Culture et propreté

2 mai, la fête à Boris

L'entrée sud de la rue Boris Vian (panorama GCO pour CGO).

Les lecteurs du blog se souviennent que la Ville de Paris et l’État – la gauche et la droite (nous écrivons ce billet le 2 mai 2012) – s’étaient illustrés dans une sérieuse prise de becs concernant la propreté des rues du 18e arrondissement, propreté qui faisait l’objet d’une critique gauche-gauche interne à la Municipalité en place (Voir sur le blog : « Pugilat au CA sur la propreté des rues du 18e »).

Le coup venait en effet du Conseil de quartier de Clignancourt-Jules Joffrin, présidé par la conseillère PS de Paris et du 18e Laurence Goldgrab et, dans un souci de le récupérer, le Conseil d’arrondissement du 30 janvier 2012 avait entrepris d’atténuer les mots qui fâchent, ne réussissant qu’à en souligner la force : par la voix de Madame Goldgrab, le Conseil de quartier avait demandé à et de l’administration en place « une meilleure gestion de (ses) services et personnels » et, en conclusion, après avoir tenté d’écarter tout reproche à la gestion précisément, la même espérait – perfidement ? – que le vœu de son Conseil de quartier puisse  « aider à une meilleure gestion dans ce domaine ».

Daniel Vaillant lui-même avait détourné la responsabilité de la gestion de ses services (telle que la pointait expressément Mme Goldgrab) sur le régime en place à l’Élysée, qui aurait interdit aux collectivités locales de verbaliser les déjections canines à un tarif dissuasif en espérant que, bientôt (suivez son regard), reviendrait la liberté de réprimer les chiens pour incivisme. 

Crotte alors !

À quelques minutes du débat d’entre deux tours des présidentielles 2012, la tentative de digression canine du maire PS du 18e arrondissement de Paris, mandataire national de François Hollande, fait sourire et évoque, à crotte renversée, le joli débat de 1988 et le fameux reproche de Jacques Chirac à François Mitterrand qu’il considérait comme responsable de l’augmentation de la TVA sur la nourriture pour chiens. 

À un niveau beaucoup plus modeste, Cavé Goutte d’Or avait demandé la réhabilitation de la rue Boris Vian et il se trouve que les réponses reçues à ce jour illustrent le différend Ville-État avec, comme ligne de démarcation, la propreté et la culture, la Ville répondant à la question posée par Cavé Goutte d’Or d’abord sur le terrain de la propreté, l’État répondant d’abord sur le terrain de la culture.

Des butons préventifs dans le ciel de Boris Vian (photo OR pour CGO).

Avaient en effet été interpellés : Monsieur Frédéric Mitterrand en qualité de ministre de la Culture, Monsieur Christophe Girard en qualité d’adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, Madame Carine Rolland, l’homologue de MM. Mitterrand et Girard auprès du maire du 18e arrondissement. Monsieur François Dagnaud, adjoint de Bertrand Delanoë à la Propreté, avait également reçu la demande de Cavé Goutte d’Or.

« C’est pas nous »

À l’exception de Carine Rolland, qui s’est néanmoins fendue d’un message téléphonique sur le répondeur de Cavé Goutte d’Or pour dire qu’elle avait transmis le bébé à son collègue Félix Beppo, chargé de l’Espace public (voirie et propreté), qui lui-même n’a pas répondu à ce jour, tout le monde a pris la peine de répondre très aimablement par écrit.

Le Cabinet de Frédéric Mitterrand a bien reçu une « demande de réhabilitation de la rue Boris Vian » qu’il a transmis à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France, au nom de laquelle Monsieur Jean-Marc Blanchecotte, chef du service territorial de l’architecture et du patrimoine de Paris, architecte des Bâtiments de France, a accusé réception de ce qui, sous sa plume, était devenue une communication sur « l’état de délabrement, de saleté et d’abandon dans lequel se trouve la rue Boris Vian à Paris, 18e arrondissement » qui – « après examen des éléments du dossier » – devait en conséquence relever non de l’État mais de la Ville.

Et Monsieur Blanchecotte de transmettre le dossier au service d’Urbanisme de la Ville de Paris, via Monsieur Denis Caillet, sous-directeur du permis de construire et du paysage de la rue.

Le paysage de la rue dans l’impasse

La demande de Cavé Goutte d’Or, évoquant « un affront à la mémoire de Boris Vian », se trouve ainsi reléguée – littéralement reléguée – aux divers services de l’Urbanisme, principaux responsables de l’état de décrépitude du quartier dès lors que ce sont eux qui autorisent les démolitions non nécessaires et eux qui donnent leur blancs-seings à des permis de construire des immeubles comme celui dans lequel a pris place la rue Boris Vian.

Car, comme il est bien souligné dans la demande de réhabilitation présentée par Cavé Goutte d’Or, la rue Boris Vian est une des premières victimes de l’opération Goutte d’Or sud, créée sous le nom de code AS/18 par arrêté municipal du 30 novembre 1992 au cœur d’un des bâtiment les plus horribles de l’opération croisant les terribles barres Thurnauer.

Pas bégueules, l'OPAC et l'architecte signent.

Au plan municipal, Christophe Girard se dit attentif autant à « l’entretien de la rue Boris Vian qu’à la situation précaire dans laquelle se trouvent les sans abris qui campent à proximité ». Il met l’accent sur la solidarité davantage que sur la propreté, ce qui semble indiquer qu’il s’est arrêté au clin d’œil de Cavé Goutte d’Or suggérant que « Boris Vian se serait volontiers fait le porte parole des sans abris » même s’il ignorait qu’un jour la Bibliothèque Fleury-Goutte d’Or sur laquelle donnent ses malheureux escaliers serait entièrement vidée de ses livres, les siens y compris, et aurait – de ce fait – pu accueillir tous les sans abris de Paris durant les frimas de l’hiver 2012.

Reflet des escaliers Boris Vian dans la bilbiothèque Fleury-Goutte d'Or vide (photo OR pour CGO).

François Dagnaud, pour sa part, prend connaissance de nos observations avec intérêt et y répond par le menu : « 400 sanisettes gratuites et 30.000 corbeilles de rue bientôt munies de cendriers sont à disposition des usagers de l’espace public », écrit-il.

Plus sournoisement, le responsable de la propreté de la Ville de Paris dit « comprendre (nos) interrogations sur le campement installé par les SDF dans la rue Boris Vian » quand Cavé Goutte d’Or ne s’est nullement interrogé et n’a surtout nullement interrogé les responsables politiques interpellés sur la question des sans abris – qui font au demeurant le meilleur usage possible des galeries Thurnauer (et non de la rue Boris Vian) – autrement que pour évoquer ironiquement le soutien que n’aurait pas manqué de leur apporter l’auteur de l’Arrache-cœur s’il avait su que sa rue devait un jour les abriter sous le regard passif des adjoints aux maires de Paris et du 18e qui passent régulièrement sous les célèbres arcades Thurnauer de la rue de la Goutte d’Or.

Du nénuphar à vos crayons

Le docteur en pataphysique qu’était Boris Vian aurait ironisé à son tour sur ces réponses à la Jean-Sol Parte (« L’enfer, c’est les autres ») et, une fois chanté encore le déserteur avec les paroles que lui suggère sa rue (voir sur le blog : «Monsieur Delanoë, je vous fais une lettre…») serait parti vers de nouvelles aventures.


Cavé Goutte d’Or en fait de même, et lance un concours de réhabilitation de la rue Boris Vian auprès de ses lecteurs, des habitants du quartier et de toutes les personnes qui souhaitent apporter leur contribution à la transformation de cet espace.

Les projets, dessins, croquis, illustrations ou textes seront présentés publiquement dans un peu plus d’un mois à l’occasion du premier anniversaire du blog, le 9 juin 2012 (rendez-vous peu avant sur le blog). Un jury sera ensuite invité à choisir le meilleur projet qui sera proposé aux aménageurs.

Contact et participation au concours : cavegouttedor@gmail.com.

Escaliers Boris Vian (détail).

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Sous-sol

Un archéologue pop tire les ficelles des nombreuses carrières de la Goutte d’Or

Martin Mc Nulty, Dreamtime (photo Aurélie Coudière)

Cela devait arriver : à force d’évoquer les « nombreuses carrières » dont la SEMAVIP fait mensongèrement état dans ses demandes de permis de démolir (25 Stephenson, 7 Myrha, 4 Léon), la Goutte d’Or a attiré les archéologues et géologues du monde entier.

Cavé Goutte d’Or s’était déjà largement fait l’écho de l’expertise géologique GINGER confirmant que l’îlot Cavé/Stephenson/Myrha/Affre était absolument exempt de toute trace d’anciennes carrières quand la patronne de la SEMAVIP le disait exsangue au contraire en raison de « la présence de nombreuses carrières » qui l’affaiblissaient. À l’automne passé, le collectif était également intervenu auprès du Conservateur régional de l’Archéologie afin de demander une enquête sur les fouilles de la SEMAVIP dans le quartier (lien) et l’association se félicite aujourd’hui d’avoir dans son Conseil scientifique et technique le titulaire de la chaire de Géologie au CNAM.

C’est dire qu’on se réjouit, sur ce blog, de voir un « archéologue et géologue praticien d’une géologie pop », comme le présente l’écrivain Joy Sorman, révéler « des fragments de matière polis, lisses, bruts, rugueux, brillants, laqués, sophistiqués et pauvres (…) comme de nouvelles séquences ADN  ». 

Tohu bohu

Après Martin Parr, qui a fait le tabac que l’on sait à l’ICI, l’un des quatre « lieux ressources » sélectionnés par la Ville de Paris et la Mairie du 18e pour présenter la culture de la Ville de Paris et de la Mairie du 18e dans la Goutte d’Or, un autre Martin, Martin Mc Nulty, en dévoile une face encore plus cachée que les portraits convenus de Martin Parr : rien moins que le tohu bohu du futur à en croire Joy Sorman qui, dans un enthousiasme de fin du monde, présente le travail de Mc Nulty sur le site de la Galerie 6bis, dans le onzième arrondissement de Paris : « C’est le big bang qui recommence, un nouveau temps zéro pour l’univers en dilatation. Une explosion de couleurs qui nous tombent sur la tête aussi sûrement que le ciel, sans doute, un jour. Si ce n’est la création du monde, c’est alors sa fin ; et cette fin est si éblouissante que je l’appelle de mes vœux ».

Y a pas l’feu au lac

En attendant la fin du monde appelée des vœux de Sorman, mais en avant première quand même de l’exposition organisée à la Galerie 6bis du 3 au 7 mai 2012,  c’est en Suisse, à la Fondation Louis Moret, dans la ville carrefour de Martigny secrètement jumelée avec le quartier monde de la Goutte d’Or, qu’est inaugurée, ce week-end, l’exposition Dreamtime. 

Autre jumelage secret : la très éblouie Joy Sorman, qui présente le travail de Martin Mc Nulty, nous a déjà donné, après Boys boys boys (prix de Flore 2005), L’inhabitable, livre de commande à la gloire de la SIEMP, une des sociétés démolisseuses de la Ville de Paris, rédigé avec l’architecte Éric Lapierre dont – sans la lui jeter – la revue Criticat a aimablement évoqué la contribution à L’inhabitable sous le titre « la voix de son maire » (voir « Urbanisme fin de siècle » dans Criticat, « L’inhabitable rase » sur le site D-Fiction et « Verrouillage » sur notre blog).

Lapierre dans son jardin

Ancien disciple de Jacques Lucan, sur les travaux duquel nous reviendrons (voir notamment la formation et la transformation du Paris des faubourgs qu’il a dirigé),  aujourd’hui proche de la Mairie centrale et de son Pavillon de l’Arsenal, Éric Lapierre tente néanmoins de ralentir la frénésie de démolition de ses éditeurs en rappelant – sur le propre site de la Ville de Paris, ce qui est le comble du « cause toujours ! » en vigueur chez Delanoë et Hidalgo - que « si les formes faubouriennes du XIXe siècle venaient à être supprimées, ce serait une disparition définitive : la fabrique contemporaine de la ville ne conduit plus à la constitution de telles formes, ce qui donne naturellement une valeur patrimoniale à ces secteurs ». Ces secteurs sont notamment, dans l’analyse qu’en propose Éric Lapierre, les quartiers Est de la Ville de Paris  que l’Administration Delanoë a livrés à ses SEM (sociétés d’économie mixte) pour les démolir, toute « valeur patrimoniale » bue (Voir « 35 projets pour aménager Paris »).

Considérant la marque du Second Empire dans les quartiers de la Goutte d’Or et de Château Rouge, et sachant que, selon le même document de la mairie de Paris, « l’objectif premier du projet Château Rouge est d’améliorer le confort et la qualité des logements en privilégiant la réhabilitation, afin de préserver les indéniables qualités de ce paysage typique des faubourgs ordinaires de Paris », on cherche encore, dans le secteur, la trace de « la priorité donnée à la réhabilitation sur la construction neuve, (qui) traduit la volonté de conserver la morphologie et l’ambiance du quartier », telle qu’elle est consignée également dans le document de la mairie.

Talus bahut

Avant de revenir sur les travaux de Sorman et Lapierre en matière de logements parisiens, et de nous promener dans les rêves de l’archéologue géologue Mc Nulty, laissons le lecteur rêver un instant au monde futur qu’offre au malheureux présent l’aimable association Goutte Verte sur les ci-devant terres de la SEMAVIP du 4 rue Cavé, devenues laboratoire d’esthétique urbaine.

Jardin mobile du 4 rue Cavé

Jardin mobile, détail (avril 2012).

Les méchantes langues ignorent que le Palais de Tokyo convoite les expériences des jardins nomades de la Goutte d’Or pour ses collections d’art contemporain, en concurrence semble-t-il avec la Fondation universelle des Amis d’Hundertwasser qui voudrait construire un monde meilleur (ou le meilleur des mondes tant qu’à faire) autour des baraquements de la Goutte Verte. 

« Vite, est-il d’autres vies », criait déjà Rimbaud qui s’y connaissait en couleurs, en colères et ivresses pénitentes (Mauvais sang, Une saison en enfer et Voyelles).

Hundertwasser (Gaby Schrott, redbubble.com)

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J-6

La Goutte d’Or, terre d’élection ?

Après Jean-Luc Mélenchon, venu ébranler l’habitat salubre et, d’une chiquenaude, emporter dans son meeting de la Bastille les colonnes Thurnauer, symboles de la Goutte d’Or jospino-chiraquienne des années 1980-2000 (voir sur le blog : « Cohabitation précoce à la Goutte d’Or ») ; après Benoîst Apparu, ministre du Logement venu écouter les habitants au Grillotin – « plus de 200 personnes dont de nombreux responsables associatifs du 18° liés au logement et à l’habitat en règle générale », indique le staff de Mme Decorte en nous invitant à le faire savoir - précisant que « toutes et tous ont pu au moins exposer leur point de vue et des rendez-vous ont d’ailleurs immédiatement été pris avec son cabinet » (voir sur le blog : « Apparu au Grillotin ») ; après Valérie Pécresse, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’État, porte-parole du gouvernement, et présidente du groupe UMP au conseil régional d’Ile-de-France, venue également soutenir de tous ses titres sa copine Roxane et animer un dîner-débat au restaurant les Routiers de la rue Marx Dormoy ; après Roselyne Bachelot invitée par Roxane Decorte encore et au Grillotin encore, avant David Douillet ce soir, force est de noter que la Goutte d’Or est en campagne.

L’UMP surtout, si l’on considère que Mélenchon a en réalité été précédé de sa réputation par des Gouttedoriens un peu rêveurs.

Le PS y étant au pouvoir depuis longtemps (à la Goutte d’Or), les déplacements de grosses pointures de gauche ont été moins visibles, peu invitées par le maire du 18e arrondissement, Daniel Vaillant, lui même d’une certaine pointure puisqu’il occupe les fonctions de «mandataire national» de François Hollande, pour y venir soutenir la politique ravageuse qu’il y mène.

« Rendez-nous Martine Aubry ! »

S’il avait parcouru le boulevard d’Ornano lors des primaires, la Goutte d’Or elle-même étant alors terre d’élection de Martine Aubry, François Hollande ne s’est pas arrêté dans cette zone sensible de trente ans lors de son récent marathon des quartiers difficiles qui ceinturent Paris.

C’est d’Aulnay-sous-bois qu’il a dénoncé le déséquilibre entre les communes construisant tous les logements sociaux et celles qui n’en construisent aucun : « Je refuse que ce soit toujours dans les mêmes communes que l’on construise les logements sociaux, quand tant d’autres s’exonèrent de toute obligation en matière de construction de logements », a lancé en effet le candidat de la gauche lambda dans son discours d’Aulnay (voir sur le blog : « François Hollande dénonce la concentration de logements sociaux dans la Goutte d’Or » et, sur le site du PS : le discours d’Aulnay).

Pour faire bonne mesure, Hollande a encore proposé de supprimer les ZUS, ou en tout cas le mot ZUS pour « zones urbaines sensibles », qualifiant certaines banlieues et quartiers, – dont la Goutte d’Or, donc ; depuis trente ans, donc.

Supprimer la Goutte d’Or serait par trop radical, surtout quand on observe qu’elle a donné au PS et à la France – depuis trente ans aussi (les mêmes trente ans) - quatre hommes politiques d’envergure nationale, au demeurant connus sous le nom de « bande des quatre » : Lionel Jospin (ancien ministre, ancien premier ministre et ancien candidat à la présidence de la République), Claude Estier (ancien ministre, sénateur), Daniel Vaillant (ancien ministre, député de la circonscription, maire du 18e arrondissement), Bertrand Delanoë (ancien sénateur, maire de Paris).

13 rue Cavé (1986, Collection privée)

*

Suppression des ZUS : Rébellion à Montbéliard

Supprimer les ZUS se révèle par ailleurs peu bénéficiaire à la famille, si l’on en croit ce correspondant de Montbéliard (Cavé Goutte d’Or est lu loin) qui s’inquiète de l’avenir de La Petite Hollande, ZUS locale à laquelle les communiquants du PS n’auront pas pensé.

ZUS Petite Hollande, Montbéliard, 8792 habitants en 2006

ZUS Petite Hollande bis (crédit image : www.insee.fr 16 avril 2012).

Thèmes de campagne, moi non plus

Logements, logements sociaux, ZUS… Thèmes de campagne peu abordés, assurent le DAL et Jeudi Noir, qui occupent symoliquement une clinique désaffectée dans le 18e arrondissement au lendemain des banlieues tours organisés par «les candidats principaux», pour le dire comme les principaux médias ; thèmes de campagne abordés à son rythme par Cavé Goutte d’Or, qui reprend cette semaine les divers angles d’études déjà proposés au fil de bientôt un an de blog : la discrimination entre patrimoine protégé et patrimoine saccagé selon le « type de population » à loger, pour reprendre l’expression de la Mairie du 18e ; le non respect de la Loi SRU en amont et en aval (en refusant les 20% et en les dépassant) ; la concentration illégale ; l’égalité des citoyens devant la loi et la charge publique, principe constitutionnel issu de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (voir sur le blog : « Pas SRU s’abstenir »). 

La face cachée des Journées du patrimoine 2012

Nous avons déjà dit que le thème des Journées européennes du patrimoine 2012 – « les patrimoines cachés » - était comme fait pour la Goutte d’Or. Nous y reviendrons pour présenter le programme de notre participation à ces journées, des 15 et 16 septembre 2012. 

Juste un mot, qui nous est imposé par l’actualité électorale. Depuis plusieurs semaines, les rédactions parisiennes se demandaient pourquoi le ministère de la Culture de Nicolas Sarkozy avait choisi in extremis « Les patrimoines cachés » comme thème des Journées.

Ce serait parce qu’« il n’y a pas de Hollande caché », a expliqué à Libération le 7 avril 2012 la compagne du candidat : 

Valérie Trierweiler : « Il n'y a pas de Hollande caché » (Photo Florent Dupuy, SIPA)

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Zones sensibles

François Hollande : « Pas de ghetto dans la République que je veux »

« Dans la République que je veux, je refuse qu’il y ait du ghetto — du ghetto pour les riches et du ghetto pour les pauvres. Je veux de la mixité, je veux de l’échange, je veux du partage. Et la promesse républicaine que je vous adresse, c’est d’offrir un logement digne et abordable à chacun. »   

Loin d’être un concept tabou, le mot ghetto est pris de front par le candidat socialiste dans son discours d’Aulnay-sous-bois, et c’est tant mieux (voir sur le blog : « François Hollande dénonce la concentration de logements sociaux dans la Goutte d’Or »).

Le « risque de ghettoïsation » est en effet au centre des préoccupations en la matière, telles qu’elles sont émises, tant par les responsables politiques de gauche et de droite que par des experts et universitaires de renom, comme en témoigne l’extrait de la demande d’audit sur le logement présentée en mars 2011 par Cavé Goutte d’Or au premier ministre François Fillon et au maire de Paris Bertrand Delanoë (Lire la suite en page Études).

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Le discours d’Aulnay

François Hollande dénonce la concentration de logements sociaux dans la Goutte d’Or

« Je refuse que ce soit toujours dans les mêmes communes que l’on construise les logements sociaux, quand tant d’autres s’exonèrent de toute obligation en matière de construction de logements », a lancé François Hollande dans son discours d’Aulnay

Le candidat PS aurait ainsi dû se réfugier à Aulnay-sous-bois pour mettre à l’index la politique du logement menée par Daniel Vaillant et ses adjoints, qui concentrent les logements sociaux du 18e arrondissement de Paris dans la Goutte d’Or et favorisent, au grand jour et au grand dam d’un quartier longtemps populaire, la discrimination entre « types de populations ® ».

Ne pas oser dénoncer Daniel Vaillant sur ses terres est dire combien Barbès et la Goutte d’Or font peur, même aux puissants, puissants sortants ou puissants impétrants.

Pas de quartier pour ce « type de population ® ».

On sait en effet que l’adjoint à l’Urbanisme et au Logement du 18e arrondissement, M. Michel Neyreneuf (photo), explique la construction des terribles barres d’immeubles des rues de la Goutte d’Or et des Gardes par le fait que « la réhabilitation, on sait faire, mais ce n’est pas pour le type de population » qu’on doit y loger. D’où la destruction acceptée, planifiée, de ce vieux quartier (vidéo pour mémoire).

On sait aussi que son collègue aux Transports et aux Déplacements, M. Dominique Lamy (photo), distingue pour sa part entre « deux types de populations » qui s’y « affronteraient » : les populations du Sud, d’une part, qui ont connu les logements insalubres d’avant et applaudissent aux terribles barres d’immeubles nées de l’alliance entre Jacques Chirac, alors maire de Paris, et Lionel Jospin, alors conseiller du 18e arrondissement et député de la 19e circonscription de Paris (voir « Cohabitation précoce à la Goutte d’Or »), et celles du Nord d’autre part, qui auraient échappé à l’opération Chirac-Jospin, dite Goutte d’Or Sud, et se verraient aujourd’hui rattrapées par la plus violente encore opération Delanoë-Vaillant, dite de Château Rouge (vidéo pour mémoire). 

Les habitants du Nord — venus d’on ne sait où, semble dire Lamy qui, sans les définir, les stigmatise comme « extérieurs au quartier » et ne sachant pas comment y vivre — n’auraient peut-être découvert que ce que François Hollande dénonce comme un ghetto.

Car Hollande n’a pas peur d’utiliser le mot que tant de sociologues ont utilisé avant lui pour dénoncer la politique de la gauche au pouvoir dans le 18e depuis 1995 : « Dans la République que je veux, je refuse qu’il y ait du ghetto — du ghetto pour les riches et du ghetto pour les pauvres », dit-il dans son discours d’Aulnay.

Types de populations, démission !

À bons entendeurs, dans la République que veut François Hollande, il n’y aura donc pas de place pour Daniel Vaillant et ses adjoints aux divers « types de populations ® ».

Ceux-ci ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Hollande a été placé immédiatement sous grilles. Au siège de Daniel Vaillant en effet, à un jet de pierre du siège de Cavé Goutte d’Or, François Hollande a remplacé la rose au poing sous la grille des sympathiques vitrines du maître des lieux.

Permanence de Daniel Vaillant rue Cavé (Photo CGO avril 2012).

Le candidat de la gauche lambda n’avait pourtant pas négligé les tentatives de le faire, le siège de Daniel Vaillant, en installant des échafaudages parfaitement inutiles pour quelques réparations en toiture.

Photo CGO, mars 2012

Mais rien n’y fit, le maire du 18e, qui a gardé de son passage place Beauvau les grilles des cars de CRS pour en tapisser toutes les vitrines du 13 rue Cavé, a ôté le portrait de François Hollande en surplomb (photo ci-dessus) pour le mettre sous grille.

Où la rose, déjà, dans la Goutte d’Or, était enfermée (ci-dessous). 

Photo GC, août 2011.

Avertissement

Un avertissement en guise de conclusion à ce billet : François Hollande n’a pas directement visé la Goutte d’Or dans son propos d’Aulnay-sous-bois, et Daniel Vaillant peut continuer de démolir Château Rouge. C’est à Neuilly que le candidat entrant pensait et voulait faire penser.

On reprend : « Je refuse que ce soit toujours dans les mêmes communes que l’on construise les logements sociaux, quand tant d’autres s’exonèrent de toute obligation en matière de construction de logements. »

La phrase citée en tête de notre billet est donc rigoureusement la même que celle du discours. La suite aussi d’ailleurs, mais en raison d’une césure syntaxique mal faite, elle renverse le propos : « Vous connaissez ces communes ! Vous connaissez les maires qui les dirigent ! », lance François Hollande à la foule d’Aulnay-sous-bois, dont il présume qu’elle les connaît en effet.  

Grammaticalement, « ces communes » renvoie à « Je refuse que ce soit toujours dans les mêmes communes que l’on construise (…) », seul endroit de la phrase où se trouve le mot, et non à « quand tant d’autres s’exonèrent … » ; donc aux communes pro-logements sociaux, communes qu’il faut décharger pour répartir la charge publique, et non aux communes anti-logements sociaux, communes asociales qui, au lendemain du 6 mai, vont voir ce qu’elles vont voir : « Si au lendemain de ce beau dimanche du 6 mai vous m’avez confié la présidence de la République, je demanderai que, dans ces communes, il y ait le respect de l’obligation de construire 25% de logements sociaux », obligation à venir puisque aussi bien c’est le respect de construire 20% de logements sociaux qui est aujourd’hui en cause (voir notre article : « Pas SRU s’abstenir »).

Dans le brouhaha du discours, le tohu-bohu ferait fi de la grammaire, qui pourtant dirige le monde : « Ces communes » devenaient les méchantes communes et « Vous connaissez les maires qui les dirigent ! » un signe de ralliement désignant à la vindicte du public les méchants maire anti-logements sociaux.

Mieux en le disant

« Je vous entends demander des HLM à Neuilly… », poursuivait d’ailleurs François Hollande. « Neuilly-sur-Seine, pas Neuilly-sur-Marne », plaisantait-il, sa mère, avant de conclure sur le ghetto : « Dans la République que je veux, je refuse qu’il y ait du ghetto — du ghetto pour les riches et du ghetto pour les pauvres. Je veux de la mixité, je veux de l’échange, je veux du partage. Et la promesse républicaine que je vous adresse, c’est d’offrir un logement digne et abordable à chacun. »

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25 % de logements sociaux

Pas SRU s’abstenir

Échafaudage de luxe sur l'Île de la Cité (Photo CGO, février 2012).

On a vu que François Hollande distinguait les communes qui construisent tous les logements sociaux, quand d’autres n’en construisent aucun, et promettait aux secondes des lendemains de 6 mai qui déchantent (voir sur le blog « François Hollande dénonce la concentration de logements sociaux à la Goutte d’Or » et, sur le site du PS, son discours d’Aulnay).

« Si au lendemain de ce beau dimanche du 6 mai vous m’avez confié la présidence de la République, je demanderai que, dans ces communes, il y ait le respect de l’obligation de construire 25% de logements sociaux ».

Ce dire repose sur l’idée que les communes de gauche respectent plus la loi des quota de logements sociaux que les communes de droite et nous permet de faire le point sur le chiffre de 20% de logements sociaux par commune, que l’on voudrait voir passer à 25 sous la pression de la crise au demeurant récurrente du logement, qui déjà avait institué le premier chiffre au fil de lois successives toutes aussi déclaratoires les unes que les autres.

Or, la loi SRU et plus précisément les dispositions du Code de la construction et de l’habitation qui en sont issues (et qu’il faudra avoir changées pour faire passer de 20 à 25% la proportion de logements sociaux par commune) n’entraînent pas naturellement un tel manichéisme.  

Ravalement de gauche ou ravalement de droite ? (Photo CGO, février 2012).

La loi est égale pour tous, et dans son aveuglément, elle ne considère pas le dépassement des 20% fixés comme plus respectueux de ses dispositions que le refus de tendre à ce chiffre. Le mémoire présenté en mars 2011 par Cavé Goutte d’Or à MM. Fillon et Delanoë, respectivement premier ministre et maire de Paris, à l’appui d’une demande d’audit sur la question du logement, posait déjà cette question dans les termes que nous reprenons ici (lien pour le mémoire complet)

L’objectif de mixité sociale

En son célèbre article 55, la Loi SRU vise la mixité sociale dans l’habitat urbain. Si la loi contient de nombreuses autres dispositions, touchant notamment au droit de l’urbanisme ou au droit de la copropriété, cet article pose un objectif social tel que le journal Libération enthousiaste le saluait comme « une disposition très populaire, élevée au rang de mythe républicain ». À l’en croire, la loi SRU était de gauche et la droite n’avait pas réussi à démolir le mythe des 20% (voir « Comment la ‘‘loi HLM’’ a survécu à la droite », Libération du 13 février 2006).

La réalité est plus complexe. La mixité sociale (objet) doit être atteinte par la mise en place d’une solidarité intercommunale (moyen). La solidarité que vise le S de SRU n’est pas tant la solidarité des personnes entre elles que « la solidarité de la nation », comme le posait déjà solennellement l’article 1er de la Loi du 31 mai 1990 visant à « la mise en œuvre du droit au logement » : « Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation », assurait en effet en ouverture la Loi Besson, du nom de Louis Besson, ministre du Logement du gouvernement Rocard ; « Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’existence, a droit à une aide de la collectivité (…) ».

De cette loi et de celle du 6 juillet 1989 qui régit les rapports locatifs, naît le Fonds de solidarité pour le logement. Au fil des lois adoptées pour le garantir, le logement social est ainsi naturellement empreint de solidarité, une solidarité que, sans pléonasme, on désigne nationale, sociale, économique.

La solidarité de la Loi SRU est, elle, de nature plus strictement politique. Le titre premier de la loi, qui régit la « cohérence des politiques urbaines et territoriales », fait appel à la solidarité intercommunale, la solidarité des communes entre elles. L’objectif du législateur est que chaque commune individuellement tende à offrir 20% de logements sociaux sur vingt ans, de façon à « favoriser la mixité sociale en assurant entre les communes une répartition équilibrée et diversifiée de l’offre de logements » (art. L.302-8 du Code de l’urbanisme issu de l’art. 55 dela Loi SRU).

À Paris, Lyon et Marseille, l’objectif intercommunal de la Loi SRU vaut entre arrondissements dans les mêmes termes : « favoriser la mixité sociale en assurant entre les arrondissements une répartition équilibrée et diversifiée de l’offre de logements ».

Les trois obligations de la Loi SRU

Une lecture attentive de l’objet de la Loi SRU permet de dégager trois violations possibles de cette loi :

  • la première, la plus visible, consiste à ne pas tendre vers le quota de 20% de logements sociaux par commune ou par arrondissement ;
  • la deuxième consiste à dépasser ce quota dans une mesure telle qu’elle annihile l’objet de mixité sociale contenu dans la loi ;
  • la troisième, à ne pas respecter ce même objectif à l’intérieur de chaque commune ou arrondissement en concentrant le quota sur un seul quartier, une seule rue.

Il y a violation de la Loi SRU, en effet, tant pour les municipalités qui, volontairement, ne tendent pas à atteindre le quota de 20%, que pour celles qui, volontairement, dépassent ce quota, notamment en ce que les secondes permettent aux premières de demeurer dans l’illégalité.

L’actuel ministre en charge du logement, M. Benoist Apparu (photo), a ainsi eu l’occasion de confirmer, lors du débat organisé en 2010 à l’Assemblée nationale pour les dix ans de la Loi SRU, que « les communes qui comptent 50%, 60%, 70% de logements sociaux ne respectent pas le principe de mixité sociale ».

Si l’on peut comprendre l’élan de certains élus qui désignent comme « maires délinquants » ceux qui ne respectent pas les 20% de la Loi SRU, certains proposant une peine d’inéligibilité à leur encontre (par exemple José Bové, Le Monde, 1er mars 2007 ; Jack Lang, Le Figaro, 20 novembre 2007 ; Ian Brossat, Médiapart, 2 février 2011), un même élan doit conduire à freiner les maires qui dépassent le quota fixé et qui, si l’on devait parler de « délinquance » pour les premiers (donc de délit), se rendraient coupables d’une forme de recel, en inversant le sens quela Loi SRU entend donner à « solidarité ».

L’objectif ambitieux et a priori généreux du Parti socialiste de « construire massivement des logements sociaux, des logements à prix abordables et répondant à la diversité des besoins», présenté dans son Appel pour une autre politique du logement, du 16 février 2011, ne remplit pas forcément l’objectif de mixité fixé par la lettre de la loi, objectif manifestement non accessible par les seules forces de l’esprit, comme le suggère le même appel qui « s’engage à imposer 1/3 de logements sociaux (33% contre 20 actuellement, NDLR) dans chaque nouveau projet de construction d’une certaine taille et concevoir tout nouveau projet d’urbanisme dans un esprit de mixité sociale (locatif social, accession sociale, secteur privé) ».

Le respect de la Loi SRU à Paris…

L'Hôtel de Ville de Paris (DR).

La Ville de Paris ne respecte pas la Loi SRU en consacrant ou tendant à consacrer 20% de son parc locatif aux logements sociaux si elle ne prend pas garde à la répartition entre ses arrondissements.

Or, en l’espèce, selon les recensions établies par les autorités chargées de faire rapport sur la question (art. L.302-6), les taux de logements varient en 2007 de 1,25% – 2,46% pour les 7e et 16e arrondissements à 31,45 – 35,20% pour les 13e et 19e arrondissements (lien).

… et dans le 18e

Le 18e arrondissement dans lequel se situe la Goutte d’Or atteignait, selon les statistiques communiquées par la Mairie, 17,93% en 2006, 18,22% en 2007, 19,70% en 2008, 20% en 2009 selon le maire de l’arrondissement, Daniel Vaillant, qui assurait, à mi-2009 : « Nous atteindrons cette année le seuil des 20%, et mon objectif est que le 18e parvienne à 25% de logements sociaux d’ici à 2014 » (18 ensemble, journal d’information de la Mairie du 18e arrondissement, juin 2009, p. 3).

Dans une formulation ambiguë, la dernière livraison de ce journal assure fièrement que « l’arrondissement vient de dépasser le seuil des 20% de logements sociaux inscrit dans la loi SRU » (18 ensemble, avril 2012, p. 6). Le mot « seuil » implique un passage qui voudrait que, dans la loi elle-même, le chiffre de 20 %e soit un minimum. Il n’en est rien : la loi contient au contraire le mot « atteindre » : selon l’article L302-8 du Code de la construction et de l’habitation issu de l’article 55 de la Loi SRU, « le conseil municipal définit un objectif de réalisation de logements locatifs sociaux qui ne peut être inférieur au nombre de logements locatifs sociaux nécessaires pour atteindre 20 % (nous soulignons) du total des résidences principales ».

Objectif ou seuil, le taux de 20% est calculé sur la base d’une réflexion solide devant favoriser la mixité sociale et le maire du 18e arrondissement ne respecte donc pas davantage la Loi SRU en proposant de pousser le quota de son arrondissement jusqu’à 25% qu’il ne la respecte en concentrant, à l’instar de la capitale, l’offre de logement social sur l’Est de son territoire, dont certaines parties (rues, îlots) atteignent 70%.

Contrairement, en effet, à l’affirmation de Daniel Vaillant (photo) dans les articles précités de son journal, qui assortissent son objectif d’atteindre 25% de logements sociaux en 2014 à l’assurance que « les programmes de construction sont répartis sur l’ensemble des quartiers du 18e », le 18e arrondissement reproduit le déséquilibre parisien, jusqu’à respecter la ligne Est-Ouest de la capitale. Si l’on considère l’une des dernières opérations officiellement recensées en la matière lors du dépôt de la demande d’audit (mars 2011), la répartition de 972 logements sociaux en 2008 y est de 15% à l’ouest (Butte Montmartre, flancs sud et ouest de la butte, quartier des Abbesses) et 85% à l’est (Goutte d’Or, Château Rouge,La Chapelle, Porte de Clignancourt), le secteur Château Rouge-La Chapelle absorbant 45% de l’arrondissement.

Hors statistique précise, non encore communiquées, le carré constitué par les rues Ordener/Poisonniers/Goutte d’Or-Jessaint/Stephenson offre pour sa part jusqu’à 70% de logements sociaux par rue, notamment dans les rues Myrha et Émile Duployé (Annexe 2.3), cela à l’instar de la concentration pratiquée sur les rues de la Goutte d’Or, de Chartres ou des Gardes lors de la précédente opération dite « Goutte d’Or sud ».

Solidarité dans la ségrégation

Dans l’audit proposé par Cavé Goutte d’Or, qu’il faudra bien faire nous-mêmes puisque Monsieur Delanoë la snobe et que Monsieur Apparu n’a pas répondu à la mission que lui avait confiée sur ce point Monsieur Fillon, dans cet audit donc, il conviendra de mettre en relation « l’effet de ghetto social » évoqué par plusieurs acteurs, observateurs et experts universitaires (voir pages 9 à 11 de la demande d’audit et notes), d’une part, l’objectif de « mixité sociale » voulu par la Loi SRU et affiché par les politiques qui la citent, d’autre part.

Si les critères dégagés pour son établissement par le législateur devaient indiquer que le chiffre de 20% de logements sociaux (le cas échéant 25% après intervention législative) était destiné à obtenir la « mixité sociale » dans une relation fins/moyens, il convenait en effet de déterminer l’adéquation des moyens donnés par la Loi SRU aux fins du législateur et, si cette adéquation se révélait correcte ou réaliste, l’incidence du dépassement du chiffre de 20-25% (rupture de moyens) dans l’effet obtenu (absence de mixité sociale).

Que « l’effet de ghetto social » (voir par exemple les trois photographies en couleurs qui semblent néanmoins être en noir et blanc en page 6 de la dernière livraison du journal de Daniel Vaillant) soit dénoncé comme réalisé par les observateurs et universitaires, ou qu’il soit présenté comme un risque, l’audit devait tenter d’en étudier les conséquences sur l’intégration et l’éducation. Si l’audit devait établir ou confirmer un lien entre concentration de logements sociaux et ségrégation sociale, les experts seraient  invités à vérifier, en prolongation des travaux d’Hughes Lagrange notamment, l’allégation de « ségrégation scolaire » dans la Goutte d’Or, et les conséquences de cette ségrégation sur l’objectif de mixité de l’article 55 de la Loi SRU.

Dans la même perspective de vérifier l’adéquation des fins et des moyens de l’article 55 de la Loi SRU, l’audit devait examiner la pratique de concentration de logements sociaux en un seul secteur (ici la Goutte d’Or et Château Rouge) et, dans ces seuls secteurs, en un seul îlot (l’îlot Goutte d’Or/Chartre/Gardes ou l’îlot Myrha/Léon/Laghouat) afin de mieux étudier  l’argument selon lequel « logements sociaux » impliquerait « problèmes sociaux ». Le collège d’experts devait poser la question des éventuelles incidences de la concentration de logements sociaux dans une zone limitée sur ce qu’il est convenu d’appeler « problèmes sociaux ».

Inégalité devant la loi

En imposant à ses quartiers Est jusqu’à 70% de logements sociaux, Daniel Vaillant viole la Loi SRU autant que le maire UMP qui n’atteint pas 2% dans son arrondissement. Le mandataire national de François Hollande ne saurait en effet ignorer l’objet de la Loi SRU et les conséquences de son dépassement en matière d’égalité des citoyens devant la loi et les charges publiques. 

Il s’agit d’un principe constitutionnel issu des articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

  • L’article 6 indique : « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».
  • L’article 13 déclare : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »

La Loi SRU ne semble pas constituer, en elle-même, une rupture caractérisée de cette égalité dès lors qu’elle permet à toutes les communes de tendre au but prescrit sur une durée de vingt années, échéant en 2014.          

En revanche, le blocage des communes affirmant d’ores et déjà leur volonté de ne pas atteindre ce but et la surenchère menée par celles dépassant activement le chiffre de 20% (le cas échéant 25%) dans une mesure annihilant l’objet de la loi, constituent cette rupture au détriment des habitants des secondes.

Le précédent de la taxe carbonne

Dans une récente application du principe d’égalité des citoyens devant la loi et les charges publiques, le Conseil constitutionnel avait considéré qu’une disposition majeure de la loi de finances pour 2010 instituant la célèbre taxe carbone au profit du budget de l’État créait « une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques » du fait, notamment, qu’elle aboutissait à voir « 93% des émissions de dioxyde de carbone d’origine industrielle, hors carburant, totalement exonérées de contribution carbone (et) les activités assujetties à la contribution carbone représenter moins de la moitié de la totalité des émissions de gaz à effet de serre » (Décision n° 2009-599 DC du 29 décembre 2009, Loi de finances pour 2010).

Le principe qui sous-tend ce considérant du Conseil constitutionnel peut trouver résonance dans la façon d’appliquer l’article 55 de la Loi SRU et la répartition inégale du taux de logements sociaux qui en résulte. 

1789 encore

L’inégalité devant la loi peut aussi se construire autour du concept de « types de populations » que la Mairie du 18e a ouvertement forgé pour justifier la discrimination qu’elle pratique entre les habitants de quartiers dont l’architecture pourrait être soignée (« la réhabilitation on sait faire ») et les habitants de quartiers où elle serait officiellement bâclée (« mais pas pour ce type de population »).


Lorsque Michel Neyreneuf (vidéo ci-dessus), adjoint au maire du 18e chargé de l’Urbanisme et du Logement, justifie en effet par ce savoir faire sélectif la qualité médiocre du bâti de la Goutte d’Or Sud au motif qu’on ne peut pas construire correctement pour le type de population à loger, l’égalité des citoyens devant la loi n’est pour le moins pas assurée, qu’on la considère au regard des habitants d’immeubles mal construits et vite dégradés ou au regard des charges induites. 

Cette approche légaliste, nomologique, doit nous permettre de quitter l’ornière stérile et mensongère qui dénonce comme asociale, égoïste et petit bourgeois la lutte contre le logement social, quand ce qui est en cause n’est pas le logement social en soi, encore moins ses habitants, mais le logement social dégradant parce que dégradé dans l’esprit de ceux qui le dirigent et concentrent tels types de populations ici et tels types de populations là.

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Les anciens de la SEMAVIP

Les logements sociaux ne font pas de vieux os

Parmi les nombreuse friches à l’abandon sur les terres de la SEMAVIP, celle qui est destinée aux anciens fait pâle figure à l’angle des rues Erckmann Chatrian et Polonceau, au sommet de l’ancienne colinne des Cinq Moulins, proche de l’actuel square Léon qui descend vers l’église Saint Bernard.

Longtemps en friche, comme la plupart des parcelles abandonnées par la Ville de Paris aux promoteurs immobiliers prétendument sociaux de Château Rouge, l’angle Erckmann Chatrian/Polonceau sera réinvesti par les engins de chantier en juillet 2012, annonce le promoteur, pour être livré aux vieux un an et demi plus tard, en décembre 2013, à la veille des municipales de mars 2014.

« Résidence sociale pour migrants seniors »

Le logo du projet paraît programmatique. Mais s’agit-il d’une résidence (sociale par définition puisque c’est la SEMAVIP qui s’y colle) pour anciens migrants (ex-migrants) devenus seniors, pour seniors (ex-jeunes) devenus migrants, ou pour vieux migrants récents et actuels, seniors dans leur migrance, migrants dans leur séniorité ?

Et d’où faudra-t-il être migrant pour pouvoir bénéficier d’un des 52 logements sociaux pour migrants seniors ?  Jean-Pierre Chevènement, par exemple, bientôt senior, pourra-t-il troquer son logement social de la rue Descartes, dans le 5e arrondissement de Paris, contre un logement social dans la résidence de la SEMAVIP à Château Rouge, passer de la montagne Sainte Geneviève à la colinne des Cinq Moulins ?

Delphine Batho, députée PS des Deux-Sèvres, pourra-t-elle, quand elle sera plus grande, revendiquer un logement social senior à la Goutte d’Or, pour remplacer celui auquel elle s’accroche, dit-on, en dépit des observations de Monsieur Delanoë, qui aurait affirmé, le 19 mars 2012, en marge du conseil de Paris, que ses déclarations à l’encontre de Jean-Pierre Chevènement étaient « également valables » pour la parlementaire Batho ?

Alain Cousin, député UMP de la Manche, 65 ans la semaine dernière, bientôt visé par la loi non écrite de la retraite parlementaire d’Arnaud Montebourg, occupe pour sa part un logement de Paris Habitat dans la capitale. Pourra-t-il migrer à son tour dans la Goutte d’Or ?

Grands seniors

De gauche (même de Front de Gauche) comme de droite, les occupants politiques de logements sociaux peuvent connaître des situations financières aléatoires, à en croire l’enquête du Monde du 25 juin 2011, mise à jour le 5 décembre 2011, sur « Ces ministres et parlementaires qui s’accrochent à leur logement social » : « Si je ne suis pas réélu en 2014, où vais-je aller », dit un élu du Front de Gauche du 12e arrondissement ; « Quand j’ai reçu ce logement social dans les années 1990, j’étais au chômage », dit un autre, aujourd’hui élu UMP du 19e et assistant d’une sénatrice UMP.

Ces bénéficiaires de logements sociaux viendront-il s’accrocher aux résidences pour seniors de la Goutte d’Or ? « Plusieurs personnalités, au plus haut-niveau de l’État, ont obtenu et conservent un logement conventionné », assure au Monde Jean-Yves Mano, adjoint de Bertrand Delanoë au Logement, par ailleurs président de Paris Habitat, le bailleur prétendument social qui écoute ses logés sous la porte (voir sur le blog et Le Parisien).

« Nous n’avons pas de levier juridique qui nous permet de retirer un appartement à une personne qui a légalement obtenu un logement conventionné sous prétexte qu’il est élu ou que ses revenus ont grimpé », assure Mano, manifestement moins familier du bon sens juridique que du droit de l’expropriation et de la déclaration d’utilité publique dans la Goutte d’Or où il ne manque pas de leviers pour contourner la protection du patrimoine, l’instruction des permis de démolir, l’égalité des citoyens devant la loi et les charges publiques.

Jean-Yves Mano et Daniel Vaillant coupant le cordon (crédit photo : icfhabitat.fr)

Anne Hidalgo et Jean-Yves Mano ici dans le XVe arrt de Paris (crédit photo : anne-hidalgo.net)

Quand on mesure les ravages que fait le couple Hidalgo-Mano (Urbanisme et Logement) dans la Goutte d’Or (voir par ailleurs sur ce blog), on devine que les logements sociaux pour seniors ne feront pas plus de vieux os dans ce quartier que les logements sociaux pour juniors, mal construits et vite dégradés.

La sémillante Roxane Decorte, conseillère de Paris, co-challenger avec Pierre-Yves Bournazel de Daniel Vaillant à la Mairie du 18e, candidate aux législatives de juin 2012 pour la 17e circonscription, tente néanmoins de profiter du filon et organise, après le café rencontre du 27 mars 2012 avec le ministre du Logement Benoist Apparu au Grillotin (lire sur le blog), un café rencontre le 19 avril 2012 avec le professeur de gériatrie Françoise Forette, spécialiste de la maladie d’Alzheimer, sur le thème « Bien vieillir à Paris »

« Bien vieillir à la Goutte d’Or » aurait été un clin d’oeil trop appuyé à la résidence que nous concocte la SEMAVIP.   

« Où avais-je la tête ? » (crédit photo : roxanedecorte2012.com).

*

Le Tag mahal de M. CHAT

Très présent dans la Goutte d’Or, le migrant mais pas encore senior M. CHAT (prononcer Monsieur Chat), personnage félin souriant créé en 1997 dans les rues d’Orléans par l’artiste neuchâtelois Thoma Vuille, rendu célèbre dans le film Chats perchés de Chris Marker (France 2004), et connu mondialement, de Sarajevo à São Paulo en passant par Séoul, a récemment pris résidence à l’autre bout de la rue Erckmann Chatrian, du nom sous lequel écrivaient ensemble, au XIXe siècle, Émile Erckmann et Alexandre Chatrian.

Sans doute pour saluer ces deux écrivains manifestement félins pour l’autre, il a griffé une partie de la plaque pour obtenir un MANN-CHAT en street art dans le texte.

Photos CGO (novembre 2011).

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Apparu au Grillotin

Le ministre du Logement ne bénit pas l’audit de Cavé Goutte d’Or

Crédit photo : Johanna Leguerre pour l'AFP

La République se souvient de la demande d’audit formulée il y a un peu d’un an par Cavé Goutte d’Or. Dans un texte de dix-sept pages agrémenté de notes et reportages photographiques, le tout diffusé dans la page Logement du blog, le collectif devenu association en décembre dernier demandait à François Fillon et Bertrand Delanoë, respectivement premier ministre et maire de Paris, d’appréhender la question de l’urbanisme et du logement dans la Goutte d’Or à travers un audit sérieux tenant compte des travaux menés par des architectes, urbanistes et sociologues de grand renom, tous cités dans le mémoire de Cavé Goutte d’Or.

Monsieur Fillon avait transmis la demande à son ministre du Logement, Monsieur Benoist Apparu, qui en avait « saisi le préfet de Paris » (voir les lettres des cabinets de MM. Fillon, Apparu, et du Préfet).

Le 16 mars 2011, le conseiller UMP du 18e arrondissement M. Pierre-Yves Bournazel interrogeait Madame Anne Hidalgo, première adjointe de Bertrand Delanoë, chargée de l’Urbanisme, sur ses intentions quant à la demande d’audit de Cavé Goutte d’Or.

La Ville de Paris ne devait donner aucune suite, à quelque échelon que ce soit.

Vous avez dit audit ? (Photo Abaca).

Madame Roxane Decorte, députée UMP de la 17e circonscription (18e Est et 19e Ouest), disait pour sa part qu’elle tenterait de joindre Monsieur Apparu. Sans succès.

Elle le disait si souvent que le blog s’en fit l’écho dans son journal de l’été, mettant en scène les stars politiques du moment dans une fiction intitulée « Super SEMAHUIT », imaginée à l’occasion de la sortie parisienne de Super 8 de Steven Spielberg. Benoist Apparu y avait obtenu le rôle de l’homme absent.

Rôles de figuration pour l’UMP

« La présence de Benoîst Apparu au générique de Super SEMAHUIT a incité la production à confier à l’UMP les rôles principaux de figuration qui lui reviennent », écrivait le blog du 3 août. « Car, à l’exception de Pierre-Yves Bournazel, aucune des personnalités de l’opposition municipale dont l’attention a été sollicitée par Cavé Goutte d’Or depuis bientôt un an n’a répondu le moindre mot, faisant ainsi, si l’on peut dire, du Delanoë dans le texte. »

  • « Au plan local d’abord, rien de Roxane Decorte, conseillère de Paris et du 18e, vice-présidente dela Commission Urbanisme et logement à l’Hôtel-de-Ville, militante de quartier s’il en est, approchée de diverses parts », poursuivait-on ;
  • « moins local, rien de François Lebel, maire du 8e, de Thierry Coudert, conseiller dans le 17e, de Jean-François Lamour, patron de l’UMP à Paris, tous régulièrement informés tant du chantier du 25 rue Stephenson que des abus de démolitions signalés par la Commission du Vieux Paris » ;
  • « rien non plus de Philippe Goujon, maire du 15e, et Jean Tiberi, maire du 5e, tous deux sollicités par Cavé Goutte d’Or tant en leurs qualités de conseillers de Paris et maires d’arrondissement que de membres de la Commission des lois à l’Assemblée nationale, M. Tiberi y fréquentant en outre un Groupe d’études Construction et logement » ;
  • « guère plus de Jean-François Legaret, maire du 1er et membre de la Commission du Vieux Paris, qui ferraille contre la démolition du Jardin des Halles, ou de Rachida Dati, maire du 7equi voudrait voir raser le Mur pour la paix du Champ-de-Mars et, coïncidence ?, laisser raser gratis à la Goutte d’Or. »

    Crédit photo : S. Ortola pour 20 minutes

Piquée au vif, Madame Decorte (photo) prenait alors les choses en mains, et notamment son portable. Dès le lendemain, 4 août 2011, journée symbolique s’il en est, elle faisait fi des privilèges et appelait Apparu au grand jour, à l’occasion de l’inauguration de la boulangerie de l’angle Myrha/Léon, qui fait désormais face aux panneaux successifs de la SEMAVIP pour son prétendu « centre culturel ».

Pas davantage de succès jusqu’à ce que Monsieur Apparu ne vienne au Grillotin, donc, sympathique et convivial lieu de réunion restaurant, en ce 27 mars 2012, près de huit mois après le coup de fil de Roxane.

Cavé Goutte d’Or invité

Les services de Madame Decorte ont invité Cavé Goutte d’Or à participer au débat qu’elle organisait avec le ministre du Logement le 27 mars, mais Cavé Goutte d’Or, tout en les remerciant pour leur intérêt, a estimé que le contexte d’un café-rencontre n’était pas propre à assurer à une demande d’audit de dix-sept pages l’« examen attentif » que Monsieur Fillon avait demandé à Monsieur Apparu de « prescrire » à cette demande, ce que le cabinet de Madame Decorte traduit par un improbable sentiment de « frustration », en se disant « comprendre (notre) frustration de ne pouvoir rencontrer personnellement M. le Ministre ».

Attentif à traquer toute forme d’interpolation, procédé décidément familier parmi les édiles du 18e, Cavé Goutte d’Or assure donc les assistants de Madame Decorte et les lecteurs du blog dont ils font partie qu’aucune frustration ne trouve à se … loger dans le fait de ne pouvoir rencontrer personnellement le ministre du Logement. Tout au plus Monsieur Apparu peut-il se sentir personnellement gêné, de son côté, de n’avoir pas donné suite à la mission que lui avait confiée Monsieur Fillon de prendre au sérieux la demande d’audit de Cavé Goutte d’Or.

Decorte paille

Madame Decorte ne se sent pas vaincue pour autant : « Nous pouvons de nouveau intervenir pour organiser un rendez-vous », fait-elle savoir à Cavé Goutte d’Or ce matin, le ministre du Logement à peine disparu du quartier, en laissant à l’association « le soin de diffuser cette proposition auprès de celles et ceux (qu’elle jugera) utiles », – d’où la large diffusion que nous lui donnons ici.

Mais la proposition était en germe dans le premier courrier de CGO et demeure : « Notre association reste ouverte à une rencontre avec Monsieur Apparu et Madame Decorte, si l’objet de la rencontre consiste à répondre à notre demande d’audit, ce qui implique la prise de connaissance de ce document auparavant et la garantie d’un suivi ». Chiche ?

Observations bienvenues.

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ENTRE LA SEMAVIP, ICI ET LÀ

La culture tombe dans le panneau

Chronique d'une déviation (photo CGO mars 2012).

Il semble que la SEMAVIP se tâte encore sur la destinée de sa friche de l’angle Myrha/Léon, et consulte tous azimuts, – jusqu’au soutien scolaire nomade :

La friche culturelle de la SEMAVIP à travers la vitre d'SOS Solutions scolaires (mars 2012).

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Un établissement culturel de la Ville de Paris pique du nez 

Rue Léon, 26 mars 2012 (Photo CGO).

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Vandalisme

Tomates et œufs pourris sur les façades de la Goutte d’Or

« Vous ne m’aimez pas, je ne vous aime pas non plus », semble dire l’habitant à l’architecte de la Goutte d’Or (photo BB, mars 2012).

De plus en plus d’œuvres architecturales de la Goutte d’Or sont victimes de vandalisme, comme si « le type de population® » que veulent y parquer les adjoints de la Mairie à l’Urbanisme et aux Transports, Messieurs respectivement Michel Neyreneuf et Dominique Lamy(1), n’était finalement pas satisfait des immeubles dont le patron de l’arrondissement, Monsieur Daniel Vaillant, assure la promotion sous le vocable de « métamorphose ».

18 ensemble, avril 2011.

 Métamorphose ? Mais où ?

Où donc la mets-je, ma morphose ?, semble demander depuis trente ans la « zone urbaine sensible » dont la Mairie du 18e a fait son fromage. Où mettre les colonnes Thurnauer, les immeubles Thurnauer, les trottoirs Thurnauer, les barres de rue grises, les pieds d’immeubles TGT (Cabinet Treutel, Garcia, Teutel, coordinateur urbain de Château Rouge depuis 1999), les fenêtres meurtrières, les marches tristes de Boris Vian, la malheureuse rue de la mode, le checkpoint de la rue Léon ?, toute cette « indigence dont le quartier a dû se faire l’hôte » (2) pour assurer les carrières que, sous prétexte que le sous sol en était truffé, la SEMAVIP voulait assurer à ses amis.

 

 

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(1) « Types de populations® » selon Dominique Lamy, adjoint aux Transports (voir la vidéo)

« Types de populations® » selon Michel Neyreneuf, adjoint au Logement et à l’Urbanisme (voir la vidéo).

(2) Simon Texier, Le 18e arrondissement. Itinéraire d’histoire et d’architecture, Action artistique de la Ville de Paris, Mairie de Paris, Direction générale de l’Information et de la Communication, 2000, 2003, p. 114.

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