architecture au sens premier des immeubles qui s’y démolissent et reconstruisent frénétiquement ces mois-ci, au mépris de la Commission du Vieux Paris qui a demandé un temps d’arrêt pour un bilan d’étape urgent, mais aussi architecture au sens de structure et d’agencement, de la charpente humaine et sociale qui survit derrière les façades.

Comme l’architecture d’une pensée, l’architecture d’un texte, l’architecture d’un site internet etc, l’architecture d’un quartier peut s’entendre de ses structures, de ses lignes, de ses composantes, de son temps (passé présent futur).

Que la Goutte d’Or soit actuellement bouleversée dans son paysage urbain est un fait d’architecture au sens strict. Dont les architectes se plaignent avec force : « Trop grande uniformisation de la conception architecturale » ; « architecture mimétique » ; « alignements de façades oppressants » ; « médiocrité la plus achevée » ; « indigence » ; « action brutale lacérant le tissu urbain traditionnel » ; « architecture consternante » (sources : Architectes des Bâtiments de France, Le 18e du mois, Action artistique de la Ville de Paris, Le Monde, citées dans l’article paru dans Paris Historique, juin 2011).

Que ce paysage urbain, fait d’anciennes maisons de village, parfois de baraques de vignes, et d’immeubles faubouriens de la seconde moitié du XIXe siècle côtoyant de belles bâtisses haussmaniennes, soit saccagé par et pour la création de barres de rue, desquelles émergent de trop rares pépites, relève de l’architecture de la Goutte d’Or au sens large et met en cause, en jeu, ses structures sociales et politiques, ses composantes humaines et historiques ; son gabarit, son être même. 

Un social asocial

L’architecture de la Goutte d’Or est ainsi doublement en danger. Au nom du prétendu « logement social », on y enferme les arbres :

54, rue Marx-Dormoy

Récemment « livrés », comme disent les panneaux de chantier, les immeubles à la village Potemkine de la rue Myrha sont tous grillagés, clôturés.

22-24, rue Myrha (juin 2011) 
25, rue Myrha (juin 2011)

Les faces arrières de ces barres de rue sont déjà craquelées. Des immeubles encore inoccupés sont déjà sales.

Rue Myrha, cour intérieure (2011).

Ce social-là est asocial.

À une architecture « médiocre » et « mimétique », s’ajoute une qualité du bâti rendant vieux et délabrés des immeubles encore neufs. L’opération Château Rouge, qui suit l’opération Goutte d’Or Sud, confirme le bilan des trente dernières années, vingt sous une administration de droite (Jacques Chirac à la mairie de Paris / Alain Juppé à la mairie du 18e) et dix sous une administration de gauche (Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, Daniel Vaillant à la mairie du 18e).

L’architecture d’un quartier ne s’y trompe pas : les réalisations des années Delanoë/Vaillant sont comme inspirées de celles des années Chirac-Juppé. Les immeubles livrés en 2011 ressemblent déjà à ceux de 1995, comme s’ils étaient destinés à être bientôt délivrés. L’uniformisation ne serait donc pas que de façades. 

Carrefour Jessaint / Charbonnière / Goutte d’Or / Pierre L’Ermite (1997-2000) Opération Goutte d’Or Sud
 
Rue Myrha (2010-2011) – Opération Château Rouge
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